Ah ! Ce mois de février avec un jour de plus.

35 abreuvoir (2)

Un jour de plus pour être heureux ou un jour de plus pour avoir froid?

C’est un mois toujours particulier, non du fait de sa durée à cycle variable mais parce qu’il est au cœur de l’hiver au moment qui peut être le pire de l’année. Le très grand froid peut arriver d’Europe centrale, ce fut le cas en 1956 où après un mois de janvier entre +8 et +10°c, le froid de février fut très violent et constant durant 3 semaines avec des pointes à -25°c à Nancy et -17°c à Montpellier ! C’est à ce moment là que l’abbé Pierre lança son appel en faveur d’une politique du logement en France.

Si le froid ne semble pas encore à l’ordre du jour, une politique vigoureuse du logement social le reste sans aucun doute !

Les colonies ont profité de la douceur de janvier pour collecter du pollen, signe de la ponte importante de la reine. Néanmoins le nourrissement s’impose avec un ajout de levure de bière dans le candi. 3 à  5% suffisent. Elle doit être lyophilisée, micronisée et inactivée. Celle vendue par les magasins d’apiculture spécialisés répond à ces exigences.

Elle s’ajoute dans le candi encore chaud à 50°c et incorporée par un brassage énergique que l’on obtient avec un puissant malaxeur à peinture ou à ragréage. Certes les abeilles ont besoin d’apports en protéines abondants et variés. Variété qu’apporte la multitude des fleurs naturelles si petites fussent elles, ce sont les plus riches en pollens de qualité. Les abeilles en ont besoin pour produire la gelée royale, la cire, pour résister aux agressions microbiennes ou virales. Mais autant que la  variété la quantité importe également. Donc nos apports sont déterminants en ce mois de février où des jours de froid, de pluie … limitent les apports nutritionnels extérieurs. Le couvain est surabondant il a besoin de nourriture. Le pollen est sa nourriture de base.

Le travail au rucher

C’est le moment de rectifier les sols gondolés, de redresser les supports de ruche, de préparer les futurs emplacements. Choisir des lieux accessibles en voiture, plats, abrités du vent si possible, bien ensoleillés… Hormis le sud de la France sous le cagna de l’été, les ruches ne supportent guère l’ombre. Les abeilles ne travaillent qu’à la lumière du soleil et leur couvain se développe fortement sous la pression de la température.

Équiper le rucher  d’un  grand bac d’eau assez haut pour éviter que les renards, blaireaux belettes, fouines  et autres animaux courts sur pattes ne viennent boire l’eau et assèchent l’abreuvoir. Les porteuses d’eau viendront tôt en saison y puiser les ressources nécessaires et se transmettront ce lieu en eau de génération en génération. Les voisins seront moins dérangés dans leur piscine. Faire tremper dans ce bac, tonneau … un grand morceau de moquette qui peu à peu s’enduira de  mousse et autres végétaux qui seront autant de supports pour les abeilles. Le sel sur la moquette attirera les abeilles. Le seau dans votre jardin empli des coquille d’huitres de Noël attirera grandement les abeilles.

Et varroa ?

Merci pour lui, il s’est bien développé ! La chaleur des mois de novembre, décembre et janvier fait que le couvain a toujours été présent. De ce fait, les traitements sont partiellement rendus caduques. Par précaution il faudra dès que possible remettre du traitement sous forme de lanières dans les colonies, au cœur du couvain en développement; il est fort probable que l’acide oxalique aura été très peu efficace, mais on en peut plus traiter avec l’acide oxalique. Les abeilles ne supportent pas 2 traitements à l’acide oxalique. Autant pour les abeilles cela a moyennement d’importance vu leur courte durée de vie, par contre pour la reine, s’il en est de même, sa durée de vie devant être de plusieurs années, au second traitement elle ne résistera guère.

Attention, l’infestation varroa en 2017 sera fonction de la qualtié des traitements contre varroa en 2016. Donc aux traitements médicamenteux, il faudra adjoindre une action dite biotechnique par suppression de couvain de mâles. Dès la première ouverture , écarter les partitions, enlever les cadres vides, mettre au ras du nid à couvain, et de chaque côté, un cadre de hausse bâti. Lorsque le moment sera venu, les abeilles construiront sous ce cadre un rayon en demie lune généralement en mâles. Toutes les trois semaines, vous visiterez ces cadres s’ils sont pondus et operculés vous les couperez et les détruirez. On estime  à 25% la quantité de varroa ainsi supprimés. C’est un peu consommateur de temps, mais c’est bio, efficace et pas onéreux.

A l’atelier

C’est la préparation des cadres cirés. Il est impératif de les préparer maintenant et d’en avoir au moins 5 par colonie pour parer à toute éventualité. Prenez l’habitude de produire en cours de saison au moins autant d’essaims artificiels que de ruches de production. En cours de saison vous pourrez toujours faire face à une colonie orphelinée ou défaillante par l’apport d’un essaima artificiel. Enfin de saison  vous pourrez remèrer vos colonies.

