Février un mois glacial, tel il commence !

DSC03204Le mois de février est court mais à haut risque. Le redémarrage des colonies depuis quelques semaines sur lequel arrive le froid mettent les colonies en situation périlleuse. Il leur faut produire beaucoup de chaleur pour tenir ce tout nouveau couvain. La grappe se disperse, les abeilles chauffant le couvain consomment énormément de miel. Le poids des ruches baisse rapidement de l’ordre d’un kilo par quinzaine selon la taille des colonies.
Le couvain ouvert est facilement abandonné, il meurt de froid, les abeilles le sortiront des cellules dès les premiers rayons de soleil, par contre les abeilles s’accrochent au couvain fermé, il est encore peu volumineux et si la colonie est importante, la grappe entoure ce couvain, si la grappe est petite la surconsommation de miel sera au rendez-vous pour tenir ce couvain à 34°c.
Au Rucher
J’ai redonné du candi aux colonies pas très pourvues en miel. Les petites populations insuffisamment équilibrées à l’automne auront passé l’arme à gauche. Par contre le reste est toujours fortement populeux et les abeilles bien grappées. Le bilan finalement sera bon, la mortalité sera sans doute inférieur à 10% dans la mesure où pour conserver un maximum de reines faites très tardivement j’avais multiplié les essaims sur 3 cadres de corps. Le risque de populations inaptes à l’hivernage était grand.
Mes dernières vérifications de l’infestation varroa en novembre m’ont montré des colonies très peu infestées et certaines très parasitées malgré un traitement identique à l’Apivar après 6 semaines à l’Apilife Var. Comme par hasard, les plus atteintes (et qui ne survivront pas à cette infestation parasitaire), sont des Buckfast très proches de ligustica. Par contre les lignées de Buck mâtinées de Primorski semblent très peu infestées et en bien meilleure forme. Je verrai fin mars ce qu’il en est réellement.
Avec ce froid, j’ai réduit les surfaces des plateaux de sol grillagés en mettant une plaque qui obstrue le grillage aux ¾. Sauf sur les ruches dotées d’un corps posé sur une hausse vide de cadres sur le plateau de sol. Toujours laisser une aération il faut évacuer l’humidité produite par la consommation du miel, elle est plus mortelle que le froid. Sur des plateaux de sol totalement fermés, on met dans chacun des angles une cale de 3 à 5 mm d’épaisseur et le corps posé dessus laisse passer un fin filet d’air ce qui suffit à assécher la ruche. Même par grand froid, si on ne produit pas de choque sur la ruche ces interventions sont possibles en étant fin dans ses gestes.
Pour les enlever, j’attendrai que la chaleur soit bien revenue et que les colonies aient repris leur activité, je compterai toutes les 48h le nombre de varroas tombés naturellement sous le grillage. Moins de 4 à chacun des comptages ce sera acceptable, beaucoup plus un traitement de printemps s’imposera. Il faudra réaliser a minima un élevage de bourdons sacrifié dès l’operculation pour réduire la pression du varroa.283 rayons de bourdons surnumeraires à detruire pour lutter contre varroa
Le pic vert rôde, sa pitance se raréfie avec le gel, il s’occupe des ruches, je l’ai vu s’envoler de l’un de mes ruchers. Une belle bête. On s’en protège en entourant les ruches avec des fers à béton sur lesquels on accroche du filet de chantier orange. Mis ainsi à une petite distance des caisses, le pic vert ne peut s’accrocher dessus pour perforer les ruches.

pic vert
A l’atelier
C’est le moment de préparer des cadres pour la saison. Achetez des cadres neufs, filés en V de préférence, aux prix actuels il est inutile de faire des économies misérables sur des parties de la ruche à fort taux d’infestation de maladies dont les loques. Autant changer ces cadres que de risquer une contamination par des cadres insuffisamment stérilisés.
Les cadres de corps sont à renouveler au moins 3 par an et si possible jusqu’à 5 par colonie. Des colonies qui cirent bien sont de qualité et le fait de construire des rayons limite un peu la propension à l’essaimage. Ces rayons anciens contiennent beaucoup de contaminants tant biologiques, spores des maladies, que chimiques, produits anti varroas, produits de l’agrochimie.
Les rayons de miel des hausses vieillissent moins vite ; ils sont peu porteurs de maladies et autres produits parasites dans la mesure où l’on n’y fait pas pondre la reine en utilisant les grilles à reine.
Equiper ses corps avec des poignées type caisses de munitions est bien commode, ce sont des poignées confortables, de bonne taille qui ne cisaillent pas les mains.
Décaper les hausses et les corps à la flamme du chalumeau, préparer des ruchettes pour faire des essaims artificiels autant que de ruches de production, faire mariner chaque face dans un mélange d’huile de lin et d’essence de térébenthine dans un toit de ruche une journée chacune, puis laisser égoutter. Mettre dehors à l’abri et bien ventilé, la caisse sera protégée pour longtemps.

