Canicule et famine

Deux semaines passées loin des ruchers et au retour famine à tout va y compris sur Beehoo.com J’étais parti confiant comme un débutant !

Le site fut planté, il reprend vie maintenant, revenons dans les ruches.

Pas de problème majeur mais, après avoir donné du sirop à toutes les colonies avant de partir, au retour tout est vide !  Sauf sur les grosse colonies de production qui avaient déjà commencé des réserves dans le corps.

Un petit coup de sirop s’impose donc. J’en prépare une bonne trentaine de litres et catastrophe dès les premières colonies servies ronflement des autres qui, attirées par l’odeur du saccharose, se sont mises à piller.

Arrêt de la distribution, pose de réducteurs d’entrée et  de brassées d’herbes, distribution de candi en petites portions pour que toutes en aient un peu tout de suite. Le brouhaha ralentit.

Le lendemain matin le rucher ronfle encore, la distribution du candi n’a pas suffit la faim est encore là, le candi sera remis en conséquence dès que le stock sera reconstitué. Candi mis directement sur la tête des cadres pour qu’un maximum d’abeilles soit servi. Une semaine plus tard de grosses colonies en ont consommé 1kg, certaines mieux pourvues en ont encore de bonnes quantités. Dans un même rucher, d’une ruche à l’autre les situations ne sont pas identiques, en ces périodes aux floraisons difficiles, un suivi ruche par ruche s’impose.

Fin du couvain et des mâles

En visitant les corps, seules les colonies encore pourvues de miel possèdent du couvain, les autres sont à sec. Plus de ponte fraiche, là où on trouve du couvain, que des couvains operculés. Les reines sont bien là, mais il se peut que leurs œufs, si elles en ont pondu, ne peuvent éclore.

En effet, à 50% d’humidité, les enveloppes des œufs durcissent et les larves ne peuvent apparaitre. Dans les cellules dotées d’œufs où les abeilles apportent de l’eau le taux d’humidité dépasse 90%, taux auquel les larves qui en naissent sont de belle facture. Encore faut-il que les porteuses d’eau soient nombreuses que l’eau soit disponible au plus près pour que cette condition soit remplie.

On peut subodorer que l’absence d’humidité suffisante soit à la source de cet arrêt de ponte. A l’évidence, l’absence de fleurs, la sécheresse qui atteint tout de même celles qui résistent encore ont coupé le robinet du nectar. J’ai encore vu rentrer du pollen.

Météo France nous donne pour Lyon 37% de taux d’humidité, mon hygromètre aux yeux bridés affiche 25% et même s’il est approximatif, le taux réel de l’hygrométrie est insuffisant pour une bonne évolution du couvain. Les abeilles privilégient le couvain fermé et si les besoins en eau pour le rafraichir ou l’humidifier sont important les abeilles abandonnent les œufs et le couvain ouvert. C’est ce que j’ai cru constater malgré les 200 l d’eau du bac mis à leur disposition qui a été rempli toutes les semaines et qui est vidé au même rythme grâce aux abeilles, à la sécheresse, au vent et au soleil.

Les mâles ont été chassés et le dernier élevage réalisé il y a 2 semaines n’a guère de chance d’aboutir correctement, ce sera sans doute comme en 2021 où les élevages faits tardivement suite à l’impossibilité de réussir ceux du printemps, les reines de l’été ont été trop souvent mal fécondées.

Le frelon asiatique est bien là

N’ayant guère d’autres insectes à consommer et notamment les rampants plus aisés à capturer pour lui que les volants, le FA rode chez nous depuis le début du mois d’aout. Les pièges et appâts sélectifs évitent de prendre les abeilles, les fouines, les renards et autres bestioles, mais captent les mouches, les guêpes à Lyon, les frelons européens et quelques rares asiatiques.

J’ai acheté un appât dit sélectif qui sent la pomme. Il a bien attiré tout ce petit monde. Même après avoir vidé le verre de liquide mis dans la bouteille après qu’un épais tapis de morts se soit formé en surface, l’odeur résiduelle et sans doute des phéromones des frelons a servi d’appât quelques jours encore. Mais dans l’ensemble le nombre des ruches et le ronflement des abeilles ne semble pas leur faciliter la vie.

