Juillet on se remet de la canicule

Après un hiver plutôt doux un bon démarrage des colonies des floraisons précoces, le froid, la pluie et le vent se sont associés pour stopper net les dynamiques démographiques. Certaines très belles colonies sont mortes  de faim, on a du nourrir pour sauver les meubles.

Nourrir en juin je n’avais jamais vu cela depuis mon demi siècle d’exercice de l’apiculture.

En zone de montagne les développements plus tardifs des colonies les ont préservé pour une part de cet épisode calamiteux. les miels d’été se feront dans de bonnes conditions de populations.

Il nous reste à nourrir pour faire les réserves d’hiver, traiter contre varroa de manière drastique, produire des reines et faire des essaims. C’est 2020 qui est en perspective, préparer de belles colonies de production avec de jeunes reines. Les élevages de reines faits maintenant donneront de très belles génitrices en 2020, meilleures que celles élevées en début du printemps disent les grands éleveurs.

Pour ceux qui feront une récolte, quelques précautions sont à prendre pour éviter l’accident dramatique qui eut lieu en Haute Loire.

 Les dix commandements pour l’apiculteur

Toujours se rappeler que l’abeille est un insecte sauvage que l’on ne peut domestiquer. Ses réactions peuvent être imprévisibles.
L’abeille, en principe, n’est pas un animal agressif sauf sous certaines conditions. Les guêpes, les frelons attaquent dès lors que l’on rentre dans un certain périmètre autour de leur habitation, 5 mètres dit-on pour le frelon asiatique. Ce n’est pas le cas de l’abeille.

Néanmoins, les noires non sélectionnées sont plus agressives que les races sélectionnées du fait de la consanguinité qui apporte la douceur. Même sur la noire, des sélectionneurs obtiennent des lignées assez douces.
Ceci pour dire que le travail de sélection est à la base de l’élevage des abeilles. L’apiculteur est un éleveur.

La récolte est une prédation, les abeilles défendront leur butin. La levée des hausses est une opération à risque .
1 – travailler par haute pression atmosphérique les abeilles sont moins agressives
2 – récolter plutôt en fin de journée car en cas de pépin elles seront plus vite rentrées au bercail
3 – travailler au chasse abeilles ou au souffleur, éviter la levée au cadre sans chasse abeilles avec brossage qui énerve rapidement toutes les ruches
4 – récolter avant la fin des miellées car les butineuses, les plus agressives, sont aux champs. Après les fortes miellées la famine arrive ce qui rend les colonies agressives
5 – disposer les ruchers en des endroits écartés car en cas de fausse manœuvre les dégâts collatéraux seront limités

6 – ne pas enfumer pour éviter de donner au miel une odeur autre que la sienne.Cela peut paraitre contradictoire avec des règles de prudence mais il est possible d’en limiter l’emploi
7 – comprendre que le respect des règles de distances évite des sanctions pénales par défaut de leur application mais n’exonère en rien l’apiculteur de sa responsabilité vis à vis des tiers en cas de dommage. En cas d’accident grave d’autre incriminations pénales peuvent être retenues contre l’apiculteur.

8 – L’apiculture est un travail d’éleveur, la formation est à la base de cette pratique tant pour le respect de l’animal dans sa survie que pour les connaissances à acquérir en matière de savoir faire et de sécurité
9 – que les ruchers école doivent insister sur les règles de sécurité : pour les tiers, c’est le cas avec cet accident; pour l’apiculteur notamment dans l’emploi des acides organiques contre varroa qui sont hyper toxiques (substances classées vénéneuses); pour le consommateur car tous les aliments et compléments donnés aux abeilles doivent pouvoir entrer dans l’alimentation humaine; seuls les médicaments contre varroa sont autorisés c’est à dire des produits disposant d’une AMM. Les potions sans AMM contre varroa ne sont pas des médicaments et sont interdites dans les ruches. En cas d’accident sur la santé humaine ces pratiques peuvent conduire à de très lourdes sanctions.
10 – disposer dans sa caisse à outil d’une seringue d’adrénaline indispensable en cas de choc anaphylactique. Demander à votre groupement sanitaire d’interroger les pompiers ou le SAMU pour établir le protocole d’usage de cette médication.

Un outil pour lever corps ou hausses

Hugues Drion l’inventeur du Scalapi a mis au point un lève ruche en aluminium.

En gagnant 4 k par rapport au même modèle en acier,  cet outil devient un régal pour manipuler hausses et corps lors des changements de plateaux de sol, de l’installation d’une nouvelle hausse, de la pose d’une grille à reine, de la pose d’un chasse abeille…

scalapi alu_DSC_5219

 

 

scalapi alu_DSC_5215

ouverture scalapi alu_DSC_5222

 

 

scalapi alu_DSC_5224

scalapi alu_DSC_5226

http://scalapi.fr/leve-ruche.html

 

Et après la récolte que faire des hausses ?

