Janvier février 2012 Et bonne année à tous

Après cette période de vœux un peu convenus, avouons le, profitons en pour nous souhaiter de la curiosité et une soif d’expérimenter. Bien sûr si la santé nous manque, si les deuils nous affectent, si … l’année ne sera pas bonne. Mais si on peut garder un brin d’optimisme, espérons avoir l’occasion de regarder du coté des innovations, des idées nouvelles, des propositions un peu iconoclastes. Répéter les rites du passé est sans doute très rassurant, mais la situation actuelle nous conduit à faire marcher notre imagination.

Un temps incompréhensible

Ce temps super doux que nous connaissons depuis l’été, le couvain toujours présent malgré quelques coups de faible froid, laissent penser que les colonies, si on ne les surveille pas assez, vont dépérir sous le double effet d’une reproduction constante de varroas et de la famine.
Les abeilles d’hiver avec des corps gras surabondants ne se sont probablement pas constituées, il est impératif de les nourrir. Avec la chaleur et le pollen des noisetiers qui est apparu, la consommation de sucre a atteint sur certaines colonies 2k / mois.
Le couvain est encore là, quelques Warré vues par dessous possédaient de petites plaques de couvain operculé avec des abeilles dessus. Des colonies visitées plus avant avaient jusqu’à 4 cadres de couvain.
Curieusement j’ai des nucléis constitués sur un cadre de corps Dadant replié en 3. Craignant que ces colonies ne survivent je les ai traitées et nourries au candi depuis octobre, elles sont en pleine forme alors que d’autres moins bien nourries parce que populeuses et lourdes semblent au bord du déclin. Mais on ne peut ignorer varroa non plus. Des colonies qui se sont peu reproduites, qui ont été traitées à l’Apivar sont sans doute bien moins parasitées que celles qui ont connu une forte dynamique jusqu’en janvier.
Le froid de février va remettre les pendules à l’heure. Ne pas hésiter par une belle journée ensoleillée, sans vent, aux alentours de 0°c d’ouvrir le couvre cadre, de regarder si à travers le plastique on voit encore du candi et ne pas hésiter à en rajouter si besoin. Le mettre chaud à plus de 20°c au moins pour éviter de geler les colonies. Le remède serait pire que le mal.
Les abeilles ne craignent pas franchement le froid si elles ont à manger, nous l’oublions souvent nous inquiétant en période de froid alors que leurs ressources alimentaires sont insuffisantes depuis des semaines déjà.
Plusieurs lecteurs ont été étonnés de me voir accro au nourrissement au candi si tôt. La réalité est que selon les races d’abeilles certaines se sont mises en hivernage dès septembre, sur de bonnes réserves. Pour elles rien ne fut nécessaire. Par contre d’autres, plutôt hybridées de Buckfast comme le sont pratiquement toutes les colonies aujourd’hui, nécessitent une surveillance alimentaire constante.
Ces races « à viande » produisent des abeilles aussi longtemps que le temps le permet, même au détriment des réserves alimentaires. Au moment des miellées, ces abeilles amassent beaucoup, mais dès la fin des rentrées de nectar, leur croissance est elle que la réserve accumulées est aussitôt consommée. La récolte faite sur la première miellée, l’apiculteur doit les nourrir !
Certaines hybrides ont été sélectionnées sur ce productivisme d’abeilles de sorte que dans les pays du sud de l’Europe, des paquets d’abeilles sont produits en grande quantité très tôt en saison ce qui permet des commercialisations précoces d’essaims. Il en résulte des colonies hypersensibles aux manques de nourriture. Notre environnement est totalement marqué par ces importations et nous ne contrôlons pas la fécondation des nos reines.
D’où l’extrême attention que je porte au candi l’hiver.

La préparation de la saison

Pour l’entretien des caisses et autres parties en bois, le chalumeau est la solution idéale, rapide et efficace. Encore faut-il qu’il soit de bonne puissance et que cire, propolis se mettent à bouillir, voire flamber, et que le racloir soit opérationnel pour tout évacuer. le bois brunit sous l’effet du feu. Rappelons que cette désinfection vise les loques très résistantes au moins pour la loque américaine.
Les parties plastique seront brossées à l’eau très chaude contenant de la lessive St Marc ou de l’Oxydrine. Au grattage et au brossage, les concrétions de cire et de propolis devront partir, un bon coup de nettoyeur haute pression fera l’affaire aussi. Il est important de bien les enlever car elles protègent les spores. Puis un trempage d’au moins 10 minutes dans un bac contenant de l’au de javel dans la proportion d’un berlingot à 9,6° pour 4,75l d’eau.
Le plus difficile étant de trouver un bac au format des plateaux de sol, certaines « comportes champenoises » pour les vendanges ont des tailles qui limitent les excès de solution tout en acceptant la taille de ces éléments.