Une nasse confectionnée par un collègue, placée à quelques mètres n’en attire pas malgré l’appât « sélectif ». J’ai attrapé deux FA par les ailes et je les ais mis dans la cage, d’autres viennent les saluer. A voir s’ils tenteront de rentrer via les cônes. Certains apiculteurs disent être moins impactés par les FA si les européens sont nombreux. hypothèse à vérifier, auquel cas on apprendra à en élever. Ils mangent bien quelques abeilles, moins goulument que les asiatiques on dirait.

J’ai eu l’impression que l’on prenait d’autant plus de FA dans les pièges qu’ils sont nombreux et que ce piégeage en ce moment de l’année n’impactait guère les colonies de frelons, ne réduisait guère le stress sur les colonies. Par contre, la pose de muselières  a redondé à des colonies devenues frileuses une activité bienvenue. Le modèle que j’utilise est un de ceux testés et développé par l’association les amis des abeilles du Val d’Oise

Le matériel de protection des ruchers

Sans doute devrons nous aussi reproduire les lignées peu stressées par ce prédateur.

Attendre la poussée d’aout

La poussée d’aout est l’expression consacrée pour spécifier ce moment de l’été où les orages arrivent après les grosses chaleurs et la végétation reprend vigueur. C’est le temps des greffes à œil dormant, du semis du colza juste avant une pluie annoncée… Le lierre, la renouée du japon… devraient apporter de bons compléments de réserves tant en miel qu’en pollen. Pour faire les réserves on sortira tous les cadres vide de façon à ce que le remplissage se fasse sur toute la hauteur des cadres de miel déjà bien remplis. Les cadres pleins on pourra en ajouter d’autres. Ce point est très important pour garantir une bonne consommation des réserves par les abeilles au moment où elles se mettent en grappe.

Tout cela pour dire « que devons nous faire en aout » ?

Dans les circonstances présentes rien d’autre que de donner du candi aux colonies pour leur éviter une mort assurée par famine dans le désert alimentaires qui peut exister ici ou là. Poursuivre les traitements contre varroa car il est inutile d’ajouter cette catastrophe parasitaire à une météo calamiteuse. Attendre le retour des pluies pour que les floraisons de fin d’été puissent nous aider à préparer l’hivernage.

Alors, nous apporterons des sirops denses en grande quantité car en de maints endroits les réserves seront à sec et seul le candi que nous aurons apporté aura permis de maintenir les colonies à flots.

Retirer les cadres vides, apporter des nourrisseurs couvre cadres entiers de sirop concentré (du commerce jusqu’à 74% de sucre soit fait maison avec dus sucre semoule et de l’eau dans al proportion de 2 kg de sucre pour 1 l d’eau. On ajoutera 1 cuillère à soupe de vinaigre blanc (acide acétique) pour l’amener au PH du miel. L’abeille possédant des enzymes pour décomposer le saccharose, inutile de provoquer l’inversion par l’ajout d’acide tartrique comme indiqué autrefois. On ne dépassera pas cette proportion de 2 pour 1 car le sucre cristallise ensuite dans les nourrisseurs. Les sirops concentrés du commerce contiennent du maltose qui permet d’accroitre la densité du sucre dans l’eau. Le maltose est plus long à digérer pour l’abeille.

Le sucre sera blanc, du pur saccharose qui sera décomposé dans le jabot en glucose et fructose, les sucres assimilables par l’abeille. Les sucres roux contiennent des sels minéraux indigestes pour les abeilles, inutile de leur encombrer l’intestin.

Et la ponte ?

Puis, les stocks bien amorcés, on veillera à ce que la ponte de la reine se développe. On entre dans le temps de préparation des abeilles d’hiver, ces abeilles aux corps gras sur-développés par des consommations massives de protéines.

Pour ce faire, après une séquence de distribution massive de sirop épais et que les nourrisseurs seront bien vides, on donnera, 1 fois, un verre de sirop dilué. Si la ponte ne repartait pas rapidement on essaiera d’en donner 2 fois ou plus durant une semaine. Tout dépendra du temps dont on dispose et on devrait voir les surfaces de couvain augmenter.

