Décembre nourrir !!!

2015-11-18 Installer  un premier rucher 001Je rentre du Mexique où j’ai visité un élevage d’abeilles Melipones dans une centre de recherche à l’Université de Merida. De toutes petites abeilles qui produisent 1 à 2 k de miel au plus chaque année. Abeille autochtone décimée par l’arrivée des abeilles européennes elle même maintenant supplantée par l’abeille africanisée. Cette dernière fut vécue comme une catastrophe, mais maintenant les régulations naturelles opérant, les bénéfices apportés par l’abeille africanisée sont sensibles. Je vous en reparlerai en janvier. Partant de Mexico par 18°c j’arrive à Lyon où il fait 17°c !

Ce temps incroyablement doux a maintenu la ponte des reines, les colonies rentrent encore du pollen, la décroissance du poids des ruches est très sensible. Cela est dû au développement du couvain gros consommateur d’énergie. Après voir quasiment disparu en septembre il est revenu en force.

Il est impératif de surveiller le nourrissement. Nourrir au candi aujourd’hui c’est préserver les stocks de miel pour l’avenir c’est à dire pour le début de l’explosion du couvain qui se produira au cours des grandes floraisons.  Ce sont également des moments où le froid, la pluie sont au rendez vous du redémarrage de la nature. A ce moment là, les colonies ont besoin des réserves internes pour faire face à l’appétit des larves.

Le Candi

C’est un sucre à cristallisation  très fine que l’on obtient soit par cuisson du sucre, mais il se charge en HMF, produit de dégradation toxique pour les abeilles, soit par adjonction de 10% d’eau à un sucre pulvérulent. Apipuder et Beefondant sont les deux formes disponibles et accessibles pour les amateurs car vendus en sacs de 10 ou de 25 k. C’est un sucre glace sans amidon (qui empêche à l’humidité de faire durcir le sucre). L’amidon est également un sucre mais indigeste pour les abeilles.

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Le procédé de fabrication est le suivant : on fait bouillir l’eau dans une lessiveuse sur un trépied à gaz, puis on y ajoute la moitié du sac de sucre. On brasse avec un malaxeur à ragréage et on fait remonter le température. Lorsque le mélange est très chaud on ajoute la suite du sucre et on brasse de nouveau jusqu’à obtention d’une pâte très fluide. On coule le sucre dans un toit de ruche recouvert d’un film de polyane qui assure un bon décollage. Un croisillon de planches assure une découpe aisée des pains de candi ainsi réalisés. Disposé tiédi sur la tète des cadres ce candi sera pris de préférence au miel préservant ainsi cette précieuse ressource pour les moments stratégiques de la fin de l’hiver et de début du printemps;

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Que risque-t-on à trop nourrir au candi ?

Pas vraiment grand chose. D’en retrouver un peu dans les cadres de corps, mais pas plus, les colonies seront sans doute mieux développées en février ou mars ou avril lors des premières ouvertures selon les endroits et il faudra développer des stratégies de maitrise de l’essaimage, mais ce ne sera pas l’essaimage assuré comme le nourrissement spéculatif au sirop. Ce sera seulement l’occasion de faire très tôt des essaims artificiels qui seront de bonne qualité à l’automne.

 

Pose du pain de candi

Pose du pain de candi

Car le candi est consommé par les abeilles comme le miel, en fonction de leurs besoins, il ne simule pas une miellée, la lenteur avec laquelle il est pris n’indique pas faussement une rentrée abondant de nectar. Tout le monde de la colonie est nourri, mais lentement, c’est l’arrivée massive de nectar dans le groupe qui déclenche chez les jeunes abeilles l’activation des glandes hypopharingiennes productrices de gelée royale et chez les abeille légèrement plus âgées la mise en œuvre des glandes cirières (pour autant que rentre du pollen car la cire nécessite de grosse quantités de protéines pour être produite).

candi d hiver sur ruche (3)

Trop cher ou trop compliqué de faire du candi ? 1 kilo de sucre en morceaux fait tout autant l’affaire !

