Février 2007 C’est le cœur de l’hiver, le temps de la réflexion

Février est l’un des mois les plus froids de l’année, l’hiver est bien là. Bien que tardivement arrivé il a fortement stoppé le développement des colonies qui ne s’était jamais vraiment arrêté. Du moins dans nos régions au climat intermédiaire comme la vallée du Rhône, l’Ile de France, les régions de la façade atlantique et le grand sud bien sûr… Les travaux seront moins au rucher qu’à l’atelier et surtout en chambre.

Au rucher

On ne peut tout de même oublier qu’il faut toujours surveiller les ruchers pour éviter les accumulations de neige sur les planches d’envol, pour redresser les ruches culbutées par un rôdeur à deux pattes ou plus. Les ruches renversées ne sont pas toujours mises à mal, si le plateau de sol reste bien en place ainsi que le couvre cadre, la grappe une fois secouée se reforme, redresser la ruche provoque de nouveau une perturbation mais les conséquences en sont le plus souvent limitées.

Au cours de ce mois nous trouverons le temps de mettre des réducteurs de ventilation sur les plateaux de sol totalement grillagés. Une plus forte température dans la ruche favorise un développement précoce du couvain. Le candi sur les couvres cadres devra également faire l’objet de notre vigilance.

Achat des cadres et caisses

A propos du matériel respectez une règle simple, n’acheter que des éléments compatibles, c’est à dire issus du même fabricant. Ne pas se fier uniquement au modèle de ruche. Les cotes des cadres, des corps, des hausses ne sont pas toujours les mêmes d’une menuiserie à l’autre. Quelle catastrophe de découvrir que ses cadres sont trop près du bord des caisses ! C’est la propolisation assurée et une mobilité réduite pour les cadres.

Cirer des cadres en masse

Il est important de cirer des cadres en grande quantité. Les cadres de hausses soumis à la violence de l’extracteur seront particulièrement bien filés, sur les cadres de corps on veillera à ce que la plaque de cire soit bien fixée sous la tête et renforcée par un fil proche de celle-ci. Par contre, les cadres des nucléis n’ont nul besoin d’être filés, des feuilles de cire gaufrée bien ajustées et soudées aux bords suffisent à la construction de rayons solides mais que l’on pourra facilement défaire pour les renouveler lorsqu’ils seront vieux. Les cires des nucléis doivent être très souvent changées. La qualité des reines à naître dépend aussi des conditions sanitaires de leur élevage. Les nucléis accueillent les jeunes reines au moment de leur fécondation, période à haut risque sanitaire.

Devoir sur table !

Il faut planifier le travail de l’année, élaborer un plan de conduite du rucher pour la saison à venir. Je vous propose de vous fixer des objectifs d’en mesurer les conséquences puis de les modifier pour construire un plan de production 2007 conforme à des ambitions réalistes.

Combien de ruches seront dévolues à la production du miel, comment conduira-t-on l’élevage des reines, comment organiserons-nous la production des essaims ?

Toutes ces choses là on va les écrire, car faire l’exercice avec un calendrier sous les yeux évite bien des désillusions pour avoir mal géré le temps. Comme la publicité pour les pêches, en apiculture ce qui est à faire c’est maintenant ou c’est dans un an. Car le temps de l’action est court, mars à juin, pas plus.

Planifier la Multiplication des ruchettes

Prenons un exemple de planification : si l’on souhaite multiplier les essaims artificiels en travaillant à partir de ruchettes 5 cadres produites en 2006, il faut disposer de reines fécondées nées en 2006 et maintenues en nucléis tout l’hiver. Elles serviront à réaliser les premières divisions.

Je vais reprendre un schéma déjà énoncé dans des articles précédents.

1 On stimule dès que possible les ruchettes à reproduire. Lorsqu’elles sont bien développées, on fait une division. Dans une ruchette on met 3 cadres avec bien des abeilles, du couvain et une reine encagée prise dans un nucléi de 2006. Cette ruchette est mise à l’écart dans le rucher, elle perdra ses butineuses ce qui favorisera l’acceptation de la reine.

Pas de butineuses, donc ou nourrit très régulièrement.

