Février, un mois crucial

Oui c’est le mois où l’on commence à compter les morts !

Le varroa aura mis au tapis un nombre considérable de colonies. On commence à se poser des questions et bien que varroa soit un sujet traité depuis son apparition, on reste dans le vague sur les protocoles efficaces et simples de mise en œuvre pour le combattre efficacement. Nos collègues italiens utilisent l’acide oxalique en dégouttement et en sublimation depuis plus de 10 ans dans des protocoles qui mettent en jeu l’encagement des reines pour aboutir à une colonie sans couvain, moment de l’efficacité totale du traitement par les acides organiques en méthode instantanée.

L’acide oxalique est en vogue actuellement et voici ce que le chercheur Antonio Nanetti a présenté le 31 janvier 2019 à Namur en Belgique lors d’une journée organisée par le CARI :

Après un rappel du cycle de reproduction du varroa avec doublement de la population chaque mois et progression exponentielle de leur nombre, le conférencier a procédé à une remise en question des méthodes prédictives utilisées pour estimer le taux d’infestation des colonies.

Selon des études réalisées en Italie sur le terrain et en laboratoire, il n’y a pas de corrélation entre le taux d’infestation et les chutes de varroas. Certaines colonies peuvent être très infestées et n’avoir que peu de varroas qui tombent. Selon le Dr Nanetti, il n’existe aujourd’hui aucune méthode fiable pour compter les varroas. Il préconise donc de ne pas travailler sur base de prévision mais sur un calendrier systématique de traitement en été et en hiver en l’absence de couvain.

L’acide oxalique est une bonne option en l’absence de couvain si le produit est appliqué efficacement: en dégouttement non pas dans les ruelles (le produit va tomber sur le lange) mais selon un mouvement sinueux (cf. photo). Les abeilles vont alors lécher le produit avec un effet retard. Sur 20 ans d’essais, le CREA n’a détecté aucun problème de mortalité des reines, ni par sublimation, ni par dégouttement.

Antonio Nanetti parle de « surévaluation des risques » concernant les effets sublétaux de l’acide oxalique sur les abeilles. Le traitement par sublimation est aussi efficace que le traitement par dégouttement s’il est réalisé correctement. Mais l’acide oxalique est très instable lorsqu’il est chauffé. Il y a donc le problème de la dégradation thermique possible toxique pour les abeilles mais aussi un risque majeur de la méthode par sublimation pour les voies respiratoires de l’apiculteur.

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Observations du jour

Avec toutes les informations qui nous sont parvenues, les mortalités hivernales furent nombreuses. Dans ses conclusions l’observatoire des mortalités et des affaiblissements de l’abeille mellifère (OMAA), impute à Varroa et aux virus associés la cause la plus constante.

 

Il n’y a pas de doute sur l’impact, souvent sous-estimé, de cet acarien lors des disparitions de colonies au cours de la morte saison.  A l’évidence d’autres facteurs interviennent et sans lister une nouvelle fois les facteurs environnementaux, on s’attardera sur les herbicides. Cet article paru dans La Santé de l’Abeille de février 2022 et disponible en ligne

https://www.apiservices.biz/fr/articles/classes-par-dates-mise-en-ligne/2736-glyphosate-et-abeilles

attire notre attention sur les ravages du Glyphosate sur les abeilles via l’atteinte de leur microbiote. Or, on soupçonne que les nouveaux herbicides à base d’acide pélargonique produisent des effets délétères sur les abeilles lorsqu’ils ne sont pas utilisés selon des règles précises pour éviter leur contact. Ces herbicides ne sont classés

L’année 2021 a connu des météos particulières et la fin de saison nous a surpris avec des floraisons de renouée du Japon et de lierre qui ont bloqué les corps avec du miel et du pollen en quantité rarement observées. L’espace de ponte des reines s’est réduit à un point tel que le renouvellement des populations ne s’est pas réalisé suffisamment. L’abondance des colonies a fait illusion, nous avons sans doute très souvent hiverné de vieilles abeilles. Leur disparition en janvier 2022 est « normale », elles étaient arrivées au terme de leur existence marquée par un important travail de concentration du nectar, leur vieillissement fut accéléré et leur capacité de survie limitée. Rappelons que les abeilles d’hiver sont de jeunes abeilles qui n’ont eu aucune charge d’élevage du couvain, ni de concentration du nectar en miel.

Par contre, les essaims de l’année, les colonies qui avaient claudiqué et que l’on a nourri de manière continue depuis le mois de novembre sont en pleine forme !