Les hausses empéguées seront des attires abeilles de premier ordre. Pour éviter le pillage les faire lécher le soir en les posant sur le couvre cadre des ruches. Deux voire trois hausses par ruche seront léchées en une nuit.

Poser les hausses sur le couvre cadre dont on aura ouvert les accès pour les abeilles, enfermer hermétiquement le sommet avec une bâche à talus et un toit bien emboitant.

Ranger les hausses empilées dehors sous un auvent ou un peu en hauteur sur un support limitant l’humidité, mettre une GR puis la pile des hausses dessus, au sommet de nouveau une GR pour limiter les rongeurs et les lézards, un toit qui facilite la ventilation tout en protégeant de la pluie et les teignes n’y viendront point.

C’est simple, efficace et sans danger pour la nature.

DSC_3762Traitement contre varroa

Pour les utilisateurs d’Amitraz, une nouvelle spécialité est apparue, l’APITRAZ développé par le laboratoire Espagnol Calier;

Une chose m’étonne, titré à 500 mg d’Amitraz comme l’APIVAR, la durée de présence dans les ruches est donnée pour 6 semaines, APIVAR est donné pour 10 semaines au moins.

Les livraisons semblent poser problème. Les commandes actuelles sont annoncées livrées pour septembre, trop tard pour traiter.

Apprenons à utiliser d’autres produits.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

9 résponses de Juillet on se remet de la canicule

  1. Proton dit :

    Merci pour vos conseils.
    Mon rucher à Caluire a 6 ruches dont 5 essaims d »avril qui ont donné du miel ramassé hier ( environ 80 kg) .
    Mardi dernier et ce matin dimanche, elles essaiment ? Que se passe t il ? Ces essaims ne valent pas grand chose (petits) et je ne vois aucun mâles ds les ruches! !

    • Félicitations pour ce miel 2019, c’est une bonne consolation.
      Les mettre en ruchette, les mettre en cave 3 nuits puis les mettre au rucher avec des nourrisseur pleins à ras bord et des lanières contre varroa.
      Dans un mois après avoir profité de leur capacité à construire, de pondre… les réunir entre eux pour faire une seule belle colonie de production pour 2020
      Bonne suite

  2. REVOL dit :

    Bonjour M. Riondet,
    J’envisage de transhumer quelques unes de mes ruches en montagne 1700m en Savoie. Actuellement elles finissent la miellée de chataigner et tilleul en Savoie, mais leur unique hausse quasiment pleine n’est pas du tout operculée et je ne peux donc pas récolter alors qu’en altitude la miellée est en plein démarrage. Dois-je attendre? car je me doute que transhumer avec une hausse presque pleine et non operculée risque de faire couler le miel et engluer les abeilles sans qu’elles disposent d’assez de volume?
    Merci pour votre réponse.
    Nicolas

  3. Jean RIONDET dit :

    Mettez ces hausses sur les ruches qui ne transhumeront pas.
    Blindez les corps des ruches qui transhumeront avec des cadres de couvain fermé.
    Ne pas laisser de place dans le corps, pétitionner si besoin pour les obliger à monter le miel à l’étage.
    Bonne transhumance.
    J RIONDET

    • REVOL dit :

      Merci M. Riondet pour votre réponse. Je vais tenter cette opération. Mieux vaut il transhumer une ruche avec ou sans hausse pour le transport d’après vous?
      Cordialement

  4. Bonjour.

    Hier nous avons fait deux essaims avec des nouvelles reines. Doit-on les nourrir et avec quoi. Est-ce avec du 50 50 ou avec les pains de candi.
    Merci beaucoup pour votre réponse et très bonne journée à vous
    je viens de vous acheter un enseignement et j’ai hâte de le recevoir

    • Tout dépend de la manière dont ils ont été faits et où ils ont été placés.
      S’ils ont un cadre de miel bien plein et qu’au total ils sont sur 4 cadres, inutile de nourrir sur la durée, mais nourrir de suite durant 2 semaines pour accompagner l’acceptation de la reine et sa ponte. 50/50 1 l / semaine.
      Mis dans un autre rucher et avec moins de 4 cadres, il faut leur donner 1 l de sirop 50/50 par semaine et contrôler la ponte de la reine, les stocks et la vitesse de construction si le sirop est fait de pur saccharose les abeilles peuvent construire. Si c’est un sirop avec maltose elles construisent beaucoup moins.
      Il faut arriver fin septembre à 5 ou 6 cadres miel pollen et couvain. Ne plus nourrir pour laisser les abeilles d’hiver se constituer.
      Traiter contre varroa d manière drastique.
      Avec la nourriture, c’est la condition de la survie hivernale. L’un ne va pas sans l’autre, c’est la condition désormais.
      Autre technique si les essaims sont restés dans le rucher. Les mettre à la place de ruches ou d’essaims forts, ils bénéficieront des butineuses.Plus besoin de nourrir.