Dans la ruchette d’origine restent 2 cadres de miel et de couvain, les abeilles qui sont dessus et la reine. Elle s’enrichit des butineuses qui y reviennent. On se situe en mars ou début avril. Chaque ruchette est donc équipée d’une reine en ponte de l’an passé.

On nourrit régulièrement ces petites colonies toutes équipées de cadres bâtis. Leur développement sera maximum 40 à 50 jours plus tard, prêtes pour une nouvelle division.

2 Parallèlement on lance l’élevage des reines pour avoir des reines en ponte au moment de la seconde division. On équipe ces nouvelles colonies des premières reines nées en 2007.

D’une ruchette 2006 devenue 2 début avril nous en sommes à 4 ruchettes nouvellement créées. On sera début ou courant juin.

3 Nourrir régulièrement ces colonies, poursuivre l’élevage des reines.

Et, si tout va bien, il sera possible de refaire une division 40 à 50 jours plus tard.

On sera fin juillet.

Mais dans ce cas il faudra peupler les nouvelles ruchettes en prenant dans chacune des 4 colonies constituées précédemment 2 cadres de couvain avec toutes les abeilles dessus (et sans la reine bien sûr). On ne constituera que 2 nouvelles colonies, mais sur 4 cadres puisque le temps est désormais compté pour arriver fin septembre avec des populations en plein développement, dotées de bonnes réserves pour l’hiver.
Si besoin, on peut toujours prendre dans n’importe quelle ruche des cadres de couvain fermé avec leurs abeilles dessus et les ajouter à ces essaims en constitution en prenant soin de parfumer tout ce petit monde.

Prudence ! Les colonies doivent être saines, sous peine de diffuser les maladies.

Conclusion de ce plan

Ainsi, lorsque tout se passe bien, que l’on sait reproduire des reines, les garder en nucléis tout l’hiver, en partant d’une ruchette en mars on obtient dans le meilleur des cas 6 ruchettes en août. Régulièrement nourries, ces colonies seront toutes sur 5 cadres en octobre, bien remplies de miel et aptes à passer l’hiver.

Revoir ce plan

Mais s’il est impossible d’avoir des reines en ponte au moment ad hoc et que l’on utilise des cellules de reines on ne peut dépasser 4 ruchettes car le temps pour passer d’une cellule à une reine en ponte est de 3 semaines. Aux 40 à 50 jours il faut en ajouter 20 de plus. On arrive en fin de saison En effet dans ce cas le développement des essaims artificiels sera insuffisant pour les diviser aussi rapidement. Car, durant la maturation et la fécondation de la reine, la population se dépeuple et au moment où la ponte démarre la colonie est très faible, elle sera donc très longue à monter en puissance.

Notons l’importance de disposer de cadres construits car ces petites populations sont incapables de construire des rayons neufs. Elles sont trop peu riches en abeilles puisque nous divisons la population au moment où elles commencent à être nombreuses. Ce travail de production de cadres bâtis est aussi à inscrire parmi les objectifs 2007.

J’ai volontairement décrit ce processus avec détail car sa réussite suppose une bonne synchronisation de toutes les étapes. Il nous faut disposer de cadres bâtis, de jeunes reines en nucléis… autant d’éléments dont nous ne disposons bien évidemment jamais la première année où nous nous lançons dans cet exercice de production d’essaims selon cette méthode.

En page 1 du carnet d’observation 2007

On note le planning des matériels à préparer, des actions à conduire au cours de la saison et des moments précis où elles seront à faire.

Les cires se construisent entre avril et juin, les reines s’élèvent bien en mai et juin, nous devrons produire des essaims, des cadres bâtis pour changer ceux des colonies, pour en avoir d’avance. Nous devrons reproduire des reines en nucléis pour 2008 sans oublier de remplacer celles de 2006 des ruches de production. Tout cela au meilleur moment de l’année, c’est à dire le printemps. Et, si par hasard on pouvait produire un peu de miel on s’éviterait des remarques acerbes sur le temps passé à une activité si peu productive !

Faire un planning de son année apicole est de bonne politique.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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