C’est le 1er mai, au boulot !

Après le très chaud et la sécheresse, le grand froid.
Drôle de temps, mais tous les ans on a des surprises de ce genre. L’an passé ce furent les pluies sur mai et juin, dans mon carnet je note dans mon coin au sud de Lyon que l’acacia n’était présent dans les hausses au 20° siècle qu’une année sur neuf.
Cette année après de grands froids, une fin d’hiver très douce, un début de printemps chaud, des floraisons tellement en avance que toutes les floraisons se superposent puis le froid et (chez nous) l’acacia ko. Pas de gel destructeur comme dans certaines régions et sur certaines cultures,mais passé le colza c’est le désert alimentaire pour quelques semaines; les essaims s’annoncent avec force. Ils ne furent pas si nombreux en avril.
Mais les cellules royales pullules maintenant dans les colonies les moins sélectionnées et dotées de reines les plus âgées. On découvre que les essaims de gouttière sont de purs produits naturels. L’essaimage est la condition de la survie de l’espèce et les lignées essaimeuses sont dans cette logique, mais ce n’est pas l’objectif de l’apiculteur qui doit sélectionner des lignées peu essaimeuses pour avoir tout de même du miel.
Une première solution est de faire des essaims artificiels autant que de cadres avec CR, on multiplie les colonies. Une méthode plus rapide permettant de faire un bel essaim que l’on réunira en juin avec la souche consiste à faire des essaims nus.

L’essaim nu

C’est une technique très ancienne qui était pratiquée surtout pour multiplier les colonies.
Certes, le volume d’abeilles prélevé est important, la reine n’étant plus dans la souche démarrera rapidement une nouvelle colonie, les CR qui donneront naissance aux futures reines seront détruites au profit de la première reine née. Cette manière de faire obère en partie la récolte, mais évite de perdre les essaims et la nouvelle colonie pourra éventuellement être regroupée avec la souche pour les miellés de fin juin.
Placer sur le corps dont on aura enlevé la hausse un second corps de ruche sans plateau de sol et empli de cadres cirés.
Fermer le sommet par le couvre cadre aux 3/4, laissant une ouverture coté entrée.
Enfumer durant une minute au moins et de manière très forte, l’enfumoir doit souffler comme une locomotive. Les abeille se gorgent de miel.
Lorsque la fumée apparait au sommet, prendre deux maillet ou deux bâtons puis cogner le corps de ruche du bas en remontant doucement du bas en haut.
Lorsque les abeilles commencent à sortir par la haut, on dépose délicatement le corps du haut sur un plateau de sol puis on éloigne cet ensemble dans le rucher,fermer le couvre cadre attendre 1/2h.
Soulever le couvre cadre légèrement, si les abeilles sont dedans c’est que la reine y est montée. L’essaim a réussi. Dans le cas contraire, réunir et refaire l’opération le lendemain.
Nourrir par nourrisseur entier au sirop 50/50 pour faire cirer, de plus on a perdu les butineuses qui sont retournées à la souche, traiter contre varroa puisque l’on est en absence de couvain. Cesser de nourrir lorsque les stocks dominent la production de couvain.
Dans la souche contrôler la naissance dans la semaine qui suit et la ponte dans la quinzaine suivante. Cette manip intervenue avant l’essaimage et avant l’arrêt de ponte de la reine ralentit moins la dynamique démographique de la colonie que l’essaim naturel intervenu plus tard et avec le risque d’essaimages multiples.

Faire construire des cadres

A cause du mauvais temps il aura fallu nourrir. Notre expérience d’un nourrissement avec des protéines, nous a monté une fois encore que l’on peut produire des constructions importantes. Le cadre à jambage avec aucune cire gaufrée sur la hauteur laisse les abeilles construire à leur instinct, les rayons sont beaux, dotés d’un couvain dense et de parties faites de cellules de mâles que l’on détruit pour réduire la pression varroa éminemment présent dans ces cellules.
Le cadre à jambage est une pratique à développer d’autant plus que l’on est dans une conduite « bio » sans cire apportée. Seule limite, les rayons ne sont solides qu’une fois totalement construits. C’est un peu gênant pour la transhumance précoce. Passé ce temps de construction, les rayons sont suffisamment solides pour que les ruches soient transportées sans destructions internes des rayons.
Cette démarche impacte de manière très positive, semble-t-il, l’hygiène de la ruche.
Plus de cire, plus de fil, on découpe le rayon sur ses trois cotés en laissant quelques mm sur le bois et les abeilles refont le modèle.

