Février un mois bien frais ?

Avec une température redevenue de saison, les colonies se sont calmées. Mais à chacun des coups de soleil, les abeilles sortent en masse. Sur le Lonicera qui fleurit depuis un mois de belles pelotes de pollen sont possibles.

Avec une colonie morte de plus, (5 sur 80 actuellement gérées avec trois autres collègues) j’ai pu constater que la ponte de la reine était repartie mi décembre. En effet, en fin de saison 2022 j’ai conservé des reines sur un seul cadre de couvain entre 2 partitions réfléchissantes et bien couvertes sur le dessus. Nourris de manière constante, ces essaims sans trop de réserves de miel ont bien tenu dans l’ensemble. Ce sont eux qui sont les plus à risque de disparition.

Mais surprise, la population s’est effondrée et j’ai retrouvé vers le 9 janvier un plateau de sol avec des abeilles mortes dont la reine, et une plaque de couvain fermé, grande comme le creux de la main.

En y retirant des larves, j’ai vu des varroas sur chacune d’elles. Mes traitements n’ont pas eu l’effet escompté.

Sans doute devrai-je revoir ma copie. Enlever systématiquement davantage de morceaux de rayons de mâles parasités tôt en saison au risque de pénaliser pour les fécondations à venir la variété des mâles dans l’environnement ? A moins que mes voisins ne le fassent pas…

Sans doute faire des traitements partiels avant et après chacune des récoltes ? Comme me l’indique un aimable correspondant suite à un webinaire que j’ai organisé sur le sujet, réagissant aux propos d’un intervenant :

« Intéressant! Je suis d’accord avec lui de maintenir l’infestation varroa basse toute l’année, mais le moyen d’y arriver n’est pas trivial. Pour être honnête j’ai un peu abandonné les comptages de varroa car je trouve que ce n’est pas très fiable. En fait je fais plutôt des traitements systématiques à l’acide oxalique en saison entre les miellés, puis lanières à base d’Amitraz fin juillet et AO en hiver. Jusqu’à présent j’ai l’impression que le protocole fonctionne, quand je regarde les couvains de mâles je trouve rarement des varroa, et si c’est le cas j’enlève le couvain de mâle. Jusqu’à présent je ne faisais pas de traitement de printemps mais je me demande si un traitement à l’AO ne serait pas le bienvenu. C’est clair que tous ces traitements sont nocifs pour les reines mais j’ai pris l’habitude de faire des essaims artificiels pour les renouveler tous les ans (sur tes conseils!). Je divise systématiquement les colonies après la récolte de juillet ce qui permet de bien traiter les essaims. Pour la colonie qui a la reine je la supprime pour que la colonie refasse une reine, ce qui me permet là aussi de traiter contre varroa au moment où il n’y a plus de couvain. Les colonies avec les reines du mois d’août me semblent donc très peu contaminées par le varroa au printemps et elles me donnent généralement de très bonnes productions et la plupart sans essaimage sur le colza. Cette stratégie à l’air de bien fonctionner, au moins jusqu’à présent ! »

Ce qui m’a intéressé dans ce propos c’est la référence à la combinaison des actions à conduire pour limiter les infestations par varroa. Trop souvent nous nous en remettons aux seuls médicaments alors que leur efficacité n’est jamais de 100% et qu’il faut adopter des comportements de prophylaxie calés sur le biologie du parasite.

Combiner les actions

Faire des essaims artificiels, organiser sur les ruches de production des remérages naturels, ou artificiels avec des reines d’élevage, provoquer ainsi des ruptures de ponte qui bloquent le développement de varroa.

Puis traiter à ces moments là avec de l’acide oxalique ; le faire également dans les périodes de ruptures naturelles ou de très faible ponte et au moment de l’encagement pour alléger la charge qui va exploser avec les abeilles à naître … Et au printemps enlever quelques dm2 de rayons de mâles.

Nous attendons qu’abonde l’offre de reines capables d’engendrer des colonies nettoyeuses de varroa (lignées VHS) ou qui inhibent son développement (lignées SMR). Malheureusement, le caractère n’étant pas stabilisé la disponibilité de telles lignées n’est pas encore suffisante, mais cette voie semble prometteuse.