  5. Emmanuel dit :

    Lu sur un forum apicole :

    « Mauvaise nouvelle, le lendemain de la pointe de chaleur à 44°C en Provence, j’ai constaté la mort de cette colonie, tous les rayons se sont effondrés dans la ruchette et les abeilles ont péri engluées dans un mélange de miel et de cire, il n’en restait que quelques centaines que j’ai dispersées.

    Ça m’a vraiment écœuré, c’était un très bel essaim, récupéré fin mai, en plein essor, très dynamique.

    Je m’en veux d’autant [plus] qu’en constatant le soir … qu’autant d’abeilles étaient dehors, j’aurais dû et pu agir, notamment en enlevant la portière et tant pis pour les cétoines et quelques frelons. Je pense aussi que comme c’était un essaim très gros, il a eu d’autant plus chaud, alors que d’autres plus petits n’ont pas eu de souci en ruchette.

    Du coup j’ai ouvert grand toutes les portières et vais bricoler des isolants en carton à mettre sous les toits, heureusement les températures sont revenues à des valeurs normales pour la saison en Provence (entre 30 et 35°C en journée).

    On apprend de ses erreurs, comme on dit… »

    Neufs jours plus tôt :
    « Bonjour,
    Canicule en Provence comme partout, voici une de mes ruchettes hier soir vers 19h30 [photo avec une ruchette couvertes d’abeilles faisant la barbe de la porte jusqu’au toit sur le coté ombragé].
    En ouvrant j’ai vu que toutes les abeilles étaient massées contre ce coté orienté est à l’ombre l’après-midi et avaient déserté le coté soleil, du coup j’ai décalé tous les cadres vers ce coté ombragé pour mettre la partition de l’autre coté.

    Aujourd’hui 44°C prévus… »

    Un jour plus tard :
    « Ce qui m’a étonné, c’est que le seul essaim qui a péri était le plus gros (4 cadres bâtis en ruchette de 6), donc à priori celui avec le plus d’abeilles pour ventiler.
    Les plus petits, sur 3 cadres en ruchette de 5, n’ont pas souffert.
    Cela étant j’ai oublié de dire que je m’étais trompé; cette ruchette de 6 n’avait pas de fond ventilé contrairement à ce que je pensais. ça a dû jouer aussi pas mal. »
    « …Le nourrisseur c’est parce que je donne du candi aux essaims en ce moment; »

    Six jours plus tard :
    « En effet j’ai désormais beaucoup mieux isolé les toits des ruchettes…
    ….
    Et il m’a semblé, mais c’est un peu tôt pour le dire, que sur ces essaims la ponte de la reine et l’activité avait bien repris, j’ai noté des cadres complètement pondus d’œufs quelques jours après.

    Je me demande du coup si les années précédentes, je ne perdais pas beaucoup d’essaims en été ou à l’automne à cause de ça, les abeilles passant tout l’été à lutter contre la chaleur tant bien que mal plutôt qu’à se développer. »

    Pour résumer :
    Un essaim fort,
    dans une ruchette 6C sur 4 cadres…
    non ventilée,
    avec la porte réduite,
    en plein soleil de Provence,
    pendant la canicule.

    On apprends de ses erreurs…mais aussi auprès des experts. Jean, quels seraient vos propositions à cet apiculteur ?

  6. Oui la Provence est devenue hostile aux abeilles !
    Avec la canicule il faut
    1 – isoler sérieusement sous les toits en tôle par un polystyrène extrudé de 5 cm
    2 – ventiler en plaçant des cales de 3 mm entre le couvre cadre et la hausse ou le corps. Si c’est trop, les abeilles bouchent avec de la propolis l’excès de courant d’air (cette propolis est la plus pure qui soit, à récolter ultérieurement avec précaution)
    3 – les sols doivent être ventilés

    Les mortalités de faim ont concerné les colonies les plus populeuses qui avaient un abondant couvain. Les consommations de miel pour tenir la chaleur des couvains (35 à 36°c) ont été énormes alors que les colonies ne rentraient plus de nectar mais que du pollen.
    Jean RIONDET
    4 – les ruches doivent être à mi ombre l’après midi dans les régions trop chaudes

Laisser un commentaire

Apiculture Beehoo