Avril plus froid ou plus chaud que mai ?

Gare aux essaims

Mon arrière grand père disait que l’on ramassait mieux d’asperges en avril qu’en mai. Aurons nous un temps plus clément encore maintenant ? Les colonies ne se sont pas développées plus rapidement depuis le mois de janvier même sous nos apports de pâtes protéinées. Il faut toujours 21 jours environ pour aller de l’œuf à l’abeille adulte. Même si la ponte de la reine fut un peu poussée par l’arrivée précoce de pollens il n’en reste pas moins que ce sera au cours de ce mois qu’en de nombreux endroits la colonie va doubler de volume. Les abeilles seront en capacité d’ici 3 semaines de collecter de très grandes quantités de nectars alors qu’aujourd’hui le colza est en pleine floraison chez nous et s’achèvera sous peu … les hausses seront moins pleines qu’attendu !

Si on trouve que les hausses ne se remplissent pas assez rapidement, on peut incriminer des semences hybrides hyper sélectionnées dont les capacités nectarifères sont moindre, ce qui n’est pas totalement infondé, mais le nombre des butineuses reste le facteur fondamental pour collecter du nectar, car les floraisons autres que le colza sont également surabondantes avec les cornouillers mâles, les saules, les épines moires (prunelliers), les lauriers Tin, les bourraches etc. La météo également est un paramètre important.

Le développement des colonies

Les colonie sont belles les couvains bien serrés signe que varroa n’est pas encore trop à l’œuvre. Il est vrai que j’ai adopté la méthode d’une sublimation 5 fois dans l’année à partir de mars dès que possible ou juste avant la pose des premières hausses. Un second traitement aura lieu lors du retrait des hausses pour la récolte en mai puis avant la pose des hausses de fin juin au moment du tilleul avant la rupture du couvain que j’opère en juillet et le dernier traitement en novembre ou décembre lors de la rupture naturelle s’il y en a une.

C’est à partir de l’approche proposée par la société Beevital pour l’usage du Varromed à base d’acide oxalique que j’ai adopté ce programme. Ce n’est pas un protocole validé mais j’ai très peu, voire aucune, disparition de ruches pour cause de varroa, par contre le suivi de la nourriture est un problème qui m’échappe parfois, notamment sur les colonies les plus dynamiques en janvier / février ! Le désert alimentaire qui m’entoure rend problématique la constitution des réserves hivernales.

Si cette méthode de sublimation récurrente se révèle pertinente je pourrai définitivement abandonner les médicaments à base de molécules de synthèse et ne travailler qu’avec les médicaments à base d’acide oxalique.

C’est le moment pour faire des essaims sur 1 cadre

Le risque majeur est bien évidemment l’essaimage, mais quoi de plus naturel puisque c’est la survie de l’espèce qui est en jeu. L’essaimage est d’autant plus nécessaire que le taux de survie des essaims naturels dans leur environnement est faible. Th. Seeley indique un taux n’excédant pas 20% pour les essaims primaires, qui tombe entre 10 et 15% pour les essaims secondaires et suivants.

Mais pour l’apiculteur c’est une catastrophe au sens où s’envolent la plupart du temps avec l’essaim les espoirs de récoltes. Un essaim c’est pratiquement la moitié de la population qui part et donc des cirières, des jeunes nourrices, des butineuses…

On peut saigner les grosses colonies qui seraient sur 6 ou 7 cadres de couvain au carré en CH1, dans les ruches RBC, en leur prenant 2 cadres de couvain et 1 de miel. C’est le conseil classique.

Au préalable on secoue dans la ruche réceptionnaire les abeilles présentes sur 5 cadres de couvain on complète avec les 2 cadres de couvain entre 2 PIHP (se remporter à l’ouvrage La Ruche Basse Consommation d’Energie Ulmer ed.), on ajoute 1 cadre de miel et on complète avec des cadres à bâtir. Cette ruche sera mise dans un autre rucher ou sera enfermée 48h dans un endroit totalement noir pour que les abeilles perdent leurs repères et retournent le moins possible à leur souche. Peu importe que l’on ait trouvé ou non la reine, la partie orpheline en produira une nouvelle.

Cette méthode radicale empêche toute velléité d’essaimage mais réduit fortement la production du miel. Certains compensent cette situation en opérant une réunion de cet essaim avec sa socuhe fin juin avant les miellées de l’été.

