Froid polaire à New York froid glacial chez nous dans un mois ?

Tempêtes

Il n’est pas rare de constater que les sautes d’humeur de l’hiver aux Etats Unis sur la côte Est, sont prémonitoires de ce qui  se passera chez nous un mois plus tard. Mais, comme on risque de ne se tromper qu’une fois sur deux, la prévision est toujours bonne !

En attendant, certains ont les pieds dans l’eau pendant que d’autres ont relevé leurs ruches renversées par le vent. Après la tempête, les ruchers exposés au vent ont connu des colonies à terre. J’ai eu jusqu’à 50% de ruches bouleversées y compris celles ayant un petit parpaing sur la tête. Mais rapidement remises d’aplomb et un bon pain de candi tiède sur la tête des cadres, elles ont vite remonté l’ensemble en température et avec la vague de chaleur, elles ont mangé jusqu’à 1 k de candi en 10 jours. Un record.

Mais il faudra maintenir la présence du candi car cette secousse temporaire de la population les ayant incité à manger beaucoup engendre la plus part du temps une reprise de la ponte de la reine. C’est le brouettage des ruches préconisé dans d’anciens livres d’apiculture, sauf qu’il était conseillé de le faire plus tard. Promener ses ruches sur une brouette cassait la grappe hivernale et les abeilles en recomposant leur doudoune consommaient du miel en grande quantité ce qui stimulait leurs glandes hypopharyngiennes et nourrissant plus que de raison la reine celle-ci reprend sa ponte. La tempête peut avoir produit le même effet. J’avais constaté cela sur des ruches renversées par malveillance en janvier sous la neige et elles avaient présenté en mars les plus grandes surfaces de couvain.

Même sur des colonies encore pourvues en miel il est bon de leur apporter du nourrissement car la chaleur excessive produit des sorties d’abeilles et des consommations très importantes. Seul ceux qui pèsent leurs ruches ont l’indication exacte du comportement des colonies et des apports à faire ou non.

Expérience candi

Suite à une présentation faite au congrès de Louvain sur les sucres, j’ai commandé une palette de sucre ultra fin chez Couplet en Belgique, vendu sous le nom de Beefondant. C’est un sucre glace pur saccharose glucose sans amidon, très facile à travailler. Sans cuisson ce candi est donc sans HMF, composé de sucres très rapidement absorbés par les abeilles. En base j’y ajoute 10% d’eau et le candi obtenu est sec, souple, facile à distribuer. Avec des collègues les conditionnements ont varié suivant les pratiques de chacun quant à la manière de poser le candi sur les colonies. DSC_3450

Pour la mise œuvre de 22 k de candi,  mettre 2l d’eau bouillante dans une lessiveuse posée sur un tripatte au gaz, ajouter 1 sac de sucre de 10 k dans la lessiveuse et avec un malaxeur de ragréage brasser le tout, laisser remonter en température jusqu’aux alentours de 60°c. Ajouter le second sac et malaxer tout en chauffant.  Lorsque le mélange est bien lisse arrêter le chauffage et couler le fondant dans un toit plat de ruche en tôle. La découpe encore tiède se fait à l’aide d’un lève cadre américain de grande largeur ou d’une forte spatule.

Les pains ne collent pas, ne coulent pas, l’humidité de  la ruche suffit à assouplir encore le candi. Le temps de mise en œuvre n’excède pas 15 minutes. L’ajout de levure de bière se fait sans apport d’eau, l’expérience montrant qu’avec un ajout d’eau même minime, le candi devient rapidement coulant et collant.

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Conduite hivernale

Le mois de février à venir sera d’autant plus à surveiller que la ponte de la reine ayant fortement repris les colonies consomment du miel à tour de bras. Le candi apporté est pris le premier et tant qu’il fait tiède elles se dispersent sur le bloc pour le consommer, puis le froid venant elle se regroupent sur les cadres où se trouve le couvain operculé qu’elles protègent et réchauffent, abandonnant le couvain ouvert. Elles consomment le couvain ouvert (cannibalisme leur fournissant des protéines) et mangent le miel plus proche.

On préserve donc ces réserves de miel en apportant du candi tôt en hiver. Ceci est d’autant plus important que les colonies étaient sur peu de réserves en novembre, c’est inutile sur celles qui sont très lourdes encore maintenant c’est à dire à plus de 18k en pesée arrière (Dadant 10c avec toit tôle et face avant à l’aplomb du support).

Si la première visite est possible en mars, on peut apporter sur les colonies les plus fortes un  verre de sirop chaud sur le couvre cadre nourrisseur. Ces 200 à 250 ml de sirop feront partir la ponte de la reine. Certes il faut que le couvre cadre nourrisseur soit dans le bon sens et que les abeilles soient nombreuses, le couvre cadre est tiède lorsqu’on y pose la main à plat dessus ou bien que l’on y voit des abeilles s’y promener. Le sirop est bu en 1/2 heure de temps, toute la colonie en profite et la reine sera nourrie à la gelée royale pure et sa ponte reprend.

Compléments alimentaires

Dans les candis comme dans les sirops il est maintenant fortement recommandé d’ajouter des compléments alimentaires.

Première précaution n’apporter que des produits homologués car ils passent toujours a minima dans la chaine alimentaire quelle que fut la prudence de l’apiculteur.

Seconde précaution n’apporter que des produits dont on soit certain de leurs bienfaits. La levure de bière lyophilisée vendue dans les commerces d’alimentation est reconnue, ainsi que la farine de soja déshuilée, les préparations des firmes sont aussi de qualité. Les tambouilles personnelles sont à proscrire car on risque d’y mettre involontairement des produits non autorisés en alimentation humaine, également des résidus inappropriés peuvent aussi s’y trouver.

On vise par ces compléments alimentaires l’apport de protéines indispensables au développement des larves pour leur longue survie et en faire de bonne nourrices, mais également de produits améliorant la qualité de leur flore intestinale limitant les effets négatifs des spores de Nosema à l’âge adulte. Spores toujours présentes chez l’abeille adulte. Compte alors pour la résistance de l’abeille face à cet agent infectieux le faible nombre de ces spores et la qualité de la paroi intestinale. En effet, Nosema se développe dans l’épaisseur de cette paroi. La spore y pénètre par une blessure la microsporidie (Nosema est un champignon parasite intra cellulaire) s’y multiplie et fait exploser l’épithélium de l’intestin. L’abeille en meurt peu à peu. Les blessures toujours possibles sont provoquées en masse lors de la présence de certaines molécules des néonicotinoïdes (travaux des  équipes de Y. Le Conte à l’Inra d’ Avignon et de L. Belzunces à l’Université de Clermont Ferrand).

L’acidification des sirops largement recommandée pour réduire le nombre des spores de Nosema ne semble plus tout à fait d’actualité, des chercheurs américains ayant montré la faible efficacité de cette technique, par contre l’ajout de produits de type Protofil, Hapi Herb semble une très bonne solution. Un nouveau produit Hive Alive, issu de recherches faites en Irlande, donnerait d’excellents résultats.

Jean Riondet

 

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

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