Le traitement des bois outre les peintures peut se faire à la cire micro cristalline. C’est un peu long mais définitif si on applique une méthode rigoureuse : monter la température entre 120 et 140°c, mesurée avec un thermomètre, et laisser les bois dedans durant 20 minutes. L’idéal est que la coop ou le syndicat organisent ce travail avec un bac ad hoc au format des ruches et avec la cire en quantité. C’est long mais avec une installation bien conçue on peut en faire 2 d’un coup. Il faut une quantité impressionnante de cire. A noter que cette méthode de protection des bois est interdite en apiculture sous appellation biologique.

Autre manière de faire, traiter le bois toujours par trempage dans de l’huile de lin bouillante additionnée de siccatif. Une dizaine e minutes suffissent. Mais le bois grisaille toujours un peu dans le temps. On peut se contenter d’enduire les bois avec un rouleau, c’est un moins performant sur la durée mais bien plus rapide.

A noter qu’il est inutile de traiter l’intérieur des caisses, les abeilles s’occupent de les enduire de cire et de propolis, c’est plus qu’étanche.

 Les abeilles agressives

On dit que la guêpe est agressive, que le frelon est agressif, que l’abeille ne l’est pas. Que cela veut-il dire ?

L’agressivité d’un insecte se ramène à la défense de son lieu d’habitation. Le frelon asiatique par exemple surveille un espace d’environ 5 m autour de son nid. Tout intrus dans ce périmètre est attaqué. Au delà le frelon ne bouge pas. Ainsi des habitants d’une maison ont-ils pic niqué tout l’été sous leur grand frêne sans jamais être importunés et découvrir en octobre, les feuilles tombées que nichait une colonie de frelons asiatique au sommet de leur parasol naturel.

Or l’abeille n’est pas agressive car elle n’a pas cet instinct de défense de son territoire, en tous cas pas toutes. Et les abeilles dites douces supportent parfaitement que l’on soit accoudés à l’arrière  de la ruche sur le toit pour les regarder aller et venir sur la planche d’envol.

Quelle est l’origine de la douceur d’une colonie d’abeilles ?

D’après les chercheurs, ce serait la proximité génétique des mâles qui ont fécondé la reine qui en serait la cause. Dans une ruche il existe des sœurs (abeilles issues du sperme d’un même mâle) et des demi sœurs (issues de mâles différents) les abeilles vivraient dans la ruche en groupes de sœurs. Plus les groupes de sœurs sont génétiquement proches  moins elles  seraient agressives entre elles et moins elles seraient agressives vis à vis de l’environnement. A l’inverse plus les mâles qui ont fécondé la reine sont issus de lignées génétiquement éloignées et plus l’agressivité serait élevée entre groupes de demi sœurs et vis à vis de environnement.

En conséquence  l’agressivité étant liée aux mâles, il est très important de détruire au plus vite les clonies agressives pour éliminer autant que faire se peut les mâles fauteurs de  cette agressivité et ne reproduire que des colonies douces. La douceur d’un rucher s’obtient tout à la fois en achetant des reines de lignées douces qu’en détruisant les colonies porteuses de mâles engendrant des lignées agressives. Pour ce faire il faut compter deux à trois années d’observations et de sélection sur ce mode pour changer l’agressivité d’un rucher.

Test pour comparer l’agressivité des colonies.

Il est certain que si l’on a une seule ruche ces approches sont impossibles, mais dès que l’on a  5 à 10 ruches un tel travail de sélection est possible. C’est une approche comparative.

Le matin, avant la sortie des abeilles, prendre une baguette fine de bois et l’introduire rapidement par le trou d’envol deux fois. Le faire sur chacune des colonies et noter celles dont les abeilles sortent rapidement et celles qui ne bougent pas ou plus tardivement. Refaire ce test plusieurs jours de suite et à plusieurs époques du printemps. En effet, une petite colonie serrée dans la fraicheur de la nuit au sommet des rayons de couvain ne sera pas dérangée par la venue de la baguette. Alors qu’une colonie très développée aura des individus proches de l’entrée qui seront réactifs tout de suite. Il faut donc comparer les situations tenant compte des volumes de population.

Comment changer la reine ?

Le plus simple sera d’orpheliner une colonie que l’on trouve pas très sympathique. Une semaine plus tard, châtrer toutes les cellules royales de manière très précautionneuse pour n’en omettre aucune, surtout celles cachées dans le bas et les angles des rayons. Introduire un cadre contenant des œufs issu d’une colonie que l’on trouve de qualité. Normalement, dans les 25 jours qui suivent on devrait trouver des œufs signe d’une nouvelle reine en ponte. Sinon il faudra introduire une reine en ponte.

