Juillet c’est la fète Nat, on récolte !

DSC_7357
Et on récolte vite, la canicule a eu raison de bien des réserves. Les abeilles ont eu faim et elles ont mangé une partie des stocks présents dans les hausses.
Principe de base, on récolte au plus vite et ce fut nécessaire dès le début du mois là où les floraisons furent très en avance un peu plus tard lorsque l’altitude décale les miellées.
Puis on traite contre varroa de manière efficace, on refait les stocks de miel pour la morte saison et si besoin on stimule la ponte de la reine pour maintenir une population jeune le plus longtemps possible.
Juillet est le mois des fruits, des graines, plus celui des fleurs. Les principales ressources alimentaire seront dans les semaines et le mois à venir les miellats si la canicule n’a pas desséché les pucerons, les lierres et la renouée du japon.

Quelques observations
Cette canicule nous aura permis quelques surprises et interrogations.
Des ruches posées sur la lavande (des lavandins en fait) auront eu deux expositions. Les unes mises en plein soleil et un autre lot, au même endroit, mais calé contre l’ombre de grands arbres.
Les ruches en plein soleil auront rempli les corps de miel, celles à l’ombre de la brutalité du soleil de midi auront rempli les hausses.
Y avait-il un trop grand volume à rafraîchir et seul le corps a bénéficié des porteuses d’eau pour diminuer la température du couvain ?

A noter également l’importance de l’isolation au sommet sous le toit plat en tôle par le couvre cadre. Les couvre cadres en polystyrène extrudé placés sur les couvre-cadre nourrisseurs se sont révélés plus efficaces que la simple plaque de bois. Dans les nourrisseurs mal isolés on a retrouvé des cadavres d’abeille, pas dans les autres configurations.
De ce point de vue le toit chalet est efficace pour limiter l’extrême chaleur au niveau du couvre cadre.

A ce sujet on se reportera aux travaux d’Y. LENSKY de l’INRA publiés en 1964 sur « Les régulations thermiques de la ruche en été »
article disponible sur https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00890188

Nourrir toujours nourrir
La famine s’est installée, les colonies doivent être abondamment nourries. Faute de quoi le risque sera d’hiverner des colonies trop petites qui auront du mal à démarrer en janvier.
Or, si elles hivernent parfaitement bien sur 6 cadres il faut une population néanmoins abondante pour tenir la chaleur et provoquer un démarrage en trombe de la ponte de la reine en janvier.
Nourrir avec des sucres de qualité permet de poursuivre des constructions et le maintien à haut niveau la ponte de la reine.
Du sirop 50/50 donné par 1/2 l ou 1/4 de l plusieurs fois par semaine stimule la ponte de la reine du sirop 2/3 sucre /1/3 eau donné par nourrisseurs entiers produit du stockage. En jouant sur les deux tableaux on pilote ainsi l’évolution de la colonie entre réserve de miel et surface de couvain. Il faut viser 4 cadres bien pleins de miel sur toute leur hauteur et 2 cadre de miel, pollen et couvain.
Donc réduire le volume de la ruche sur 6 voire 7 cadres au plus et faire évoluer la colonie comme précisé précédemment.

Changer les reines
C’est maintenant que les changements de reines sont les plus sûrs car si les colonies opèrent une supersédure d’ici l’automne on aura encore quelques chances d’avoir une fécondation de qualité. Mais rien n’est moins certain du fait de cette canicule car nombre de faux-bourdons ont été chassés des colonies.
Pour ceux qui ont réalisé des essaims artificiels, gardez les jusqu’en mars 2018, ce sera à partir de ce moment là que vous opérerez les réunions avec les colonies de production pour renouveler les reines et travailler avec des reines jeunes. C’est le gage de la réussite.
Il est plus aisé de passer un bon hiver en ruchette puis de renforcer et d’homogénéiser une colonie par réunion en démarrage de saison qu’en fin de saison.

A propos des grilles à reine
La canicule nous aura joué des tours avec les grilles à reine en plastique.
Pour qu’une grille à reine fonctionne correctement il faut qu’elle laisse 7 mm d’espace entre elle et la tête des cadres du corps et 5 mm entre elle et le bas des cadres de la hausse.
En effet à plus de 7mm les abeilles construisent des rayons de cire en dessous de 5 mm elles propolisent.
Avec la chaleur les grilles se sont ovalisées et ont touché la tête des cadres, les abeilles ont propolisé et ciré au dessus réduisant d’autant les capacités de passage.
Certains modèles de GR en métal ont un pourtour en bois d’épaisseur différente d’un coté et de l’autre pour justement respecter ces cotes de 5 et de 7 mm.
Il faut toujours avoir en tête que la GR ralentit le passage des abeilles et qu’en cas de violente miellée les corps se remplissent préférentiellement, ce qui n’est pas le but recherché par l’apiculteur.