Une autre façon de faire, plus soft, consistera à faire des essaims sur 1seul cadre de couvain. C’est l’un des intérêts dans l’usage des PIHP de Marc Guillemain.

  • Dans une ruchette en polystyrène on ferme le fond grillagé à l’extérieur et à l’intérieur on met une chaussette, feuille de réfléchissant qui renverra les rayonnements infra rouge sur les abeilles et le couvain.
  • Doter cette ruchette de 2 PIHP
  • Secouer dans la ruchette les abeilles d’un cadre de couvain ouvert en évitant d’emporter la reine
  • Rechercher un cadre de couvain ouvert/fermé avec des très jeunes larves et le plus certain est d’y voir des œufs (s’équiper de lunettes loupes à fort grossissement), le mettre dans la ruchette avec toutes ses abeilles
  • Poser un bonnet sur ce cadre et resserrer les 2 PIHP contre celui-ci
  • Ajouter un cadre de miel si possible sinon poser dans l’espace vide un pain de candi un peu sec
  • Emporter cette nouvelle population dans un autre rucher ou le mettre en cave 2 ou 3 jours
  • Un mois plus tard vérifier la présence d’une reine et de sa ponte, la rechercher, la marquer

Cette méthode réussit quasiment chaque fois et permet d’éviter bien des essaimages, elle peut être répétée tous les mois. Nourris constamment avec des candis au miel, l’évolution de ces essaims les amènera sur 5 ou 6 cadres à l’automne et ils fourniront de belles populations de production en 2025.

En opérant ainsi on observe la qualité des reines et on n’en retiendra que les colonies les plus productives, les plus douces, les plus indemnes de maladies …

Dotés, dès la reprise de la ponte de la reine, d’une lanière d’un médicament à base d’Amitraz, ou traités par dégouttement ou sublimation avec une spécialité à base d’acide oxalique, l’infestation par varroa dans ces essaims sera sans doute minimale.

Ceux qui seront les moins développés serviront pour les changements de reines au mois d’aout et renforceront les colonies pour l’hivernage.

Capturer un essaim sauvage

Lorsqu’il est à portée de main quoi de plus simple !

Une ruchette ou une ruche, l’essaim est mis dans la boite, on secoue vigoureusement la branche, on complète avec des cadres à bâtir et on emporte le tout lorsque plus d’abeilles sortent de la ruchette qu’il n’en rentre.

Plus complexe s’il est enchâssé dans un buisson : l’arme fatale sera la casserole ou un cadre bâti vide. On ramasse ce que l’on peut et que l’on verse dans la ruchette jusqu’à ce que les abeilles battent le rappel.

Mais quid de l’essaim trop haut perché ?

Un essaim ne vaut pas un accident

Il faut se doter d’une perche et d’un Beeboost appelé également QMP (Queen Mandibular Phéromone) qui simule la phéromone mandibulaire royale.

Une moitié de Beeboost sera mise dans une cagette Nicot recouverte d’un morceau de grille à reine ou mise dans une cagette pour isoler les reines, de manière à ce que les abeilles puissent rentrer dans la cagette. Ce morceau de QMP attire les abeilles. Un fil maintiendra ce leurre dans la ruchette.

Avec la perche dotée d’un petit seau en son sommet, on essaie de décrocher des paquets d’abeilles que l’on fait tomber dans la ruchette. Les abeilles entoureront le leurre et peu à peu on observera un va et vient entre l’essaim dans l’arbre et la ruchette au sol. Lorsque ce mouvement sera très régulier et l’essaim dans l’arbre en train de maigrir, on enlève le leurre car avec certaines lignées la reine fuirait cette concurrence. En une vingtaine de minutes toute la population sera pratiquement rentrée dans la ruchette.

La conduite des essaims naturels

Dès que l’essentiel de la population est rentré dans la ruchette, la fermer et l’emporter pour éviter une désertion. La poignée d’abeilles encore sur place retournera à la ruche.

Ne mettre dans la ruchette que des cadres à bâtir, l’essaim naturel construit très rapidement durant les 2 premières semaines de son installation, par la suite les cirières auront vieilli et leur renouvellement sera lent.

Ne jamais ajouter de cadre de couvain fermé car on va profiter de l’absence de couvain pour faire un traitement avec une spécialité à base d’acide oxalique pour nettoyer la colonie des varroas présents sur les abeilles adultes. Faire un traitement avec une spécialité à base d’acide oxalique dans la première semaine qui suit l’enruchement et surtout avant l’apparition du couvain fermé.

