Février 2009 "C’est février le mois de l’année le plus mauvais et le moins long"

C’est par ce proverbe de Lozère que l’abbé Germain Barthélémy commençait sa chronique mensuelle de février 1988 qu’il publiait dans la Revue française d’apiculture. Après un mois de janvier froid et humide, février démarre de même, l’allongement très sensible des jours ne doit nous faire oublier que nous sommes au coeur de l’hiver. Le froid est encore là, le soleil des journées claires va pousser les abeilles dehors, le miel commence à être consommé en masse, le pollen en réserve sera utilisé, la ponte de la reine est en route. Attention à la famine !

Surveillance du rucher

Il faut éviter les accumulations de neige sur les planches d’envol, redresser les ruches et les toits malmenés par le vent ou les rôdeurs malfaisants.

Poursuivre le nourrissement au candi, les consommations sont fortes désormais. Enfumer doucement les trous de nourrisseur sur les couvres cadre au changement des sacs de candi, les abeilles qui s’y trouvent sont agressives.

L’absence d’abeilles au trou du nourrisseur ou un candi non consommé sont des indices inquiétants. Ouvrir, s’il fait assez chaud, et retirer du rucher toutes les colonies mortes. Le miel restant pouvant faire l’objet de pillage, si des maladies sont présentes, ce sera l’infestationd e tout le rucher. Emporter ces ruches vides d’abeilles pour les examiner et les désinfecter.

Parfois on y trouve de petites pouplations regroupées sur le peu de miel qui y reste. Mettre sur la grappe elle même un pain de candi bien échancré et recouvrir le tout d’une bâche à bulle de quelques mm ou d’un isolant pour le bâtiment avec feuille aluminée et fibre synthétique à l’intérieur, reposer dessus un toit bien recouvrant, la chaleur sera préservée, le candi au plus près des abeilles, leur survie est possible.

Mais à quoi donc serviront ces petites colonies qui ne pourront se développer rapidement en mars avril ? Si, comme je le préconise constamment, ce sont des jeunes reines 2008 que vous aurez hivernées, alors ce sera une reine disponible pour faire en mars un esssaim artificiel avec des cadres issus de trop fortes colonies. Cet essaim sera fait à un moment où les abeilles ne peuvent élever des reine.

Notez immédiatement sur votre registre d’élevage les colonies que vous aurez trouvées mortes. Notez soigneusement les réserves résiduelles de miel, si des abeilles sont encore présentes ou non. Les rayons garnis d’abeilles mortes, la tête au fond de la cellule ont vécu la famine. Y compris celles qui avaient du candi sur la tête. La trop faible population ne leur a permis d’avoir la chaleur suffisante pour aller au contact du sucre et de le réchauffer.

Comparez vos notes avec ce que vous aviez relevé sur l’état de ces colonies à l’automne – nombre de cadres de couvain et de miel.

Vous constaterez que les colonies mortes étaient les moins bien loties en populaiton et en provisions, c’est l’observation de ce jour dans mon propre rucher. Et surtout celles auxquelles la réduction du volume dans la ruche fut insufisante. Il aurait fallu ramener les plus faibles colonies sur 5 cadres avec deux partitions en polystyrène de chaque coté pour bien tenir la chaleur. Ne pas avoir pris de décision drastique en la matière a conduit ces colonies à la disparition. Alors que sur 5 cadres bien garnis de miel une colonie passe parfaitement l’hiver.

Les ruchers traités à la Deltamethrine

Dans le département du Rhône, l’arrivée de la Chrisomèle, un insecte parasite du maïs conduit la Direction de l’Agriculture à autoriser des traitements par hélicoptère à la Deltamethrine. Les apiculteurs ont été avertis des traitements en septembre pour qu’ils retirent leurs ruches des zones traitées. Mais aucune aide technique ni financière ne fut apportée pour une telle transhumance.