Le changement climatique
Avec des canicules à répétition, sans doute devons nous changer nos méthodes de conduite des colonies pour réussir des récoltes sur les miellées de printemps. Booster les colonies dès fin janvier dans nos régions de plaines, faire des essaims artificiels pour limiter l’essaimage, travailler avec des races sélectionnées pour leur faible essaimage… c’est à étudier de près, à réfléchir, à discuter, à tester.
Ce qui me conduit à dire cela est l’expérience de l’un d’entre nous qui n’a pas hésité à mener ses colonies de la sorte. Il a sorti 20 k par ruche de miel de printemps juste avant la période de pluie et de fraicheur. Puis il a nourri et tenu la ponte de ses reines à bon niveau ce qui lui a permis de refaire une forte récolte de 2 hausses par ruche sur le châtaignier dans la fenêtre de floraison juste avant la canicule de juillet.
Pas d’acacia, pas d’aubépine ni de tilleul et au final une année acceptable malgré cela. Alors que d’autres conduites plus traditionnelles ont aboutit à faire un dizaine de kilos par ruche.
Mais tout est question d’emplacement aussi, les zones moins chaudes dans la vallée du Rhône ont bien résisté, les bords du Rhône aussi ont donné du miel. J’exploite un rucher en bordure du Rhône, sans aucun travail spécifique, en sédentaire, il a fourni 15 k par ruche.
C’est un sujet qui sera inépuisable !

Question politique
Monsieur Montebourg se lance dans l’apiculture.
Ne pourrait-on lui proposer de s’inscrire aux cours dispensés depuis 1986 par l’association les amis des abeilles de Solaize et le Groupement d’action sanitaire apicole du Rhône ?
Il ne peut y avoir d’élevage des abeille sans une solide connaissance de la biologie de cet insecte et de pratiques apicoles adaptées à l’environnement dans lequel évoluent les colonies.
Ce cours doit avoir quelques qualités puisqu’il est utilisé par des services de la DGAL…
Si par hasard certains d’entre vous pouvaient suggérer à Monsieur Montebourg de se former avec nous dans notre partage d’expérience, nous l’accueillerons avec plaisir.
La Saône et Loire n’est pas si éloignée que cela de Solaize (Rhône)…hormis le franchissement de la frontière du tunnel sous Fourvière !
Bonnes vacances

Jean Riondet

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

14 résponses de Juillet c’est la fète Nat, on récolte !

  1. Arnaud jean luc dit :

    Bonjour Jean,
    J’ai eu la chance de suivre vos cours il y a 2 ans. Cette Année avec 2 ruches j’ai eu la chance de faire 43 kg de miel.
    J’ai fait 3 récoltes au fur et à mesure du remplissage.
    Je reviendrai certainement pour la prochaine session j’ai encore beaucoup à apprendre.
    Très sincèrement
    Jean Luc

    • Bienvenue en 2018, nous aurons la chance de profiter de vos expériences et de vos questions. Un cours d’apiculture ne peut être qu’un partage d’expériences.
      J. RIONDET

      • JAY dit :

        Bonjour Jean,
        Je lis vos livres, mais qu’en est-il de vos cours ? comment faire pour s’inscrire ? faites-vous des stages de 2 ou 3 jours ? merci
        cdlt

        • Je ne fais pas de cours sur la courte durée, c’est peu rentable du point de vue pédagogique (ça l’est au plan financier) sauf pour apprendre à faire un starter pour l’élevage des reines et le conduire jusqu’aux naissances. Le cours de base se déroule de mars à juin pour suivre l’évolution des colonies sur une saison. La théorie et la pratique s’harmonisent mieux.
          Le programme sera affiché sur le blog vers décembre 2017 pour mars 2018.
          Bon été
          J Riondet

  2. Gautier dit :

    Bonjour, pensez vous que la canicule a eu une incidence sur la fermentation du miel?

    Chaque année je fais une récolte sur le trèfle blanc, la miellée est souvent très intense au point de faire un blocage de ponte et le miel a souvent un taux d’humidité supérieur à 18%, allant jusqu’à 21% sous opercule sans qu’il y ait de fermentation pour autant (pourcentage que j’abaisse bien évidemment avant la mise en pot).
    Mais cette année je me suis retrouvé avec un miel qui a commencé une fermentation sous opercule en 1 mois de temps. Au réfractomètre le taux humidité n’était pas si excessif 18,5%-19%.

    D’où ma question, sur la canicule. Je ne trouve pas de raison à cette fermentation si rapide. La seule différence avec les autres années, c’est la sécheresse.

    • Oui la chaleur peut avoir un effet. La fermentation est la combinaison de la quantité des ferments (toujours présents), du taux d’humidité et de la température externe. Il ne faut pas minimiser le facteur quantité de ferments car le taux d’humidité ne suffit à lui seul à provoquer la fermentation. J’en ai eu l’expérience avec un collègue a pressé des rayons de warré et bien que son taus d’humidité fut faible, le fait d’avoir pressé un élément de l’année précédente, a suffit pour faire fermenter la récolte. Les rayons ayant eu une saison pour se couvrir de ferments. Pour vous ce peut être une collecte de sucre sur des fruits en décomposition par exemple.