Élever des reines

C’est évidemment le moment, c’est le temps des essaims et donc de l’élevage des reines. C’est facile et cela permet de faire évoluer votre rucher, de renouveler vos reines tous les ans et de limiter très fortement l’essaimage parce que les jeunes reines produisent beaucoup de phéromones qui bloquent l’instinct d’essaimage dans la colonie.
Pour produire quelques reines il y a mille manières. L meilleure est celle que vous maitriserez !
Mettre une cire à bâtir au centre du nid à couvain en ne mettant qu’une demie plaque de cire gaufrée. Vérifier la construction de cette cire et sa ponte. Une fois pondue, chercher la reine que vous aurez pris le soin de la marquer en mars ou début d’avril quand elles se trouvent facilement. Garder la reine dans la pince à reine.
Posez sur le corps une grille à reine et la hausse. Si elle est assez garnie, enlevez deux ou trois cades pleins au centre et les remplacer par des cires bâties ou vierges selon vos disponibilités. mette la reine dans la hausse.
Les abeilles du corps dont des nourrices monteront s’occuper de la reine. Au bout de 24 h enlever cette hausse, la placer sur un plateau de sol. La colonie orpheline élèvera des reines sur le rayon nouvellement construit notamment sur la partie basse et peut être sur d’autres.
10 jours après l’orphelinage découper les CR et les placer dans un protège cellule et les mettre entre deux cadres de couvain des nucléis que vous aurez constitués.
Pour faire ces « nucs », 4 jours avant d’y mettre les CR prenez dans chacune de vos belles ruches deux cadres de couvain avec un cadre de miel. Veillez à ce qu’un maximum d’abeilles y soient présentes. Placer ces ensembles dans des ruchettes avec une partition. Mettez ces ruchettes fermées en caves ou dans un local sombre jusqu’à la veille de l’introduction des CR, soit 3 jours. Placez les dans le rucher, ouvrez les entrées et 3/4 d’heure après, visitez ces nucs pour châtrer les CR naturelles qui auraient pu s’y produire. Le lendemain introduire les CR de votre élevage.
En sélectionnant pour faire votre élevage une colonie d’une lignée peu essaimeuse, douce vous aurez des chances de transformer peu à peu votre rucher.

Pour produire de grandes quantités de reines il faut passer par des procédé plus élaborés que je décris dans mon ouvrage « le rucher durable » (éditions Ulmer en vente chez votre libraire et sur Internet chez Decitre, Fnac etc.).
Pour tous les élevages, nourrir est important mettez 250 g de miel cristallisé sur le couvre cadre nourrisseur. Ou faites une pâte de 200 g de sucre, 200 g de levure de bière lyophilisée, et de miel en quantité ad hoc pour avoir une pâte assez souple mais qui ne coule pas. Placer cette pâte par lot de 200g sur la tête des cadres là où doit se faire l’élevage. Retourner le couvre cadre nourrisseur pour laisser l’espace nécessaire. Si la colonie est puissante les abeilles construiront dans le couvre cadre, c’est sans importance.

Coté vidéo chercher la reine

Côté administration

Lors de la dernière réunion organisée par la DGAL en Région Auvergne Rhône Alpes sur la politique sanitaire apicole, il est ressorti très clairement que les DDPP ne possèdent ni les effectifs ni les financements pour assurer les expertises des ruchers pour lesquels les apiculteurs déclareraient des cas de de loque américaine ou de nosémose (Apis car Ceranae vu l’absence de signes cliniques évidents n’est quasiment jamais déclarée donc détectée). Les risques associés à la grippe aviaire mobilisent la totalité de leurs forces et de leur énergie.
De ce fait il est plus qu’important que les associations d’apiculteurs qu’elles qu’elles soient forment leurs adhérents à la connaissance des pathologies des abeilles, des soins à apporter aux colonies malades, à réaliser des transvasements, à supplémenter les colonies par des nourrissements adaptés. La FNOSAD est l’organisme le plus compétent pour ce faire au service des apiculteurs amateurs puisque créée conjointement par des amateurs et des professionnels il y a 70 ans. Le sanitaire apicole fut développé par les apiculteurs eux mêmes sans avoir eu recours à la puissance publique. Ce fait est à rappeler à un moment où l’économie de la subvention a plus que du plomb dans l’aile!
Quoi que, en période électorale, on a tendance à croire au père ou à la mère Noël.
J Riondet

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

12 résponses de C’est le 1er mai, au boulot !