Jean RIONDET

 

 

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

6 résponses de Ah ! Ce mois de février avec un jour de plus.

  1. Bernard dit :

    Bonjour,
    En cette période, le traitement du bois des ruches (vides ou habitées) est un sujet d’actualité.
    Vous mentionnez le traitement à la cire micro cristalline qui permet d’avoir des ruches par pluie et soleil aussi rutilantes que des bahuts bretons bien cirés. Et sauf erreur le traitement est effectué pour l’extérieur mais aussi pour l’intérieur.
    Or je me suis toujours interrogé sur les conséquences d’un nettoyage à la flamme de l’intérieur (assez préconisé pour le bois) de ces corps imprégnés de cette cire « micro cristalline » (qui doit être différente de la cire de nos abeilles) et sur les émanations à plus ou moins longues échéances ou sur les substances résiduelles suite au passage à la flamme.
    …. sauf bien sûr si l’imprégnation à cette cire n’implique un nettoyage ultérieur QU’à l’eau de javel.
    Cette recherche d' »esthétique » pour les ruches me rappelle la réflexion d’un propriétaire de ruches me disant que ses plateaux de sol étaient plastiques (donc javel pour faire bref…) car avec le bois, la planche d’envol noircissait à la longue !!
    Bonne journée

    • Oui l’intérieur de la caisse est trempée dans la cire micro-cristalline qui est une paraffine, donc un produit pétrolier qui en brulant sous l’effet du chalumeau se décompose. Qu’en reste-t-il dans la ruche par la suite ?
      Tout dépendra des temps de ventilation. Autrefois on trempait les ruches dans du carbonyle il fallait laisser 3 mois de ventilation pur que l’intérieur soit acceptable par les abeilles sinon elles désertaient. Mais quels résidus dans le miel, je ‘en ai aucune idée.
      Les abeilles enduisent l’intérieur des caisses avec de la cire et de la propolis, cela a-t-il un effet protecteur contre d’éventuelles émanations ? La cire est une matière plastique des plus fragile, donc très poreuse, c’est peut être une protection très limitée.Je passe mes bois à l’huile de lin en 3 couches, cela n’empêche la grisaille du bois au fil du temps, mais c’est facile de mise en œuvre surtout à cette saison.
      Bien que plus fragiles du point de vue mécanique, les corps en cryptoméria passés à l’huile de lin vieillissent bien dans le temps. Avec du siccatif pour le dernier passage l’huile polymérise en faisant une légère couche brillante.
      La désinfection à la javel pour l’intérieur des corps après une infestation de loque américaine nécessite un bon grattage avant le trempage dans la solution. Il faut laisser les bois tremper 10 minutes pour une bonne désinfection. La flamme me parait plus efficace tant les spores de la LA sont résistantes.
      J. Riondet

  2. curt Pascal dit :

    Bonjour
    Je viens de perdre 10 ruches ,les 10 étaient pleine de miel je suis aller à mon rucher début février , je n ai rien remarque de particulier , ils y avait des abeilles devant la planche d envole et les ruches étaient assez lourdes et hier je me suis aperçu que j avais 10 Ruches de vides toutes étaient rempli de miel mais pratiquement aucune abeilles mortes à l intérieur .il y avait 2 ruches où il restait une petite grappe d abeille morte . J ai enlevé toutes ces ruches vides , mais maintenant comment je peux stocker tout les cadres remplis de miel et qu’elle est la suite du procédé pour ces cadres ?
    Que pensez vous de toutes ces pertes !!!!!!
    Merci à vous
    Cordialement

    • Cela ressemble furieusement à une mortalité par surcharge de varroas. Quel fut le traitement contre varroa, i.e. quels produits sont utilisés, à quels moments, quelle durée du traitement ?…
      Les cadres se conservent dans les ruches bien fermées empilées les uns sur les autres avec une mèche soufrée enflammée au sommet à répéter une fois par mois actuellement et 2 fois en période chaude.
      J Riondet

  3. Fabrice dit :

    Bonjour,

    J’avais installé un pain de candi de 2,5 kg le 1 er janvier, mes abeilles ne s’y intéressaient pas. Mais depuis 2 semaines, elles le consomment dare-dare, faudra-t-il que je leur en redonne un après celui-ci ? Est-ce le signe d’une colonie vigoureuse et grande santé ?

    Il s’agit de ma première ruche, le moment de vérité approche…

    En vous remerciant.

    Cordialement.

    • En principe oui elle va bien, sauf si c’est du pillage qui a été l’occasion de manger le candi. Non a priori c’est le signe que la colonie a repris la ponte de la reine donc la consommation monte en flèche. (il faut énormément de chaleur pour l’élevage du couvain, la nymphose suppose 34°c dans les cellules).
      Jean Riondet

Laisser un commentaire

Apiculture Beehoo