Les mortalités hivernales

Il n’y a pas de secret, une ruche morte est, sauf exception, le fruit de notre négligence mais aussi des contre temps météo. Un traitement varroa insuffisant, les abeilles hivernées sont pourries de virus et les abeilles sont vieillies avant même d’avoir entamé l’automne. Donc au lieu de résister 160 jours, lorsqu’elles atteignent 110 jours, voire moins, elles meurent de vieillesse ! On dira que dans les circonstances du moment ce sera « normal ».

Donc pour les faire vivre longtemps que faire ? Rester jeune pour une abeille c’est avoir une bonne santé. Mais c’est quoi une bonne santé ?

  • C’est avoir des corps gras en abondance
  • Ne pas être pourrie de virus donc vivre dans des colonies très correctement nettoyées des varroas c’est à dire, comme on vient de le mentionner, très régulièrement nettoyées de varroa pour réduire la pression virale
  • Être indemne de loques, et américaine en particulier
  • Ne pas être usée par l’élevage du couvain
  • Ne pas devoir stocker du miel

Bref, pour les abeilles d’hiver c’est n’avoir rien eu à faire, avoir été gavée de protéines à l’état larvaire, manger du pollen durant les deux premières semaines de leur vie et avoir une belle population tout autour pour entretenir une bonne ambiance.
Mais cela veut dire quoi pour l’apiculteur ?

Assurer la fin des récoltes au 14 juillet puis travailler pour produire les réserves hivernales jusque vers la fin septembre quitte à nourrir massivement s’il le faut. Mais aussi pousser la ponte de la reine dès le mois d’aout pour renouveler la population dans de bonnes conditions le plus longtemps possible. Partitionner la colonie pour réduire l’espace du couvain au strict minimum, 4 ou 5 cadres tout au plus en chambre 1. Et mieux vaut 4 cadres que 5. Plus les abeilles sont confinées meilleure sera la reprise en janvier /février. Enfin veiller à ce que les cadres de la chambre 2 soient bloqués de miel.

Il y aura toujours du miel autour du couvain et les surfaces augmenteront au fil du temps. De sorte que le miel placé en chambre 2 pourra être sur 2 ou 3 cadres et sera suffisant pour couvrir la morte saison. L’opération sera réussie lorsqu’à la 1ère visite en mars ou avril on retrouvera l’espace du couvain bien plein d’abeilles et le couvain en cours d’occupation de la totalité des surfaces disponibles en chambre 1.

C’est aussi avoir des plateaux de sol bien fermés isolés des turbulences du vent, des courants d’air. Dans cet espace restreint l’hygrométrie, la température et la concentration en gaz carbonique seront gérés au mieux par les abeilles. On appellera ce plancher intermédiaire la chaussure.

« Chaussure » placée entre le plateau de sol et le corps isolée d’un coté par une plaque de polystyrène extrudé, de l’autre par une feuille de réfléchissant qui assure un passage chaud sous les PIHPgm.

Lorsque je dis traiter à l’acide oxalique c’est traiter par dégouttement donc en méthode flash, avec de l’Oxybee, du Varomed ou de l’Apibioxal, seuls médicaments disposant d’une AMM…

Pour réussir tout cela, sans doute serons nous conduits à travailler avec un encagement des reines en novembre décembre et en partie janvier de façon à faire cesser totalement la production de couvain dans une période néfaste pour sa qualité et la survie des abeilles nourrices dont nous avons impérieusement besoin à partir de février.

Nourrir en février ?

Les colonies sont reparties depuis un moment déjà ou la ponte ne se sera pas arrétée du tout, situation possible. Leur donner un verre de sirop tiède dans un nourrisseur cadre 1 ou 2 fois dans le mois accélérera un peu le développement de la ponte de la reine, de même leur donner un paquet de candi protéiné sera aussi un élément favorisant ce développement. Certes, il faudra surveiller le risque d’essaimage par la suite, mais avec de jeunes reines et des lignées un peu sélectionnées sur leur faible essaimage, le risque reste limité. on peut adopter cette manière de faire car les grandes floraisons deviennent de plus en plus précoce, il faut du monde pour faire du miel de printemps ! Le butinage pourra calmer les ardeurs d’essaimage si on prend le soin de multiplier les hausses. Mais de tout cela nous reparlerons.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

4 résponses de Février un mois bien frais ?

  1. Pingback: Jmj

  2. Pingback: weiss

Laisser un commentaire

Apiculture