Les doses pulvérisées étaient très faibles nous dit-on, mais l’odeur le soir, à la tombée de la nuit avec l’humidité qui exhale les parfums, fut insoutenable. Certains affirment que les dosent ont été massives, les applicateurs n’ayant pas respecté les règles.
Qui croire ? Aucun contrôle sérieux n’a été fait sur les conditions de ces épandages, aucun contrôle sérieux n’est fait sur les conséquences sanitaires pour les abeilles sans doute, sur les humains sûrement.
En tout cas aucune information n’est disponible sur les dispositions prises ce qui laisse penser qu’aucune disposition n’ a été prise.
Nos adresses ont bien été utilisées pour nous avertir des épandages, elles auraient pu l’être pour nous tenir informé des surveillances sanitaires mises en oeuvre.

Un rucher de 33 ruches sur la zone d’épandage a déjà perdu 30 ruches. L’apiculteur est un homme sérieux qui avait apliqué des mesures de précauton drastiques pour un hivernage de qualité et pouvoir développer des essaims au printemps. Travailler plus …

La chrisomèle est un révélateur intéressant des rapports entre les diverses catégories d’acteurs en jeu dans une telle pratique sanitaire. Arrivée par avion, la chrisomèle s’est bien installée chez nous. Spécifique du maïs et du sorgo, elle peut être utilisement combattue par une rotation des cultures sur de très grandes surfaces, c’est une rotation qui ne peut s’organiser qu’au niveau départemental.

Une année maïs ou sorgo et deux années sans. Et la chrisomèle disparait largement faute de nourriture. Mais on comprend le dilemme économique, le blé possède un rendement de l’ordre de 80 Qx à l’ha alors que le maïs de 140, l’écart de prix ne compense pas l’écart de production, de plus l’irrigation qui a été mise en place représente un investissement à rentabiliser tous les ans et non une année sur trois, enfin les taxes sont payées un an à l’avance aux sociétés qui exploitent l’eau, donc organiser une telle rotation est une opération très complexe. La chimie est davantage dans nos savoirs acceptables. C’est toute une économie agricole qui est en cause.

Aurons-nous un jour un scandale, comme ce fut le cas avec l’amiante, sur les produits phytosanitaires à propos des maladies neuro dégénératives qui nous polluent la grande vieillesse aujourd’hui ?

Dans une démocratie, une décision est bonne lorsque les parties intéressées sont d’accord avec les règles de prise de décision. C’est sans doute un peu long à mettre en oeuvre, mais c’est, me semble-t-il, en base du principe de précaution qui est un principe de responsabilité et non d’irresponsabilité.

A l’atelier

C’est le moment de préparer les matériels dont on aura besoin. Les hausses et les corps seront grattés, nettoyés à la flamme du chalumeau et repeints si nécessaire. Pour ceux que les traitements un peu longs mais durables ne rebutent pas, faire un traitement à la paraffine et à la résine de pin. Après avoir laissé trempé quelques minutes chacune des faces de la ruche dans le bain de parafine fondue, repasser chacune d’elle une seconde pour épaissir la couche superficielle.

On n’omettra de cirer des cadres avec de la cire pour cellules d’ouvrières, au minimum deux par ruche.

Désinfecter les vêtements, brosses et matériels qui ne supportent pas la flamme du chalumeau avec un trempage dans l’eau de javel –un berlingot dans 5 l d’eau- durant 10 minutes. Cette dilution ne se conserve pas. A jeter après usage.

Préparer des cadres pièges pour les varroas

C’est un leitmotiv, mais on est toujours pris de court en pleine saison. Prévoir si possible par ruche deux cadres cirés à mâle comme l’on dit, c’est à dire avec une cire gaufrée de grosses cellules. Ces cires sont montées sans fil ou avec un seul en bas de cadre pour les détacher plus facilement.

Pour ceux qui n’ont pas capacité à trouver de la cire gaufrée à mâles, on peut faire construire des cellules de mâles sous des cadres de hausse. On met dans le corps deux cadres de hausse en bordure de couvain au moment opportun, les abeilles construiront dans l’espace vide sous ces cadres un rayon complémentaire généralement en cellules de mâles.
Les repérer avec une punaise.

Lorsque ces rayons complémentaires sont construits, pondus et operculés, on peut facilement les détacher, les détruire et les varroas qui y sont piégés avec.

Pour ma part, cette méthode à ma faveur par sa simplicité de mise en œuvre. Ce sera le travail de lutte contre varroa d’avril.

