Décembre 2011 – C’est encore une douce saison

Pour les amoureux des fleurs, allez au sud de Lyon à Feyzin en prenant la route qui passe devant la caserne des pompiers et qui conduit de l’ancienne N7 dite route de Lyon à la « route de Vénissieux », vous y verrez un magnifique champ de tournesols en fleurs, bien plantés régulièrement, des inflorescences magnifiques. Les abeilles y étaient dessus samedi 10 décembre. J’espère vivre assez vieux pour aller ramasser des dattes sur les Champs Elysées à Paris… Noël fait rêver.

Dans les ruches le pollen rentre à flot

En ce mois de décembre, jusqu’au 10 certaines colonies continuent de rentrer du pollen en masse. Je ne peux m’empêcher de citer le passage de Storch dans son livre  » Au trou de vol » cette mine d’observations. A la rubrique du mois de novembre, il dit :
L’examen de telles colonies… (qui rentrent du pollen en novembre…), révéla chaque fois la présence non seulement de couvain operculé et ouvert mais aussi d’œufs.
(Nous avons déjà signalé) les conséquences vraiment désastreuses d’une ponte si tardive pour nos latitudes, nous voulons insister ici sur une des principales raisons du mauvais hivernage que nous connaissons toujours et sans exception de telles colonies.
Chacun sait pourtant que quelques jours après leur naissance, les jeunes abeilles doivent se soulager des résidus que contiennent encore leurs intestins. Or ce couvain encore ouvert en novembre et dont la place normale est au cœur de la colonie, produira des abeilles qui n’auront pas l’occasion de sortir pour effectuer leur vol de propreté. En essayant de quitter la grappe elles dérangent continuellement la population dans son repos hivernal. Quelques unes parviennent à s’envoler et meurent dans la neige ou tombent engourdies sur le plateau de la ruche….
Ce que nous dit Storch est que ce dérangement est source de surconsommation de miel, de stockage de matières fécales en trop grande quantité, désordre digestifs chez ces très jeunes abeilles, désordres digestifs chez les plus âgées aussi. Seules des journées ensoleillées et un peu clémentes permettent des vols de propreté. Mais qu’une longue période de froid intense empêche les abeilles de sortir et ces désordres intestinaux deviennent mortels.

On notera que l’on observe le même phénomène chez les abeilles parasitées par varroa. Le parasite les excite, les font se bouger sans cesse, et on obtient le même désordre dans la colonie.
Notre action sera limitée, nous ne pouvons rien sur cette situation, sinon veiller à ce que nos apports en candi s’ils sont nécessaires soient bien surveillés.

Le travail à l’atelier

Cette période plutôt atone dans les ruchers sera consacrée à la préparation des matériels pour la saison à venir. Les caisse, plateaux de sol, les couvres cadres, couvres cadres nourrisseurs, s’ils sont en bois seront traités à la flamme d’un chalumeau. La propolis, la cire, préalablement grattées, devront bouillir sous la chaleur et le bois devenir pain brûlé. Faire cette opération dehors avec un seau d’eau proche car parfois les vapeurs de propolis et de cire s’enflamment d’un coup mettant le feu au bois surchauffé.

Ne pas omettre de nettoyer toutes les hausses également, sortir les rayons, passer les bois à la flamme. Ce sera l’occasion de les traiter en les badigeonnant d’une couche d’huile de lin tiède (pour bien imprégner le bois) pour ceux qui utilisent ce procédé. L’usage de l’essence de térébenthine pour fluidifier l’huile n’est pas souhaitable car cette odeur assez pénétrante fait fuir les abeilles. Chauffer l’huile est meilleur.

Les caisses en plastique, plateau de sol, couvre cadres nourrisseurs seront grattés passés au nettoyeur haute pression puis trempés dans un bain d’eau javellisée durant 30 minutes. La proportion de javel est d’un berlingot pour 4,75 l d’eau. Pour trouver une caisse de bonne taille et robuste, il faut rechercher les Comportes champenoises, bacs à vendange au format des plateaux de sol.

Les cadres noircis par des années au service du couvain seront brûlés. L’extraction de la cire est trop onéreuse, elle est de surcroit gorgée de spores de maladies, de produits chimiques… elle recyclera ces éléments délétères, le traitement chez les ciriers ne peut les évacuer aisément.
En Espagne où le Coumaphos est encore autorisé, une récente étude laisserait penser que certaines des mortalités d’abeilles seraient explicables par son accumulation dans les cires qui recyclent années après années cette molécule. La plus grande prudence s’impose donc.
La cire des brèches d’opercule sera recyclée car moins en contact avec le couvain et surtout produite hors présence de traitement, elle devrait être plus pure. On l’espère.

Des cadres seront cirés d’avance pour ne pas être pris au dépourvu en saison. A noter que les cires laminées, plus souple si on les tient à 20°c environ, ont tendance à se déformer dans le temps malgré le maintien vertical des cadres ainsi montés. Une manière d’éviter ce problème est d’utiliser des cires coulées, plus cassantes mais qui ne se déforment pas dans le temps une fois mises en place dans les cadres.
Certains cirent leurs cadres sur une partie seulement de leur hauteur, la cire des rayons n’en sera que plus pure, car uniquement en provenance des abeilles; l’inconvénient est la plus grande proportion de cellules de bourdons produite par les abeilles. C’est ce que préconise désormais l’éleveur de reine Gilles Fert dont l’ouvrage « l’élevage de reines » reste la seule référence en langue française.

Le temps de la formation

Se former est nécessaire. Indispensable même.
La conduite des colonies, si on souhaite une apiculture durable, ne peut se satisfaire des méthodes anciennes parfaitement valables lorsque varroa, pesticides, pauvreté polliniques étaient moins présents que maintenant. Notre savoir faire doit évoluer, les apports protéiques n’étaient pas à l’ordre du jour, les compléments alimentaires non plus, le renouvellement rapide des reines n’était pas enseigné, ni la sélection.
Aujourd’hui nous devons nous adapter, veiller à respecter les règles dans l’usage des médicaments, suivre les bonnes pratiques en matière sanitaire, demain nous devrons sans doute disposer de mielleries respectant des normes de conception imposées par l’évolution inéluctable de la réglementation.
L’article de l’américain Hawthorne mentionné le mois dernier est l’occasion de rappeler que certains parmi nous continuent d’employer de manière sauvage des antibiotiques sans en référer à un vétérinaire compétent en apiculture. D’où l’importance d’adhérer à un groupement de défenses sanitaire et de se former. La formation fait partie des engagements des GDS apicoles pour diffuser les bonnes pratiques auprès des apiculteurs, tant sur l’usage des médicaments que sur la conduite des colonies pour avoir des abeilles en bonne santé, non carencées, non parasitées.

Trop souvent le GDS apicole est vécu par ses adhérents comme la manière d’avoir du médicament pas cher. Le but n’est pas le médicament, mais la santé des abeilles et en la matière tous les apiculteurs ont du chemin à faire. Quel que soit leur niveau de connaissance, l’actualité dans le domaine de la santé des abeilles évolue constamment, c’est aux GDS apicoles de travailler sur la diffusion de la connaissance.
Il y va de la survie de l’apiculture.

Noël approche

Cette fin d’année trop douce sera l’occasion de fêtes familiales, de retrouvailles entre amis, avec des copains, de faire la fête. Alors bonnes fêtes à toutes et à tous, préparons nous à une année 2012 riche en évènements attendus et d’autres inconnus.

Jean Riondet

Pour vos commentaire et questions :

jean.riondet@gmail.com

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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