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Attention aux ruches bon marché, parfois vendues « trop cher » ! Les bois sont poreux et malgré des traitements intensifs, les champignons se mettent dedans et en quelques années leur décomposition est acquise. C’est le cas des bois de tempête conservés dans l’eau. C’est une catastrophe.
Un traitement efficace est à la cire micro cristalline (paraffine) mais cela suppose de disposer d’une cuve permettant de traiter avec une cire portée à 120°c au moins et contrôlé au thermomètre. C’est un traitement qui dure 10 minutes ; les bois sont protégés durant environ 15 ans. Certains syndicats offrent la prestation.

66 DSC02484 traitement des bois a la cire microcristlline

Par ailleurs

La mise en place des OVS claudique, mais est-ce si important ? Ces organisations à vocation sanitaire devraient servir de relais aux politiques publiques en matière de santé animale.

Pour l’apiculture hormis le varroa, le frelon asiatique, l’arrivée d’Aethina tumida, les organisations historiques en matière sanitaire étaient fort capables de s’occuper. Mais l’obsession dont souffre l’État de confondre égalité des citoyens et modèle identique partout bute sur les réalités locales, des conjonctures humaines sans doute, mais de quoi d’autre sont faites les sociétés ?

L’arrêté du 16 janvier 2015 autorise des personnes n’ayant pas la qualité de vétérinaire à réaliser certains actes relevant des vétérinaires (examen clinique des colonies, prélèvements à des fins d’analyse biologique, applications de certaines médications, exécution de transvasement) sous l’autorité d’un vétérinaire.

Cet arrêté transfère de facto aux vétérinaires la charge de l’encadrement de l’apiculture antérieurement réalisées par les associations dotées d’un PSE – programme sanitaire d’élevage (Code de la santé publique Article L5143-6). Mais cet arrêté ne rend-il pas également vain pour l’apiculture l’intérêt d’un OVS ? A moins qu’il ne s’agisse de mettre en place des règles qui segmentent encore davantage les apiculteurs de loisir de l’apiculture professionnelle. L’une comme l’autre fournissent 50% du miel produit sur le territoire national, sont-elles alors si différentes du point de vue sanitaire ? Par le biais du coût des prestations des vétérinaires seuls les professionnels feraient l’objet de toute l’attention de l’Etat, mettant à bas le travail  bénévole des associations. C’est peut être la meilleur manière d’atteindre l’inverse du résultat recherché comme pour d’autres réformes  « les enseignants sont furieux, les enfants sont crevés, les parents paient ! » (Anne Roumanoff)  Sans doute les apiculteurs de « loisir » refuseront-ils de payer !

Jean Riondet

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

1 réponse de Février un mois glacial, tel il commence !

  1. Bernard dit :

    Bonjour et merci pour votre chronique si vivante et surtout pour votre livre « Un rucher dans mon jardin » qui a accompagné mes premiers pas (je regrette une « actualisation » si tant est qu’elle soit nécessaire!).
    A propos de froid (!) j’ai lu sur un site internet que vous devez connaître (rlechene….) que la mise au congélateur conservait le miel liquide. N’ayant pas la possibilité de laisser un message sur ce site, j’aimerai savoir si vous connaissez ce « truc » et si oui, ce qu’il faut faire pratiquement car pour moi l’eau du miel doit se dilater et il y a risque éclatement des pots en verre utilisés préférentiellement aux pot en plastique.
    A propos des piverts j’ai constaté depuis que j’ai des ruches en Ile de France et en Normandie qu’elles étaient (jusqu’à présent!!) épargnées des attaques. Je subodore que le support y est pour quelque chose car mes ruches sont posées sur des tréteaux métal qu’on trouve dans le commerce. Et l’année dernière et cette année j’ai surpris dans le jardin un pivert bien ennuyé à trouver une bonne position pour les attaquer (pour faire bref)! Peut être d’autres lecteurs du blog pourraient confirmer ou non cela ?
    Bonne journée

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