Parmi les cadavres il y a la kyrielle des mortes de faim suite à une mauvaise estimation des réserves, les colonies orphelines qui n’ont pu se remèrer, les bourdonneuses suite à une supersédure tardive et la reine qui n’a pu être fécondée faute de mâles, les trop petites populations mal resserrées entre des PIHP de type Marc Guillemain, une isolation insuffisante des ruches, une ventilation des plateaux de sol qui épuise les abeilles et les réserves en chauffage, les lignées sensibles aux maladies virales, aux mycoses …

Ici des photos de famine

 

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Quelles conclusions ?

Les constats nous les faisons tous, comme tous nos futurs prétendants à la magistrature suprême nous en abreuvent, mais quid des solutions ?

D’une manière générale, il nous semble important de comprendre que le changement climatique nous conduira vers une révision de nos pratiques apicoles. Au climat s’ajoutent les évolutions de l’environnement dues aux pratiques humaines qui transforment les ressources alimentaires des insectes en général et pour ce qui nous concerne des pollinisateurs dont nos abeilles.

Ce sont de nouvelles manières de conduire les colonies auxquelles nous devrons nous astreindre et sans doute de nouvelles conceptions dans l’organisation de nos ruches. Il ne suffira pas d’ajouter quelques isolants, auvent ou pare-soleil, ce sera un renouvellement total des pratiques d’élevage.

L’encagement des reines pour provoquer des ruptures de couvain sur de longues durées plusieurs fois par an est une révolution copernicienne et semble aller à l’encontre de la manière dont vit une colonie. Et ce ne sera qu’un début. Ce ne sera plus une apiculture émotionnelle, mais une apiculture sur une autre rationalité, celle de la survie de l’espèce. Elle se bâtira contre les désordres que nos échanges effrénés ont engendrés par la mondialisation des parasites, contre une économie qui produit une transformation de notre écosystème défavorable à notre nature et contre notre propre compréhension de ce qui est en train de se jouer. Nul envie de régresser nous anime, mais celle de progresser dans le désir et le plaisir de participer à une apiculture dynamique et jubilatoire.

Au niveau des réponses concrètes

D’abord, varroa est un acarien des plus difficiles à traiter et il nous faut aussi nous adapter à des phénomènes de résistance ou à des conditions météo qui en favorisent l’expansion. Actuellement il semble que le processus de gestion de varroa est d’autant plus contraignant qu’en de nombreuses régions, les hivers ne présentent guère de périodes froides suffisamment longues. La rupture de ponte est trop courte, s’il en existe une, pour nous assurer une période sans couvain propice aux traitements jugés les plus efficaces actuellement que sont les médicaments à base d’acide oxalique. Alors l’encagement du mois de juillet sera-t-il doublé d’un encagement d’hiver ? Certains ne sont pas loin de penser que la méthode développée par les italiens serait à promouvoir en France : encager la reine en juillet puis en novembre et décembre dans une grande cage où elle cesse de pondre durant 2 mois. Les témoignages présentés lors des conférences du jeudi organisées par l’UMT Prade le 27 janvier dernier sont très convaincants.

Les essaims artificiels constitués en fin de saison pour utiliser des excédents de reines seront traités contre varroa de manière drastique et nourris constamment. S’ils sont très resserrés entre des partitions isolée et réfléchissantes comme celles développées par marc Guillemain ils seront en pleine forme à la première visite du mois de mars.

Les changements de reines devraient sans doute être opérés assez tôt après la récolte pour éviter des échecs, reine refusée ou supersédure que l’on ne pourrait maitriser la morte saison arrivée. Les resserrements des colonies en octobre seront l’occasion de regrouper les colonies trop petites pour n’hiverner que des colonies sur 4 cadres au moins.

Les récoltes tardives très importantes ont conduit à des échanges entre collègues sur la conduite à tenir. A-t-on besoin de provoquer des réserves hivernales juste après la récolte d’été ? Suite à l’encagement d’été pour assurer un traitement à base d’acide oxalique, ne devrions-nous pas seulement assurer la reproduction de la population jusqu’à l’automne par de petites stimulations ? C’est à dire des apports de sirop léger mais toutes les semaines voire deux fois par semaine si on en a le loisir et si les colonies en manifestent le besoin. Les abeilles stockeront ce que la nature leur fournira et le froid arrivant nous donneront aux colonies, et si besoin abondamment, des candis jusqu’à la reprise des rentrées naturelles de nectar et de pollen à la fin de l’hiver suivant. Combiné à un second long encagement en automne, un traitement avec une spécialité à l’acide oxalique puis la libération des reines en janvier n’est-ce pas l’assurance de belles colonie très peu parasitées pour la saison à venir ?