Mettre la ruchette en cave ou dans un lieu noir durant 2 ou 3 jours, les abeilles en se léchant vont se nettoyer notamment des spores de la loque américiane et s’en déchargeront ultérieurement lors de leurs vols de propreté.

Mettre la ruchette à son emplacement définitif, nourrir massivement durant 2 semaines pour faciliter la construction des rayons, par la suite surveiller la vitesse de stockage comparée à celle de la ponte de la reine. Nourrir au départ avec du sirop, poursuivre avec du candi protéiné ou au miel

Un article passionnant

Ma traduction n’est pas terrible mais, pour en comprendre la conclusion, elle sera suffisante.

JOURNAL OF THE ROYAL SOCIETY

La grappe d’abeilles – n’est pas un mécanisme d’isolation mais un piège de chaleur stressant

Derek MITCHELL Published : 22 November 2023 https://doi.org/10.1098/rsif.2023.0488

« Depuis le début du vingtième siècle, la couche extérieure (manteau) des abeilles mellifères (Apis mellifera) dans la grappe d’hiver est censée isoler le cœur de la grappe. Cela a encouragé les apiculteurs à favoriser le mécanisme de grappage, en acceptant d’utiliser principalement des ruches mal isolées dont on n’en voit pas les limites et, en Amérique du Nord, en recourant à la réfrigération dans des silos. Ce processus est souvent considéré comme anodin, voire nécessaire; l’apiculture et la recherche universitaire considèrent ces conditions de perte de chaleur extrêmes, comparées à l’habitat naturel de l’abeille [qu’est le tronc d’arbre creux], comme naturelles et normales.

En utilisant les caractéristiques de matériaux micro-alvéolés, l’analyse a été faite en ayant recours à un modèle [mathématique] de grappage dans une configuration qui met en œuvre la convection, la conduction et le rayonnement. Nous montrons qu’une colonie d’abeilles augmente la conductivité thermique, lors de la transition de la pré-grappe au manteau dense, par un facteur d’environ 2, et que la valeur R de l’isolation peut diminuer de plus de 11. Ces résultats montrent que le manteau n’agit pas comme un isolant et que le regroupement n’est pas anodin, mais qu’il s’agit au contraire d’une réaction comportementale évolutive à une menace existentielle qui se traduit par une augmentation du stress dû au froid et à l’effort. L’attitude à l’égard du grappage forcé, c’est-à-dire le fait de provoquer délibérément un comportement de survie stressant, doit donc être revu.

Toutes les matières peuvent influer sur la température. L’utilisation du mot « isolation », en relation avec la grappe d’abeille, signifie plus que cela. Il implique, dans ce cas, un jugement de valeur positif et injustifié sur la conception des ruches et a, par sa généralisation, influencé les relations des apiculteur avec les abeilles, encourageant les pratiques d’utilisation de ruches en bois à parois minces et la réfrigération dans les silos des colonies d’abeilles en Amérique du Nord…

… Le point de vue habituel ne correspond pas aux progrès récents de la recherche et laisse se déployer une augmentation du stress des abeilles (c’est-à-dire la réfrigération et l’utilisation de ruches dont les performances ne sont pas significativement différentes de celles d’une tôle fine) que l’on pourrait éviter, alors que les colonies sont confrontées à des augmentations inévitables du stress dues aux ravageurs, aux maladies et aux changements climatiques et environnementaux.

Imposer des stress à des vertébrés en provoquant des réactions comportementales de survie sans aucun bénéfice pour l’individu ou pour son groupe est désormais considéré comme de la cruauté.

Bien que les normes éthiques actuelles concernant les insectes soient différentes, il est urgent d’envisager, de rechercher et de promouvoir des changements de pratiques qui réduisent la fréquence et la durée du grappage, par exemple, l’utilisation de ruches fabriquées à partir des matériaux de la figure 10)*. »

*Polystyrène extrudé et polyisocianurate

Derek MITCHELL est un ingénieur anglais, spécialiste de la mécanique des fluides. Il a fait sa carrière dans l’aéronautique. Il s’est intéressé à la passion de son épouse apicultrice amateur et il a intégré l’Université de Leeds pour un doctorat où il a mis à contribution ses compétences en mécanique des fluides pour étudier les conditions de vie des colonies d’abeilles. Ses publications ont fortement conforté Marc Guillemain sur le bien fondé de ses observations, de ses expériences et des modalités d’isolation des ruches qu’il a imaginées.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

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