Juin 2012 Année à foin, miel de rien

Pas même certain que le foin soit de qualité! Les récoltes de miel se font attendre, les miellées sont passées pour de nombreux apiculteurs.

Chez nous le tilleul se fait rincer, restera le châtaignier, puis les tournesols… s’ils donnent avant d’espérer du Metcalfa. L’économie apicole 2012 sera aussi maussade que celle de nombre de producteurs de fruits de printemps. Après des ratages conséquents sur les élevages de reines, ils semblent désormais en bonne voie, et les reines nées dans les conditions apocalyptiques de ces dernières semaines ont pu être fécondées car tous les nucléis possèdent du couvain bien serré. A voir si elles le furent correctement.

De la pluie, toujours de la pluie

Je n’en mettrai pas ma main au feu, vu l’état de la Sécurité sociale, mais je ne me souviens pas d’avoir connu depuis 1/2 siècle un ratage semblable sur toutes les miellées de printemps. Pas une floraison n’aura permis une récolte. Certaines colonies possèdent deux hausses mais il fut pratiquement impossible de disposer de suffisamment de hausses pour extraire avant une miellée suivante, tout est mélangé, ce qui donne un miel toutes fleurs particulièrement gouteux.

Les colonies se sont bien développées au cours de l’hiver, celles qui furent sur 6 cadres au moins m’auront donner deux cadres pour démarrer des essaims avec des reines 2010, et elles auront produit 2 hausses à ce jour.

Par contre, celles qui furent sur 5 cadres et moins en mars n’auront plus évolué. Pas une goutte de miel dans les hausses, pas un cadre construit… Les populations ne furent jamais assez nombreuses pour récolter de grosses quantités de nectar les rares jours de soleil et de chaleur, car ces jours là pourtant tout le monde y allait et les reines pondaient, puis la pluie revenant tout se calmait, les abeilles mangeaient les réserves faites, les reines cessaient leur ponte. Les grosses populations engrangèrent plus que leurs besoins, les plus maigres juste de quoi survivre.

Aujourd’hui les cadres de couvain sont beaux, pas assez nombreux et la croissance des colonies fut quasi nulle. Sauf sur celles qui étaient déjà très populeuses en mars. On ne prêtera jamais assez d’attention à la notion de dynamique des populations, même si dans la pratique les apiculteurs expérimentés utilisent cette notion de manière totalement pragmatique et opérationnelle. Et pourtant nombre de professionnels se sont faits surprendre, début avril ils ont « tirés des cadres » pour faire des essaims artificiels, comme d’habitude, dans des colonies sur 5 ou 6 cadres et le froid qui suivit bloqua la dynamique de leurs colonies et aucune hausse n’est possible aujourd’hui. Reste donc à espérer pour la suite.

J’ai nourri mes essaims comme d’habitude tous les deux ou trois jours, malgré cela leur développement fut lent. On a sans doute perdu un mois environ par rapport aux autres années, c’est à dire un essaim supplémentaire par rapport aux productions des années antérieures. « Pour que ça cire faut que ça miele » est un dicton plus que vrai actuellement, la cire aura été construite à due concurrence du sirop apporté, pas moins de 10 l par ruchette à ce jour.

Les essaims naturels furent nombreux chez ceux qui n’ont pas pu surveiller leurs colonies, leur enlever les cellules de reines tous les 10 jours, leur ajouter des hausses, ni les affaiblir ou les diviser à temps. Mais, qu’ils se rassurent, chez les autres aussi il y eut des essaims ! Sans doute dans une moindre proportion, mais l’essaimage aura caractérisé cette année.

Aujourd’hui ceux qui se plaignaient d’avoir tout perdu car ils ne trouvaient presque plus d’abeilles dans leurs colonies et pas de couvain, sont rassurés le couvain a réapparu, les jeunes reines pondent. C’est le moment de les trouver et de les marquer, voir de les clipper. Mais pour accélérer la ponte, procéder à un nourrissement régulier de 2 à 3 l de sirop (50/50) par semaine, donné en une ou trois fois (plus on fractionne moins elles stockent et plus cela stimule la ponte et la production de cire). Le nombre des cadres construits et le volume de couvain souhaité atteint, l’apport sera plutôt un sirop concentré donné par nourrisseurs entiers. Le nourrisseur dégusté, on surveille le stockage et le volume de la ponte de la reine.
On pilote les apports de sirop entre concentré et léger selon l’évolution du rapport volume de couvain volume de miel stocké.