Oui, c’est un véritable changement de paradigme, comme l’on dit, auquel nous sommes conviés, c’est à dire une révolution au sens d’un changement net d’orientation.

Que faire en février ?

De ce qui vient d’être dit à l’évidence nourrir, de trop ? Non il n’y a pas de risque si on donne du candi. Si la place dans la ruche donne la possibilité de mettre un cadre nourrisseur, il ne faut pas  se priver d’apporter entre 1/2 et 1/3 l de sirop tiède, les abeilles viendront le consommer rapidement et la chaleur qu’elles dégageront en le suçant sera bénéfique pour toute la colonie. Le couvain est reparti et cet apport maintiendra la ponte de la reine à un bon niveau.

Un jour pas trop frais sans vent et bien ensoleillé on peut regarder où sont les abeilles dans la ruche.

– Elles occupent tout l’espace que nous leur avions donné en octobre ? Ok tout va bien on visitera plus avant fin mars lors de la visite de printemps.

– Elles sont peu nombreuses et sans doute en voie de perdition ? Alors faire une opération sauvetage. prendre deux PIHP comme celles inventées par Marc Guillemain, puis resserrer les cadres où se trouvent des abeilles entre ces 2 partitions leur mettre un pain de candi sur la tête puis une « écharpe » faite d’une feuille d’isobulle XLMat (3mm) qui couvre en débordant l’ensemble de la surface du corps. Un couvre cadre nourrisseur par dessus mis à l’envers. Ne pas hésiter à resserre la population sur 2 cadres seulement et parfois même sur un seul, il faut que les abeilles puissent dégager et conserver un maximum de chaleur. Dans un mois si l’opération réussit, le ou les cadres seront totalement pondus et la colonie sauvée.

– Elles n’occupent pas tout l’espace entre les partitions, alors enlever les cadres inoccupés et resserrer les abeilles sur le reste des rayons. En confinant les abeilles on réduit les pertes caloriques et à dépense énergétique identique la colonie peut élever davantage de couvain.

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Et n’oubliez pas de vous inscrire au ruche école du GASAR à Lyon sur : https://www.helloasso.com/associations/les-amis-des-abeilles

Les premières rencontres commencent le 18 mars prochain.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

3 résponses de Février, un mois crucial

  1. Bonjour Jean
    Tu as parfaitement résumé la situation et remis les pendules à l’heure ! Je fais circuler cet article très intéressant. Concernant le TT à l’AO sur rupture de ponte, j’ai ajouté quelques précisions par rapport à ce que j’ai proposé l’année derniere dans ton Webinaire, dans ma technique de division début Avril qui fait naitre une jeune reine avec TOUTES les butineuses dans le corps du bas. A J+30 lors de la derniere déviation des butineuses, tu peux profiter que le couvain ne soit pas encore operculé pour supprimer la quasi totalité des varroas; ainsi tu peux repartir dans d’excellentes conditions avec une colonie déparasitée. L’article est à paraitre en Mars dans l’Abeille de France. Si tu es intéressé, je peux le représenter fin Mars /début avril.
    Bien apicalement
    Pierre Cellier TSA

  2. Bonjour,
    L’an dernier j’ai équipé mes 4 ruches d’une foot-chamber (1/2 hausse vide sous le corps) recommandée pour limiter la probabilité d’essaimage. Résultat pas d’essaimage (elles ont pas mal bâti dans ces chambres, parfois sous les cadres du corps). J’en ai profité pour faire deux essaims artificiels. Je les ai laissées passer l’hiver dans cette configuration. Faut-il nettoyer ces foot-chambers lorsqu’on nettoie les plateaux de sol ?
    Merci d’avance pour l’avis.
    Cordialement

    • Oui vous avez intérêt à enlever les constructions pour redonner aux abeilles le loisir de refaire des rayons pour les occuper à la période de l’essaimage. Ce procédé compense le fait que vous n’avez pas toujours la possibilité de mettre le hausse au bon moment. En avril et mai vous pouvez utiliser ces constructions souvent faites pour le couvain de mâles pour les couper une fois pondues et operculées. Cela fait un peu baisser la pression du varroa.
      JR

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