  1. Emmanuel dit :

    Monsieur RIONDET,
    Vous nous incitez à nourrir les colonies en hiver, pour les aider à passer le cap de cette saison froide.
    Est-ce à dire en cette ère de réchauffement climatique, qu’il faut les nourrir du 1er octobre au premier juin ? 😉
    En effet ce mardi 9 mai, j’ai du nourrir en catastrophe mes colonies. Tous les cadres étaient noirs d’abeilles qui erraient à la recherche de la moindre goutte de miel sur des cadres totalement essorés après les 5 semaines de froidure qui viennent de passer. Autour du couvain, il n’y avait que des cellules vides.
    Mais combien de kilos faut il apporter chaque semaine ?
    Il semblerait que les abeilles après des millénaires d’exploitation par l’homme aient décidé d’inverser la situation. Maintenant l’apiculteur ne retire pas du miel de la ruche, mais il en ajoute sans cesse !

    • Nourrir à la morte saison n’a de sens que si les abeilles ont faim, c’est à dire que notre prédation de miel fut supérieure aux besoins de al colonie. L’Abbé Warré dans sa vision chrétienne du monde proposait de partager la récolte en deux : laisser un élément de miel aux abeilles et ne prendre qu’un seul élément. Avec ce principe quel que soit le climat les abeilles survivront l’hiver.
      C’est notre avidité qui les affame.
      Oui durant ces dernières semaines de froidure, les colonies qui avaient produit du miel de colza que nous avions récolté ont du être nourries 1l de sirop par semaine, soit 500g de sucre approximativement.
      Mais on a nourri les essaims et les colonies en développement pour soutenir la ponte de la reine en vue des récoltes à venir. L’essaimage d’un certain nombre de colonies nous rappelle à l’ordre !
      Auparavant on nourrissait moins car les déserts alimentaires étaient également moins fréquents. Dans mon secteur même les oiseaux disparaissent faute d’insectes à consommer. 20 km plus bas sur les coteaux de Vienne en Isère, les floraisons de nombres de plantes sauvages permettent de faire des récoltes de 3 à 5 hausses par ruche !
      J Riondet

  2. Morland dit :

    Bonjour,

    J’ai débuté l’apiculture avec l’abeille noire, et je me faisais constamment « massacré », je ne pouvais pas manipuler plus de deux cadres sans me faire piquer et souvent je devais fermer la ruche sans terminer mes interventions.
    Là où la situation s’est envenimée c’est lorque mes voisins ont été piquées par mes avettes, je l’ai donc installée dans un lieu reculé, et dans mon jardin je les ai remplacées par deux ruches de race Carnica, et là quel changement!! Je ne subis aucune pique et je peux mener mes interventions à 100 % :)
    Ma question est la suivante, à partir de quel seuil considère t on qu’une colonie est anormalement agressive? Car je m’interroge, je sais que l’abeille noire est piquante mais je trouve que ma colonie l’est bien trop ! Auparavant je pensais que je m’y prenais mal mais voyant que cette année je peux travailler sur deux ruches sans la moindre piqure je me dis que je ne suis sans doute pas le seul responsable…
    Merci.

    Cordialement.

    Morland Fabrice

    • On dit qu’un insecte est agressif lorsqu’il surveille et défend un certain périmètre autour de son habitation. Les Vespidae sont dits agressifs car tous surveillent leur nid et attaquent en masse lors qu’on s’approche de leur lieu de vie. Par contre la guêpe ou le frelon en cours de butinage ne vous attaquera pas.
      L’abeille n’est pas agressive puisque vous pouvez vous accouder sur la ruche hors du champ d’envol sans les voir venir vous chercher. Un premier point de repère est que si vous restez immobile derrière la ruche hors du champ d’envol les abeilles viennent vous agresser, la colonie est agressive. Un test proposé par Regard dans son ouvrage sur l’élevage des reines consiste à introduire et retirer une fois un bâton par le trou de vol sur le plateau de sol le matin tôt avant la sortie des abeilles. A volume d’abeilles identique, les colonies agressives sortent de suite, les autres non.
      L’agressivité est liée en particulier au niveau de consanguinité des groupes de sœurs au sein de la colonie. Plus ce niveau est élevé, moins elles sont agressives. C’est pour cela que les abeilles très sélectionnées sont douces quelles que soient leur race… ou presque !
      Jean RIONDET

