Octobre 2006 La saison d’apiculture touche à sa fin

Octobre peut être un mois agréable. Quelques travaux sur les colonies sont encore possibles. Le temps permet aux colonies d’achever leur collecte de nectar pour l’hiver. Ce sera le dernier bilan sur les colonies pour préparer la visite de printemps.

Les ruches

Fin du mois ou début novembre selon leur date de pose il faut enlever les lanières de traitement anti varroa. Ce sera l’occasion de jeter un dernier coup d’œil aux colonies pour vérifier la présence de la reine, l’étendue du couvain et ces indications seront comparées à celles collectées il y a un mois. Elles seront consignées dans le carnet pour alimenter la réflexion lors de la future visite de printemps.
Mettre devant les entrées les portières pour réduire le passage et éviter que les musaraignes et autres lézards ne viennent passer l’hiver au chaud. Les fonds aérés limitent le risque mais on retrouve facilement des nids faits de ficelles, feuilles, y compris dans les cadres inoccupés au sommet de la ruche. La musaraigne a chaud ne dérange pas les abeilles, elle ronge les cadres, par contre le lézard mange les abeilles, il vient dormir dans son garde manger.

Une année un petit lézard était rentré par la portière, bien que réduite. Au printemps, au changement de plateau de sol j’ai vu sortir un énorme lézard, bloqué par la portière. Il vivait sur un énorme tas de paille, en fait c’était des cadavres d’abeilles. La colonie était décimée, la ruche bonne à ranger.

Les colonies sont puissantes, laissez le couvre cadre nourrisseur, si elles en sont dotées, de manière à nourrir précocement si d’aventure l’hiver se trouvait d’être doux.
Si la colonie est moyenne du point de vue provisions, mettre un couvre cadre ordinaire, percé de son trou de nourrisseur au centre. Il servira à mettre du candi dès le mois de décembre.
Dernières opérations de dispersion ou de réunion si d’aventure une colonie orpheline avait échappé à votre œil attentif.
C’est le bon moment de changer de reine si vos reines d’élevage se trouvent dans des nucléis inaptes à passer l’hiver. A cette époque de l’année on risque moins la supersédure, ai-je déjà rappelé le mois dernier. Ce changement de reine sans essaimage se traduit par une cellule située en milieu de cadre et sur un ou deux cadres pas plus et la jeune reine naît, se fait féconder et les abeilles tuent ou chassent l’autre.
En règle général on ne s’aperçoit de rien comme si la nouvelle reine chassait l’autre une fois née et fécondée, de sorte que l’on n’observe pas de réduction très évidente du couvain. Seule la peinture sur la reine et la tenue rigoureuse du carnet d’élevage permet de constater le fait.

Evènement particulièrement agaçant lorsqu’il s’agit dune jeune reine d’une lignée bien précise, inséminée artificiellement et achetée à un éleveur réputé ! Ce changement de reine est assez fréquent lors d’une renouvellement de reine en pleine saison. Les abeilles de lignée différente de la reine la changent. Pourquoi ? Quel en est le facteur déclanchant ?

Les nucléis

Au fil du temps et des orphelinages des nucléis pour leur prendre des reines, on les réunit entre eux. On laisse une reine dans chacun des ensembles de nucléis superposés.
Pour les amateurs de « Miniplus » le système est prévu pour la superposition, pour ceux qui utilisent des haussettes de ruchette, il faut déclouer les fonds et les empiler les une sur les autres. Avec deux « corps » superposés, ces nucléis passent très bien l’hiver s’ils sont bien pourvus en nourriture.

Au printemps leur démarrage fournit la base des nucléis utilisables, car bien peuplés, au moment des élevages ils accueilleront les cellules greffées par nos soins. Ils serviront de source de jeunes reines pour fabriquer les essaims artificiels issus de divisions de ruchettes.