Enfin presque. Sa granulation assez grosse n’est pas toujours suffisamment humidifié par l’air ambiant pour que les abeilles puissent le prendre aisément; on en retrouve une partie (10% ?) sur le plateau de sol.

Faire la chasse aux nids de frelons asiatiques

Dans les régions où il sévit dangereusement, il faut profiter de cette douceur pour faire opérer la destruction des nids. L’extrême douceur de cette période a maintenu en vie dans ces nids des femelles futures fondatrices  de colonies de frelons. C’est une des meilleures manières de faire de la prévention que de les détruire. En repérer précisément l’endroit et surveiller dès mars l’apparition de petits nids à hauteur d’homme dans l’environnement. Ces nids primaires sont les embryons de nids plus gros que la colonie naissante dans ces nids primaires ira créer plus tard au sommet d’un grand arbre.

C’est Noël

Le temps des fêtes de famille, de fin d’année, des cadeaux…

Alors oubliez les soucis et profitez des yeux qui brillent, des chants d’espoirs et de la fête.

Bonne fin d’année !

2015-11-18 Installer  un premier rucher 001Un cadeau à prévoir !

L’apiculture est devenue un passe temps très technique, apprendre à faire vivre ses abeilles sans pense bête est devenu quasiment impossible.

Sous la plume de Florent Guillaud et de Jean Riondet

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

12 résponses de Décembre nourrir !!!

  1. Rodolphe dit :

    Bonjour,

    Par rapport au candi simple, à quelle période conseillez-vous de nourrir avec du candi protéiné ?

    Passez de bonnes fêtes
    Rodolphe

    • Dès la mi janvier lorsque le couvain repart, mais pour certaines colonies le couvain n’a jamais cessé cet automne. A voir s’il cessera en janvier sous l’effet d’un froid intense et durable mais c’est très peu probable vu l’allongement de la durée de l’ensoleillement qui stimule la ponte de la reine indépendamment des rentrées alimentaires et de la température externe.
      J Riondet

    • Les protéines sont à apporter au moment de l’élevage du couvain en période de faible floraison. Donc maintenant où les colonies n’ont pour élever les larves que les pollens stockés durant l’été et l’automne. Ces réserves sont faibles donc le développement du couvain est lent. Pour accroître les surfaces de couvain, il faut nourrir avec des protéines qui produisent une surproduction de gelées royale et donc poussent la ponte de la reine. Cet apport protéique permet de fabriquer des gelées nourricières correctement pourvues en protéines pour les larves. Chez nous vers Lyon nous apportons des protéines maintenant.
      J Riondet

  2. Bonjour et merci pour cet article qui m’éclaire bien sur le nourrissement. Mais après avoir lu (et re-lu :-) la recette que vous donnez, il me vient quelques questions :
    – en suivant la recette, il faut faire chauffer jusqu’à obtenir un mélange très chaud. Est-ce que ça ne « fabrique » pas du HMF ?
    – Quand on fait couler le mélange sur le film polyane, faut-il d’abord laisser (un peu) refroidir pour ne pas que le polyane ne fonde ?
    – Si j’achète du candi du commerce, est-ce qu’il contient des HMF ?

    Merci d’avance pour vos réponses, et merci pour vos livres et votre blog qui m’apprennent beaucoup.
    Jérôme B

    • Oui chaque fois que l’on chauffe du sucre il se produit de l’HMF. Dans notre cas avec du Beefondant on chauffe peu de temps de sorte que la quantité de HMF, qui est fonction de la température et de la durée de chauffe, est faible. Nous avons fait faire des analyse sur notre candi et je vous donnerai le taux d’HMF qui a été produit avec ce procédé dès les résultats fournis.
      Cependant on peut faire du candi à froid avec du Beefondant et 8% d’eau. Par un ou deux kilos à la fois et dans un sac de congélation bien fermé en quelques jours le mélange s’humidifie de manière assez homogène.
      J Riondet
      Oui on retrouve de l’HMF dans les candis du commerce.