  3. jmj dit :

    Bonjour, Svp á quelle distance des ruches peut on mettre du miel (pour nourrir un peu) sans que ça déclenche des pillages. D’ailleurs pourquoi le miel déclenche t il des pillages? Merci. Bien cordialement . Jm

    • Distance nulle, dans le nourrisseur couvre cadre sinon c’est le pillage assuré. Mais si le miel est la meilleure des nourritures pour les abeilles c’est un excellent vecteur des maladies. A distribuer donc avec modération aux abeilles.
      J. Riondet

  4. jmj dit :

    Re-bonjour, comment ça se présente cette année pour le miel de sapin, les conditions climatiques sont elles réunis pour le puceron? D’ailleurs serait il possible de transplanter ou d’implanter des pucerons d’une zone a une autre ? Merci encore. B cordialement. Jm

    • Il y a bien des différences entre zones de sapins. Donc pas d’indications générales pour dire s’il y aura ou non du miellat de sapin cette année.
      Il faut qu’il y ait des parasites, ils sont comme tous les insectes et acariens liés très fortement aux conditions météo. En particulier celles de l’année antérieure qui détermine les volumes de parasites hivernés et donc opérationnels pour la production des miellats. Hélas on ne sait élever et ni transhumer ces pucerons.
      J Riondet

  5. morland dit :

    Bonjour,

    J’ai acheté deux essaims à un apiculteur professionnel. L’un était sur 4 cadres de couvain et l’autre sur 2, depuis 1 mois le premier est aujourd’hui à 7 de CC et l’autre toujours à 2 … !!
    La reine est présente, elle pond, mais l’essaim ne se développe pas, le pollen rentre mais elles ne semblent pas en mesure d’en stocker, idem pour les réserves en miel.
    L’apiculteur m’a conseillé de nourrir de manière abondante, mais au magasin apicole il me conseille avec modération, du coup je suis un peu perdu, pourriez-vous me donner votre avis?

    En vous remerciant.

    Cordialement.

  6. Ce problème est typique des essaims faits par assemblage de cadres de couvain, d’abeilles et d’une reine en ponte ajoutée. Le risque est que, involontairement, des abeilles trop âgées aient été prises pour constituer l’essaim, le déséquilibre entre les âges, et donc entre les fonctions dans la colonie, pénalise la dynamique démographique. Pour relancer cette dynamique tentez de nourrir très régulièrement, 2 à 3 fois par semaine d’un sirop léger 300g de sucre, 600g d’eau. Y ajouter pour améliorer l’apport en protéine entre 10 et 20g de levure de bière lyophilisée inactivée (Apitonus ou protéines de chez Royal Care), ce qui relance fortement la ponte.
    Nourrir peu mais régulièrement évite le stockage et la transformation du sirop en miel, opération longue et énergivore. Alors qu’un apport limité, riche en protéines, mais constant, ne couvre que les besoins alimentaires du moment, réduit le passage rapide des nourrices en butineuses et favorise donc la ponte de la reine.

    J RIONDET

    • morland dit :

      Bonjour,

      Comme vous me l’aviez je nourris l’essaim qui peinait à démarrer. J’ai commencé depuis 1 semaine et voici qu’il est passé de 2 cadres de couvain à 3 (ponte toute récente) et qu’il commence enfin à tirer les cadres qu’il ne parvenait à bâtir jusqu’à ce jour. Jusqu’à quand dois-je poursuivre le nourrissement? Sachant qu’il y a beaucoup de tilleuls, un peu de chataignier et des fleurs de ronces assez nombreuses?
      En vous remerciant.
      Cordialement.

  7. morland dit :

    Bonjour,

    Je vous remercie beaucoup pour votre réponse :-)

    Je vous tiendrai au courant.

    Bien cordialement.

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