Le nettoyage des cadres de hausse dont on craindrait leur infection devrait se faire durant 30 minutes dans à la même concentration mais en y ajoutant 5% de mouillant (liquide vaisselle). Bien veiller à ce que les bulles d’air sortent des cellules.

En matière d’hygiène il est préférable de renouveler chaque année au moins trois cadres de corps ayant hébergé du couvain et de détruire ces cadres plutôt que de vouloir en recycler la cire avec les maladies et produits chimiques qu’elles contiennent. Les études espagnoles montrent des taux de produits anti varroa sont en concentration telle dans les cires recyclées et commercialisées, qu’elles sont soupçonnées de participer à la mortalités des abeilles. Les cadres seront également détruits leur nettoyage demande beaucoup d’énergie, de temps et, sauf à disposer d’une installation de professionnel, leur récupération est plus onéreuse et dangereuse que leur remplacement.

Il est également préférable que le miel ne soit pas récolté dans des rayons ayant contenu du couvain (interdiction en conduite sous appellation bio de vendre du miel ayant été récolté dans des rayons ayant contenu du couvain, ce miel perd son appellation), ce qui impose de travailler avec des grilles à reines entre le corps et les hausses et d’adapter la surveillance de manière à éviter l’engorgement du nid à couvain et les essaimages qui s’en suivent au moment des premières grandes miellées dans les zones de cultures industrielles.

Les cires gaufrées devraient être uniquement issues d’opercules. Ce qui suppose une très grande honnêteté de la part de toute la chaine qui va du producteur de cire au revendeur en passant par le cirier. Les ciriers peuvent faire des coulages à façon mais pour des volumes avoisinant les 200 k.
Pour éviter de mauvaises surprises, certains groupements de producteurs ont acquis des machines à gaufrer, équipées de moule en silicones. La production des cires demande un certain apprentissage et un peu de temps. Mais on est certain de leur qualité. Les cires coulées sont plus cassantes que les cires laminées mais sont moins sensibles aux variations de température par la suite et les cadres préparés d’avance sont en meilleur état au moment de leur emploi.

La conservation des cadres cirés se fera à l’air libre, dans un garage par exemple, sans précaution particulière, les teignes ne s’y installent guère car elles n’y trouvent pas leur nourriture. Certaines caisses pliantes en plastique ont exactement la taille requise.

L’entretien des bois des caisses se fera par temps doux, pour les caisses habitées, un barbouillage à l’huile de lin ne provoque aucun désagrément aux abeilles. Par contre pour les bois rangés dans le garage, le mélange à part égale huile de lin, essence de térébenthine et alcool à bruler permet une forte pénétration de l’huile dans le bois. Une bonne aération devra s’en suivre pour évacuer l’odeur de l’essence de térébenthine qui fait fuir les abeilles. On ne traite jamais l’intérieur de ruches, sauf dans le cas du trempage dans la cire micro-cristalline (interdite en conduite sous appellation biologiques).

Traitements anti varroa

Compte tenu du développement considérable du couvain tout au long de ces mois, des traitements anti-varroa seront à faire dès les beaux jours revenus. Demandez à votre Groupement de défenses sanitaire apicole départemental la conduite à tenir.

Pour le fun
J’ignore si ce procédé de lutte contre le varroa est intéressant, il a au moins l’avantage de montrer que l’imagination des apiculteurs est sans borne. A voir si les reines viennent y pondre facilement et si les abeilles n’y mettent pas du miel à qui mieux mieux. Rôtir les larves et les varroas dans des celluels de bourdons à l’aide d’une installation électrique, pourquoi pas ? A voir si parmi vous certains ont essayé ce type de procédé.

http://www.youtube.com/user/mitezapper?feature=watch

Bonne préparation de la saison.

Jean RIONDET

jean.riondet@gmail.com

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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