Avril débute dans la fraîcheur après une séquence de chaleur

Les colonies ont bénéficié d’une période très favorable pour leur développement en cette fin d’hiver. Les floraisons furent magnifiques et le soleil au rendez vous.

Tous les arbres et arbrisseaux à enracinement profond ont donné du nectar bien que le volume de pluie fut très réduit, sauf exceptions catastrophiques par ailleurs !

Les colonies sont normalement belles, les essaims de 2021 sont sur 6 cadres ils peuvent passer en ruche pour la miellée qui arrive. Il est clair que le froid annoncé pour la fin de la première semaine va calmer les collectes de nectar et  ce sera l’essaimage assuré. Pour l’instant les abeilles sont bien occupées dans les fleurs. Les cadres abandonnés dans la cour avec un peu de miel ne sont pas visités, signe de l’abondance des ressources mellifères qu’offre la nature.

Essaimer

C’est le credo de l’espèce. Des lignées qui n’essaiment pas et c’est la disparition de l’espèce, donc l’essaimage est un phénomène naturel mais il nous dérange. En effet nos récoltes sont le fruit d’un excédent d’abeilles qui produisent un excédent de miel que nous appelons notre récolte. Donc un essaim qui part et c’est notre récolte qui part avec et de surcroit on risque de perdre l’essaim.

L’essaimage se produit lorsque les phéromones royales sont en quantité insuffisantes dans la colonie pour bloquer le comportement d’élevage (volume considérable d’abeilles, âge de la reine, lignées dont les reines sont peu productrices de phéromones, déséquilibre démographique). Le froid du début de ce mois va provoquer un ralentissement du butinage, une moindre rentrée de pollen et donc une baisse de la ponte de la reine puisque celle-ci est en relation directe avec la quantité de pollen qui rentre dans la colonie. Les nourrices auront moins à œuvrer, le couvain en naissant apporte des nourrices qui n’auront pas de grands volume de ponte à entretenir, leurs capacités cirières vont apparaitre et la colonie ne pourra occuper toutes  ses abeilles d’intérieur. Elles vont donc produire des cellules royales puis les bourrer de gelée royale qu’elles n’ont pas besoin de donner à des larves.

Un autre mécanisme qui se produit au moment des grandes miellées sera l’arrivée massive de nectar qui sera mis partout où il y aura de la place. Le couvain naissant ne sera pas rempaillé par la ponte de la reine mais par du nectar. Ce qui engendre un blocage de la ponte de la reine et produit le même effet que l’arrivée du froid ou de la pluie. Actuellement, on voit des abeilles fureter dans les hausses vides, c’est le signe d’essaimages en préparation.

Une fois ce cycle enclenché, il est irréversible, nous ne pouvons différer l’évènement nous ne pouvons que produire un essaimage anticipé et contrôlé sur le volume d’abeilles et de couvain emporté.

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Prévenir l’essaimage

Construire : La première réponse est de donner du travail aux abeilles d’intérieur, construire et concentrer le nectar qui rentre en cette période de grandes floraisons.

Un truc tout bête, mettre un cadre à bâtisse libre au centre du nid à couvain. Certes, il va rafraichir l’ambiance par ce volume vide, mais ne provoquera pas de coupure dans la colonie entre un côté avec la reine et l’autre sans la reine où des CR pourraient apparaitre. Les abeilles passeront aisément d’un coté et de l’autre de ce cadre et transporteront les phéromones royales.

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Une autre manière de faire construire est de mettre une hausse, voire deux si on est sur le colza. La première hausse sera pourvue de cadres bâtis pour que les abeilles y stockent au plus vite le nectar qui rentre à flot. On espère ainsi que le nid à couvain en sera pas engorgé. Le froid venant il est prudent de mettre un morceau de réfléchissant sur le corps qui couvrira les 2/3 de la surface pour renvoyer au mieux la chaleur du rayonnement infrarouge sur le couvain, parfois ce morceau d’isolant empêche la reine de monter dans les hausses. Pour ma part je donne la priorité à la production d’abeilles à ce moment de l’année où les colonies ne sont pas encore au maximum de leur population. Je mettrai les grilles à reine par la suite souvent sur la première hausse si la ponte des reines est dynamique et que l’espace des 8 cadres du corps entre les 2 PIHPgm est insuffisant.

La première hausse en cours de remplissage, la seconde sera constituée, pour partie, de cadres à bâtir ce qui occupera les cirières.

Sur les miellées très violentes comme le colza en particulier à ce moment de la saison, il est important de donner trop d’espace par un nombre important de hausses et ne pas attendre que la première soit aux 3/4 remplie avant d’en ajouter une seconde. En effet le volume de nectar qui rentre peut atteindre les 6k en une journée, il faut de la place pour ce volume. Dans la nuit on observe, grâce aux balances, que le poids de la ruche peut diminuer de 3 k ce qui donne l’importance du travail de concentration du nectar (et de sa consommation également pour chauffer le couvain !). Au terme de la miellée, on surveillera la désorganisation des cadres dans les hausses, il sera bon de réunir tous les cadres de miel dans la même hausse et tous les cadres de couvain dans une autre. En veillant à ce que la reine reste dans sa ruche, une colonie bien dynamique pourra perdre ces quelques cadres de couvain au profit d’une colonie plus faible que l’on renforcera en lui posant cette hausse sur la tête sans autre forme de procès.

Prévenir aussi la famine !

C’est le paradoxe, avec ces fleurs en fête on pourrait croire que tout va bien, certes le nectar rentre et constitue les réserves nécessaires pour les temps plus frais à venir. Mais sait-on jamais, si ce froid devait durer, les colonies pourraient connaître la faim et la ponte de la reine s’en ressentira. Or, nous devons conserver au maximum la dynamique de la ponte de la reine pour assurer une belle population jusqu’aux miellées de l’été.

Il est prudent de mettre dans le couvre cadre nourrisseur un pain de candi et on constate qu’il sera consommé pour autant que la colonie ait faim, mais si les rentrées de nectar suffisent, les abeilles le délaisseront.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

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