Décembre 2007 Noël approche les abeilles auront la paix

Le froid est là, par à coups comme toujours en ces périodes avant les grands froids qui sont plutôt en hiver. Les abeilles ne bougent guère, elles consomment leurs réserves. L’apiculteur aussi sera au calme. C’est le temps des assemblées générales des syndicats, où il est bon d’aller soutenir le moral des dirigeants et de profiter des conférences, des échanges et des rencontres en tout genre. Information et formation vont de pair. C’est aussi l’époque des travaux administratifs, payer ses cotisations, ses assurances, bref c’est un moment de dépenses encore. Noël c’est aussi le temps de retrouver ses amis, sa famille, pour fêter la solidarité entre les hommes. Les apiculteurs l’ont souvent manifestée, les abeilles nous rappellent qu’un peu plus de solidarité entre les peuples serait sans doute de bon aloi pour le futur des générations à venir !

Au rucher

L’entretien du rucher est à poursuivre jusqu’à la première visite de printemps qui sonne la reprise des activités sur les colonies.

Le débroussaillage est constant, l’hiver est un bon moment pour tailler les ronces, pour brûler ces déchets, enlever les morceaux les plus drus des vivaces et autres arbrisseaux envahissants. Au printemps une tonte de l’herbe entretient des abords confortables pour le travail au rucher.

Bien mettre aux normes de sécurité le rucher s’il est proche des voisins.

Code rural Art L211-7 :  »Les maires prescrivent aux propriétaires de ruches, toutes les mesures qui peuvent assurer la sécurité des personnes, des animaux, et aussi la préservation des récoltes et des fruits. A défaut de l’arrêté préfectoral prévu par l’article L. 211-6, les maires déterminent à quelle distance des habitations, des routes, des voies publiques, les ruchers découverts doivent être établis. Toutefois, ne sont assujetties à aucune prescription de distance les ruches isolées des propriétés voisines ou des chemins publics par un mur, une palissade en planches jointes, une haie vive ou sèche, sans solution de continuité. » (sans solution de continuité = continu)

Le dernier alinéa est particulièrement intéressant, il permet de mettre des ruches quasiment partout. Etre conforme aux règles n’empêche pas les accidents et n’exonère pas le propriétaire des ruches de sa responsabilité civile (réparation des dommages) mais lui évite de se faire reprocher de ne pas avoir respecter les règles de droit (poursuites pénales). Si on prend la précaution de rendre les ruches invisibles aux regards toujours inquiets des passants, la paix dans le voisinage est assurée.

On prévoira un mini rucher à quelques dizaines de mètres des ruches pour les essaims qui accueillent des reines de qualité. Ces essaims perdront leurs butineuses (les plus agressives des abeilles) qui retourneront dans les colonies souches ou à l’ancien emplacement et ne retrouvant leur colonie rentreront dans la ruche la plus proche.

On créera, si ce n’est fait, un rucher secondaire plus éloigné d’environ 3 km ou plus proche s’il y a des déclivités ou des forts obstacle à la circulation des abeilles (bois, colline).


On y mettra les essaims issus des colonies que l’on saigne pour éviter leur essaimage et tous les essaims artificiels que l’on veut gros dès le départ. Cette surabondance d’abeilles sera conservée du fait de la distance d’avec les colonies d’origine.

Les ruches

On surveillera le candi ou le kilo de sucre en morceaux posé sur le trou du nourrisseur. S’ils sont déjà attaqués c’est le signe que les réserves ne sont pas si importantes que cela. Renouveler régulièrement cet apport de nourriture.

Si la neige est au rendez-vous bien veiller à ce que les planches d’envol soient dégagées que les abeilles puisent sortir à la première occasion. Les toits seront également surveillés et bien calés.

Les vandales opèrent aussi l’hiver. Courageux mais point téméraires ils renversent les ruches dès que le temps les poussent à se promener. A l’expérience, j’ai pu constater que les colonies en souffraient parfois assez peu si on intervenait dans les jours qui suivaient leur renversement, voire même dans certains cas et selon le moment, elles redémarraient précocement ! En fait, la dislocation de la grappe au moment du choc et sa recomposition s’accompagne d’une forte consommation de miel pour retrouver de la chaleur, et les échanges de nourriture reprenant dans la colonie, la ponte de la reine était relancée. Mais enfin, le calme leur sied mieux tout de même ! On apportera du candi aux colonies ayant été renversées.

Les déplacements de ruches dans le rucher ou proche pourront se faire à la main jusqu’en mars par jour de froid mais attention, il ne faut pas choquer les caisses pour éviter la dislocation des grappes.

Pour des déplacements en voiture, les faire le soir à la nuit tombée après une journée tiède.