  3. S.B dit :

    monsieur Riondet g pas bien compris cette phrase »Car le candi est consommé par les abeilles comme le miel, en fonction de leurs besoins, il ne simule pas une miellée, la lenteur avec laquelle il est pris n’indique pas faussement une rentrée abondant de nectar » le candi est consommé par la colonie d une autre façon que le sirop, ça différe au sirop qui s achéve dans une journée gpas bien compris le principe ….,? merci de meclairer se point important

    • Le candi n’est pas consommé plus vite que le miel alors que le sirop est consommé à toute vitesse. Le candi est pris avant le miel dans l’ordre de la consommation car il est à « vif » alors que les rayons de miel sont operculés et ne sont désoperculés qu’en cas de faim lorsque toutes les ressources disponibles dans la ruche sont consommées (candi, nectar dans les cellules ouverts).
      JR

    • Le candi est consommé si la colonie en a besoin. En principe elle ne le stocke pas. Le sirop simule une miellée et elles le prennent en totalité et si le sirop est en quantité supérieure aux besoins immédiats de la colonie les abeilles le stockent dans les rayons. Tout cela pour dire que donner du candi à l’aveugle n’a guère d’inconvénient par contre donner du sirop doit être fait avec discernement car il nourrit certes, mais il provoque la ponte de la reine et si ce n’est pas utile ou maîtrisé on est certain que l’on provoquera de l’essaimage. Mieux vaut s’abstenir de nourrir au sirop avant les grandes miellées si on ne sait conduire les colonies en situation d’essaimage.
      JR

  4. alain dit :

    Bonjour Monsieur,
    Peut on utiliser du miel figé ancien (3 ans) en complément du candi ?
    A partir de quel moment ?
    Merci.
    Alain.

    • Bonjour,
      Oui à condition d’être certain qu’il n’est pas porteur de maladie. Les spores de loque américaine sont quasiment indestructibles dans le miel. Le mélange du miel dans du candi est une pratique courante, on le donne maintenant (en zone de plaine) pour relancer la ponte de la reine.
      Très cordialement
      J Riondet

  5. weiss dit :

    Bonjour
    Je me pose des questions au sujet de nourrissement en hiver par candi ou sirop lourd si cela est nécessaire. Début novembre on pèse la ruche et en fonction du poids on nourrit. Mais si le poids est satisfaisant, faut-il nourrir au cas où ??
    En faisant ma formation, on m’avait dit : l’hiver on peut mettre un pain de candi. Les abeilles ne le consommeront que si elles en ont besoin. Et effectivement la 1ere année que j’ai eu une ruche, le candi en février était à peine entamé
    Depuis, je continue à me documenter et je lis : le candi « booste » les abeilles (100% de sucre, donc très énergétique) et c’est une aberration que de le donner l’hiver alors que les abeilles ne « travaillent » quasiment pas (à part maintenir la température idéale dans la ruche). Donc faut-il leur en donner ?
    Sinon c’est du sirop lourd. Mais cela demande un effort aux abeilles pour le transformer, le stocker. Il est humide donc il peut apporter de l’humidité dans la ruche !
    Dans les 2 cas : candi éventuellement consommé à la place du miel stocké dans les rayons, ou sirop stocké également, elles consommeront moins leur miel et fin février plus assez de place pour la reine pour pondre, d’où mi-Mars essaimage !
    Pouvez-vous m’éclairer sur ces différentes questions que je me pose
    Je vous en remercie par avance
    Cordialement
    Chantal

    • C’est une question délicate car la plupart des décès de colonies en hiver, mis à part varroa, sont liées à deux grandes causes : l’hivernage de vieilles abeilles, c’est à dire celle qui auront participé au stockage du miel jusqu’en novembre et seconde cause la famine.
      En pesée totale, votre Dadant 10c avec son toit en tôle, son couvre cadre en bois et ses isolants de toit pèse 40k voire plus. Rien à faire avant la première visite de printemps.
      C’est une belle colonie qui est à l’hivernage sur 3 ou 4 c de couvain et 4 c de miel ce qui représente environ 18 à 20k de miel.