Parallèlement on apportera du candi hyper protéiné qui booste les glandes hypopharyngiennes des abeilles nourrices et apporte la gelée royale pour stimuler la ponte de la reine. Vendu en plaques minces ce candi se pose sur la tête des cadres, sous le couvre cadre nourrisseur. Ce sont les Patties ou Patty chez Icko, Vita ou Royal Care, le Beeshine est aussi un excellent booster de production de la gelée royale. L’important est de donner des protéines en grande quantité, certes ce n’est pas la variété puisque les apports sont à base de levure de bière ou de farine de soja, mais ce seront les quantités qui importent pour maintenir la qualité des corps gras des abeilles. Les floraisons apportent la variété nécessaire.

Contre varroa

On n’insistera jamais assez sur l’importance du traitement contre varroa. Dans la situation climatique actuelle, même si on n’a pas encagé les reines, toutes les colonies en absence de couvain seront traitées avec une spécialité à base d’acide oxalique : Varromed, Oxybee, Apibioxal.

Si on traite à l’acide oxalique en présence de couvain il faut multiplier les passages selon les préconisations des producteurs. Il est important que les abeilles se renouvellent puisque l’acide attaque la cuticule des abeilles et favorise ainsi les pénétrations de virus et bactéries. La reine en souffre également et c’est pour cela que son renouvellement sera assuré tous les ans ou tous les deux ans.

Préparer l’hivernage

Pour préparer l’hivernage en ces temps d’été et de vacances je vous propose de tester et donc de fabriquer un complément du palteau de sol qui aura pour effet de fermer quasi totalement l’accès au corps et limitera totalement les courants d’air.

L’ambition avec les techniques développées par Marc Guillemain est d’enfermer le couvain dans un espace où les abeilles gèrent au mieux et par elles mêmes les paramètres d’hygrométrie, de température et de gaz carbonique. C’est ce que l’on appelle l’homéostasie du couvain.

La ruche n’a nul besoin d’être aérée. Par temps de canicule une maison bien isolée ne sera pas fenêtres ouvertes pour en abaisser la température interne, sauf la nuit pour évacuer la chaleur du jour et accumuler de la fraicheur que l’inertie du bâtiment restituera le jour.

La ruche n’a aucune inertie les abeilles chauffent directement le couvain en se calant dessus et le refroidissent en lui apportant de l’eau dont l’évaporation en abaisse la température. Je vous propose de compléter les isolations intérieures réalisées à l’aide des PIHPgm, des isolants de toit par une isolation très renforcée du plateau de sol.

Il s’agit d’un plateau qui se cale sur le plateau de sol. Pour le faire j’utilise un couvre cadre du commerce :

     

1 – il est composé d’une plaque de contreplaqué ou d’isorel avec en bordure d’un coté une baguette de 20mm. Dans un angle je perce à la scie cloche un trou de 50 mm de diamètre, ce sera l’entrée dans le corps

2 – je fixe sur l’autre face une bordure de 15 à 20 mm    

3 – je fixe une plaque de polystyrène extrudé de 20 mm d’un coté et d’un isobulle  XLMat (le plus réfléchissant et le plus solide du marché actuellement) de 3 mm de l’autre

4 –  je perce les isolant au lieu du trou de l’entrée

    

5 –  je pose ce plateau sur mon plateau de sol ordinaire réfléchissant coté corps de ruche et polystyrène coté plateau de sol

Les PIHPgm seront positionnée de telle manière que le couvain soit enfermé dans la partie du corps de ruche la plus à l’abri des courants d’air et le miel sera mis du côté de l’entrée dans le corps qui est la partie la plus froide. L’écharpe, l’isolant de toit de 4 cm et un polyane pour bien étanchéifier le sommet empêchent les abeilles de passer par le sommet des cadres. C’est pour cela que le plateau de sol est rehaussé pour que les abeilles puissent passer par le bas des cadres.

Le couvain sera donc dans un espace très chaud et à hygrométrie élevée, un peu comme dans une bouteille thermos à l’envers, les paramètres pour l’homéostasie du couvain seront totalement géré par les abeilles avec le moins d’influence extérieure possible.

Webinaire du 25 aout 2022 à 20h45 :

La mise en hivernage avec des Ruches Basse Consommation d’énergie

utiliser ce lien :

https://us02web.zoom.us/j/83620345163?pwd=dGVIWUpyUUxUWVpHaGRicUV6VE9zdz09

 

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

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