  3. CECCALDI Etienne dit :

    Je vis depuis ma retraite en Corse dans le golfe de Porto, courant janvier la température avoisinant souvent les 20° et constatant que les abeilles sortaient sans rien ramener ou presque, j’ai nourri avec modération et les floraisons étant arrivées avec plus de 3 semaines d’avance j’ai récolté plus de 20 kg par ruche en production.. Ceux qui dans la région n’ont pas nourri se lamentent de la faiblesse de leur récolte.. L’an passé je m’étais hasardé à faire de même et pour les mêmes raisons .. et avec succès, c’est pourquoi j’ai généralisé le nourrissement en cet année..Cordialement

    • Nous avons fait exactement la même expérience sur Lyon cette année. Si cette météo perdurait nous devrons changer nos modes de conduite des colonies. Mais attention à l’essaimage. Plus que jamais l’apiculteur devient un éleveur d’abeilles et non un cueilleur de miel.
      J Riondet

  4. Morland dit :

    Bonjour,

    Difficultés du jour, j’essaie d’intervenir le moins possible sur mes ruches pour des raisons évidentes, mais le problème c’est que par la suite je n’arrive plus à sortir les cadres tant ils sont incroyablement collés !!! Du coup je force, je m’agace, les abeilles le ressentent, et je crains aussi de casser la ruche … auriez vous une astuce pour m’aider à éviter ces écueils … ?
    Deuxièmement, j’avais laissé une hausse avec des cadres neufs après la récolte à cause des canicules redoutées pour leur laisser un espace plus grand et donc plus aéré, je voulais l’enlever ce jour mais j’ai constaté qu’elles avait bâti deux cadres et accumuler un fond de nectar au fond des alvéoles, le corps étant plein de miel, j’ai fait le choix de la laisser, est-ce une bonne décisions? En vous remerciant. Cordialement.

  5. Bernard dit :

    Bonjour,
    Face à la pénurie de cire et à la globalisation rampante, l’amateur est plutôt démuni surtout si comme cela se produirait dans certains pays riverains, des cires à teneur accrue en acide stéarique et palmitique ont été trouvées.
    Qu’en est-il en France ?

    • Même la cire dite d’opercule du commerce a été trouvée contenant des produits chimiques toxiques pour les couvains.
      Au GASAR (Lyon), récoltons de la cire d’opercules brute, non fondue que nous essorons et fondons avant de la transmettre au cirier qui nous rend notre pied de cuve. Mais les abeilles transportent de la cire du corps vers les hausses, aussi ne sommes nous pas convaincus de la pureté de ces cires. Pour les corps nous n’utilisons plus que des cadres à jambage où ne sera mis par les abeilles que al cire de leur propre production. Il faut un peu nourrir pour pousser la construction au printemps et nous sommes très satisfaits de cette solution.
      Peut être est-ce l’avenir ?
      J RIONDET

  6. louchin dit :

    bonjour
    j ai fais des EA avec intro de reine fécondée que je souhaite réunir à des ruches de production aprés avoir supprimé la reine .
    quelle serait la méthode que vous préconiseriez?
    merci
    corinne

  7. JAY dit :

    Re-bonjour,
    Je débute (1 saison), j’ai 2 ruches. Un essaim récupéré fin avril, et un essaim acheté le 1er juillet. Ce dernier, au départ, je lui donnais du sirop acheté chez apiculture.net, elles ne l’ont pas « touché », j’ai changé et mis du sirop protéiné de chez icko, pas touché non plus… j’ai donc enlevé le nourrisseur. Je suis en moyenne montagne (800 m), elles ont à dispo de la moutarde, de la phacélie, des tournesols, du trèfle…
    Je n’ai pas mis de hausse à cette ruche pour qu’elles fassent leur réserve d’hiver…. je ne sais plus quoi faire pour qu »elles mangent ce sirop… pour inciter la reine à pondre pour l’hiver… Merci à vous,
    cdlt

    • C’est possible surtout si elles ont d’autres ressources alimentaires par ailleurs. J’ai observé le phénomène avec des sirop industriels qui sont des inversions d’amidon de blé ou de maïs car ils n’ont aucune odeur, ce sont des sirops riches en maltose et dextro-maltose peu digestes pour les abeilles; pour les obliger à prendre ces sirops, leur ajouter un peu de miel, ils seront pris instantanément. 1 cuillère à soupe pour un nourrisseur plein ras bord devrait suffire. essayez de leur faire un sirop 2/3 sucre et 1/3 d’eau avec un sucre cristallisé de grande marque et normalement elles le prendront sans barguigner; si cela se passe ainsi c’est bien la nature du sucre qui est en cause. Avec mon jeune collègue nous ne faisons plus d’économies sur le sucre, nous prenons un pur saccharose micronisé chez Royal Care et la santé de nos abeilles s’en ressent plus que positivement.
      Tenez nous informés de la suite.
      La ponte de la reine c’est souvent et en petite dose (1/4 de l) du sirop 50/50 ou 30%sucre 70% eau, les stocks c’est massivement du 2/3 1/3
      très cordialement
      J RIONDET

Répondre à JAY Annuler la réponse.

Apiculture Beehoo