Préparez des couvres cadres toilés


C’est un truc ancien, repris par les apiculteurs équipés en Warré. Pour assurer un lent renouvellement de l’air et une évacuation de l’humidité par le sommet de la colonie, l’abbé Warré préconisait de mettre une toile sur laquelle il posait un couvre cadre en bois, planche mince d’un seul tenant.

Aujourd’hui, plusieurs solutions sont couramment employées. La pose d’une feuille de plastique qui rend étanche le sommet, l’évacuation de l’humidité étant assurée par le plateau de sol grillagé. Et l’eau de condensation qui y perle sert à abreuver les abeilles.

On peut aussi employer de la bâche pour les talus, sorte de toile sommairement tissée. Lisse, poreuse, elle permet une ouverture avec un moindre bruit, les abeilles la propolisent le long des barrettes, laissant libre le reste de la surface pour réguler la température et l’humidité.

Cette toile disponible en largeur de 2 m dans les jardineries est à ourler sinon elle s’effiloche rapidement. L’ouverture pour le nourrissement doit faire l’objet d’une protection par une couture. Sa taille doit déborder largement de chaque coté pour couvrir éventuellement un pain de candi si on le pose dessous cette toile.
Sur une Warré qui fait 35 x 35 cm, prévoir une toile de 60 x 60 cm. Ce procédé est à utiliser de manière privilégiée avec les colonies agressives. On ouvre sans provoquer de craquements, source d’énervement pour les abeilles, on ouvre partiellement la ruche ce qui les dérange peu.

Par grand froid on peut poser dessus un de ces multiples matériau isolant : film à bulle, isolant réfléchissant avec deux faces aluminées sur un mince matelas de fibre isolante…

Le transvasement : Cas de l’essaimage artificiel ou du paquet d’abeilles

C’est une technique a bien connaître pour deux raisons. C’est une façon de fabriquer des essaims artificiels de belle facture. Mais c’est également la méthode de traitement de la loque sans faire appel aux médicaments contestés aujourd’hui pour ce type de pathologie, on y reviendra dans un article suivant.

On réalise un paquet d’abeilles ou un essaim nu à partir de très fortes colonies en limite d’essaimage ou au moment où la poses de la hausse s’impose. Sur les Warré le signe impératif est l’apparition de cellules de reines fermées que l’on voit très aisément en pourtour des rayons.
Car, en l’absence du cadre en bois les chandelles pendent bien visiblement sur la périphérie des rayons. On découvre la ruche, on pose dessus un autre corps équipé de cadres cirés, voire bâtis si on en possède quelques uns, ils faciliteront l’accrochage des abeilles.

On referme le sommet par le toit posé à l’envers laissant ouvert sur 10 cm environ le sommet coté entrée de la ruche.

On enfume très fortement par l’entrée jusqu’à ce qu’un peu de fumée sorte par le sommet. On attend 1 à 2 minutes, la colonie se met en état de bruissement, les abeilles se gorgent de miel. On enfume encore un peu puis on tapote vigoureusement avec le lève cadre des deux coté de la ruche en partant du bas et en remontant lentement vers le sommet. Les abeilles commencent à monter avec la reine dans le corps vide.

On redonne un peu de fumée puis on recommence le tapotement durant une dizaine de secondes. On vérifie par le sommet que la population est bien présente, on ferme ce corps et on le dépose délicatement (sous peine de faire tomber au sol la grappe d’abeilles) sur un plateau de sol fermé, on l’éloigne à l’ombre dans le rucher.

La souche est refermée. Il ne doit lui rester que peu d’abeilles et les butineuses qui s’occuperont du couvain.

Au bout d’une demi-heure environ on ouvre par le sommet la ruche de l’essaim, si les abeilles sortent en masse, la reine est restée dans la ruche, réunir de suite, l’opération sera recommencée le lendemain ou plus tard.

Si les abeilles ne bougent pas et bruissent doucement, la reine est là, c’est gagné. Mettre cette ruche en cave deux nuits avant de la mettre à son emplacement définitif dans le rucher.

Nourrir cette nouvelle colonie, ce qui facilite grandement la construction, la cire n’étant produite qu’en cours de miellée. La traiter contre varroa avec une lanière durant 3 semaines. Surveiller la souche, une nouvelle ponte devant apparaître dans les 3 semaines.

Jea RIONDET lesamisdesabeilles@gmail.com

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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