      Votre colonie est sur 3c de couvain mais seulement 2 c de miel (ou l’équivalent), la ruche pèse environ 34/36 k pas d’apport avant normalement janvier.
      Début janvier vous mettrez sur la tête des cadres un pain de candi recouvert d’une feuille transparente, d’un isolant isobulle et du couvre cadre nourrisseur mis à l’envers, le polystyrène et le toit.
      Il fait froid, les abeilles sont grappées sur un rayon de miel ? Le candi ne sera pas consommé, il fait tiède, les abeilles consommeront le candi sans doute assez rapidement car il faut beaucoup d’énergie pour voler à l’extérieur alors qu’elles ne rapportent pas grand chose. Le couvain se développe fin du mois mais il se peut que maintenant ce soit déjà démarré. La consommation sera de 500 à 600g de sucre par semaine suivant la surface de couvain à chauffer, l’isolation interne de la ruche etc. Mais la consommation flambe à ce moment là et le candi sera enrichie en protéines (de l’ordre de 20%) pour accompagner (et non stimuler) l’élevage.
      Vous avez hiverné (dernière quinzaine d’octobre) vos colonies et vous les avez trouvées pas très balaises, de l’ordre de 30k, mettez un pain de candi sur la tête dès novembre. A renouveler jusqu’en mars. Si votre appréciation de la situation n’est pas la bonne, votre colonie ayant au final bien des réserves, pas d’inquiétude, le candi sera consommé comme du miel et, s’il n’est pas liquide car on a des marques dont le process de fabrication produit des candis bourrés de sirop de glucose, il ne sera pas stocké; et vous préserverez les réserves de miel sachant qu’avec le froid la grappe aura consommé du miel laissant l’espace de ponte de la reine se faire.
      Personnellement je fais un candi à froid avec du Beefondant (pur saccharose micronisé sans amidon qui sert pour les pâtissier à faire leur fondant) ou de l’Apipuder le candi sera sec donc assez dur. Mais en cas d’urgence 1k de sucre en morceaux va très bien (sucre blanc, surtout pas roux car il contient des sels minéraux indigestes pour l’abeille, saccharose pur). Le sucre est hygroscopique il absorbera l’humidité de la ruche et les abeilles le prendront facilement.
      Maintenant il est parfaitement possible de faire passer l’hiver à une reine sur un cadre de couvain et de miel. Le nourrissement au candi sera constant.
      Si j’ai trop nourri et que le miel du corps est trop important je peux toujours enlever un cadre de miel et le remplacer par un cadre bâti vide pour donner de l’espace de ponte. Mais souvent, les caprices de la météo laissent le temps aux abeilles de consommer les réserves internes pour nourrir et chauffer les larves naissantes. Les excès de miel dans le corps (ou prétendument tels) serviront en mai lorsque les Saints de glace arrivant les colonies ont beaucoup de couvain et le froid obligent les abeilles a consommer les réserves et il en faut à ce moment là !
      Vous observerez que je n’ai pas mentionné le sirop. Il use les abeilles or, durant la morte saison, il faut les faire vivre longtemps.
      Le sirop ne sert qu’à stimuler la ponte, apporter du sucre en urgence en arrosant une grappe d’abeille agonisantes et assurer le stockage du miel pour les réserves hivernales. Actuellement il est trop froid.
      Mais je peux vouloir aller un peu plus vite : dès que le froid de janvier sera passé, je donnerai un verre de sirop chaud dans un nourrisseur cadre (20cl, en mesure d’ancien Régime un canon) et je pourrai répéter l’opération un mois plus tard… la ponte à chaque arrivée de sirop explose. Je le ferai si je pense que la miellée de colza sera aussi précoce cette année qu’elle le fut en 2021. Mais pour l’heure les colza sont encore petits.
      Mais je peux aussi spéculer alors 40 jours avant la miellée visée, j’apporterai un verre de sirop 3 fois / semaine durant 3 semaines. Trois semaines plus tard ce sera l’explosion du couvain, soit la floraison est au rendez vous et c’est le jack pot soit elle tarde et c’est l’essaimage assuré soit elle arrive trop tôt et je devrai nourrir face à la famine des colonies ainsi boostées. Par exemple, si la récolte colza est visée et que sa floraison se passe fin avril chez moi, la spéculation se fera mi mars, pas avant.
      JR

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