Les apiculteurs habitués à l’élevage des reines savent combien ces nucléis sont précieux. Leur richesse en nourriture et leur bon état sanitaires sont stratégiques pour la saison prochaine. Le vol étant aisé, leur poids faible, je ne peux que conseiller de les ramener au plus près de chez soi dans son jardin, bien à l’abri des regards concupiscents d’apiculteurs peu scrupuleux ou de vandales dont le courage se limite à faire des moulins à vent devant leur glace. On peut les stocker serrés les uns contre les autres en rang d’oignons. Ce qui occupe vraiment très peu de place.

La dynamique des colonies

Cette année, dans mon coin du haut de la vallée du Rhône, la surabondance des pluies d’été aura maintenu une floraison propice aux abeilles. Le nourrissement massif de fin juillet, combiné à ces floraisons, a permis aux colonies d’amasser du miel en quantité. Rares sont les années où j’ai pu constater autant de provision et de couvain à ce jour.

C’est bon signe pour 2008, ces réserves seront utilisées dès le froid venu, sans doute, mais le volume de pollen stocké sous forme de pain des abeilles, le miel qui occupe les cadres jusque dans leur partie la plus basse est le gage d’un démarrage de qualité au cœur de l’hiver si le prochain s’octroie des périodes de grande douceur comme on en connut ces dernières années.

Fait rare mais qui confirme l’importance des nourrissements de juillet après les récoltes. Les colonies ont construit des rayons en août. Et ce fut le cas sur toutes les colonies issues d’essaims artificiels de l’année donc qui ne construisent pratiquement pas de cires. Sauf que cette année non seulement les cires mises en bordure des cadres bâtis ont été construites. Et que dans les espaces vides, alors que normalement la taille de la colonie aurait dû interdire de penser à toute construction, des rayons naturels de grande taille ont été bâtis. Ces essaims que je garde sur 6 cadres habituellement les ont largement débordés.

Cette force des colonies s’accompagne de leur qualité sanitaire. Ps de mycoses, pas de ruche loqueuse. Mais il est vrai que les reines les plus âgées sont de 2006. Aucun essaim naturel issu de ruches inconnues n’a été introduit dans mes ruchers, aucune importation de reines, l’élevage est fait à partir de souches sélectionnées achetées chez un éleveur réputé et dont je me réjouis depuis plus de 10 ans de ses sélections et de la qualité sanitaire des ses abeilles.

Henri RENSON n’est plus tout jeune mais ses lignées soigneusement sélectionnées depuis plus de 30 ans sont toujours aussi performantes. Il habite à Cherratte en Belgique. Il a fondé une association qui poursuit son travail à Liège. Je l’ai connu lors de stages d’insémination artificielle des reines qu’il animait à l’école Vétérinaire de Maison Alfort.

Suite aux disparitions massives de colonies en 2006, j’ai réalisé la suppression systématique de tous les cadres bâtis des colonies mortes, le traitement à la chaudière à vapeur de ces cadres, le nettoyage à la flamme de tous les corps, plateaux de sol et couvre cadres. 2007 aura redémarré avec du matériel propre et des cires neuves.

En ces temps où la question sanitaire est au cœur des réflexions sur les disparitions massives de colonies, cette année est une bénédiction. Elle confirme aux néophytes que nous redevenons sans cesse l’importance du suivi sanitaire de nos colonies, de ces mesures préventives simples que sont la bonne alimentation des colonies, le remplacement rapide des cadres de corps, l’entretien du matériel, sa désinfection.

Le rucher

Pour terminer, je rappellerai simplement qu’octobre et novembre sont de bons mois pour débroussailler, nettoyer le rucher. En hiver, les lianes et arbres développent leurs racines, attaquer leur sérénité à ce moment là est propice pour en limiter le développement l’année suivante.

Les fans des produits chimiques savent que c’est en sève descendante que les herbicides à base de Glyphosate sont efficaces. Donc maintenant et que c’est en pleine végétation que les débrousaillants à base d’hormones sont le plus efficace. Donc au printemps et en fin d’été lorsque les pluies redonnent des poussées de sève aux ligneux.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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