Les traitements

Tous les traitements sous forme de lanières auront été enlevés. Les laisser durant de longs mois c’est permettre une sélection d’acariens résistant aux molécules acaricides et de laisser ceux là seuls se développer ultérieurement. C’est ainsi qu’apparaissent des phénomènes de résistances aux traitements.

Pour les adeptes des traitements d’hiver contre la varroase, choisir une journée tiède environ 10°c et ouvrir les ruches pour disperser le traitement sur les abeilles. Le faire le plus proche de la fin du mois pour avoir le moins de couvain possible. En effet ces traitements dits de contact ne sont efficaces qu’en absence de couvain.


Les mois suivants ces traitements sont plus difficiles à faire du fait du froid plus constant. L’an passé la tiédeur de l’hiver fit que du couvain fut présent de manière permanente.

Les traitements par dégouttements sont à préférer aux traitements par pulvérisation, sublimation, nébulisation, tout autant toxiques pour l’apiculteur que pour les varroas.

On ne sera jamais assez prudent dans l’utilisation des produits chimiques contre les insectes et autres acariens.
La population agricole serait une catégorie professionnelle particulièrement touchée par les malformations fœtales et les cancers masculins que l’on suppose d’origine professionnelle.
Faits que l’on met en relation avec l’usage des produits phytosanitaires dont la France est la championne en matière d’épandage, 80 000 tonnes /an. Une étude sur un échantillon d’agriculteurs est en cours au plan national.

Il serait intéressant que les apiculteurs comprennent qu’ils sont exposés de la même façon.
Les conditions d’usage des médicaments étudiées lors des demandes d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) concernent bien sûr l’efficacité du traitement mais également la santé du consommateur comme celle de l’apiculteur.
D’où la recommandation constante de n’utiliser que des produits autorisés et plus particulièrement les médicaments qui sont tous dotés d’une AMM.

Les travaux d’intérieur

Outre l’AG du syndicat et les divers travaux administratifs, j’insisterai sur l’assurance des ruches.
Il s’agit moins de chercher à se faire rembourser des vols ou autres dommages que de se trouver seul face à un voisin dont le chien aurait été tué par étouffement du fait de piqûres d’abeilles. Lors d’une manipulation intempestive suivie d’un pillage, les abeilles agressives se mettent à attaquer et piquer tout ce qui se trouve à leur portée.
L’origine de l’attaque est souvent facile à trouver et la mise en cause non moins facile. L’assurance responsabilité civile de quelques euros pour le rucher semble alors un excellent investissement.

La préparation de cadres cirés est à mettre en route, c’est un long travail qui nécessite une bonne organisation.
Je cire toujours mes cadres en posant les cires sur les fils, puis je coule de la cire liquide dans la tête du cadre et je ne soude les fils qu’une fois la cire fixée au sommet.
L’incrustation je la fais avec un transformateur qui débite bien des ampères sous une faible tension. J’utilisais un ancien chargeur de batterie assez puissant, j’ai trouvé mieux encore, le transformateur d’un matériel à chlorer l’eau salée des piscines par électrolyse, il débite plus d’une dizaine d’ampères sous 24 volts. C’est très bien pour faire chauffer les fils en inox assez rétifs à ce genre de traitement.

Je les stocke dans des caisses pliantes dont un modèle, 44 cm de longueur intérieure correspond exactement au format des cadres Dadant. Il en tient douze par caisse. Elles s’empilent très facilement, le stockage est aisé.

Prévoir au minimum deux cires par colonie plus tous les cadres utiles pour des essaims.

Je ne file jamais les cadrons des nucléis, c’est trop astreignant pour les démonter et les nettoyer. Sauf depuis que je les réalise avec pièces de cadres en bois. Ils passent dans la lessiveuse pour les stériliser alors que les cadrons en plastique n’y résistent pas.

Lorsque l’on traite les corps de ruche ou de hausses, les plateaux de sol avec de la paraffine à haut point de fusion, se mettre dans un espace ouvert. Trop d’accidents ont eu lieu par asphyxie.

Le Noël des enfants

Pour les grands-parents pourquoi ne pas offrir à l’un ou l’autre des rejetons une ruche à décorer.
C’est l’occasion de réaliser avec l’heureux bénéficiaire une ruche originale. Sculpture, peinture, pyrogravure, tout est possible. On rejoint ainsi la tradition des pays à hivers longs où le travail du bois est une habitude.
Passe temps convivial dont le résultat agrémente heureusement le rucher et y attirera le jeune propriétaire d’une colonie.

Bonnes fêtes à tous et à vos proches.

Jean Riondet

jean.riondet@wanadoo.fr

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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