L’extraction

Il est temps d’espérer des séances de récoltes tout de même. La levée des hausses en trois temps reste une méthode tranquille pour amateur ayant un peu de temps. Mais dès que le volume des hausses arrive à être conséquent, et si le temps est compté, la levée en une seule opération est préférable.

La levée en trois temps

La veille du jour choisi, faire faire 1/2 tour aux hausses sur le corps cela casse les ponts de cire et le miel est mis à nu en cet endroit, les abeilles le lécheront rapidement séchant ces alvéoles surnuméraires. Une à deux heures plus tard, glisser sous la ou les hausses une plateau chasse abeilles. On fait basculer la hausse sur l’avant, largement entrebâillée, on y glisse le chasse abeilles, on repose la hausse, on re-positionne l’ensemble le mieux possible. Attention à bien surveiller les éventuelles fuites, les abeilles pourraient revenir par ces trous dans la hausse, voir la piller.
Le lendemain on procède à l’enlèvement des hausses. Elles sont presque vides d’abeilles, y restent les bourdons. Si beaucoup d’abeilles s’y trouvent c’est le signe de la présence de couvain, la colonie est faible, sans doute nous ne récoltons pas ces cadres, mais ceux que nous enlevons représentent le pillage par nos soins des réserves d’hiver, donc nos apports à venir et le candi hivernal s’imposeront à moins que l’on regroupe cette colonie avec une autre dotée d’une jeune reine et plus vigoureuse tout en étant insuffisamment forte pour donner l’année prochaine un bonne production.

En fin de compte on enfume très peu à chacune des opération, préservant ainsi le goût du miel.

La levée en un tournemain

Il faut disposer d’un souffleur à moteur assez puissant. Travailler avec des bouchons d’oreille ou des casques de protection est indispensable. Les abeilles ne sont pas sensibles au bruit par contre les décibels nous rendent sourds.
Un enfumage au bas de la ruche puis un peu sur la hausse, on la met sur le champ et on souffle les abeilles entre chacun des cadres, un aide balaie à la sortie, les abeilles sont jetées dans l’herbe au loin ou tournoient dans le ciel. Rapidement la hausse est vide d’abeilles, on la pose sur un support propre et on la couvre d’une toile lestée pour éviter le retour des abeilles.
Les abeilles sont étourdies et ne sont plus agressives, la récolte se fait dans un calme assez relatif. Seul inconvénient, on risque de chasser la reine qui se trouverait par hasard dans la hausse et la jeter dans l’herbe, elle ne sera sans doute pas en capacité de revenir à la ruche et on provoque des orphelinages. Mais si on travaille avec des grilles à reines ou si les hausses sont bien pleines, le risque d’y trouver la reine y est nul.
Certes ce n’est pas une technique à utiliser en ville.
Cette méthode a ma préférence tant le confort et la simplicités sont grands. Et surtout on ne risque pas de donner au miel un gout de fumé, on en a déjà assez avec le saumon !

Quelques précautions à se rappeler

 

  • le local doit être propre, dépoussiéré, le sol au moins lavé à l’eau de javel, tout le matériel également. La veille je fais bruler un morceau de mèche soufrée dans la maturateur et un autre dans l’extracteur, suspendu par un fil de fer dans une boite de conserve, la désinfection de ces matériels est absolue.
  • – les opérateurs devront être équipés de bottes ou chaussures parfaitement propres de préférence dédiées à cet usage.
  • – ils doivent porter un sarrau ou un tablier propre.
  • – un lavage soigneux des mains doit être une règle absolue. Fiche OMS sur le lavage des mains http://www.europeantissue.com/home/pages-en-francais-2/hygiene-fr/commentselaveretsesecherlesmainsrecommandationsdelorganisationmondialedelasanteomswho/?gclid=CKLL4uKcxLACFUIOfAodenmmXA
  • – utiliser des solutions hydroalcooliques est parfaitement possible.
  • – porter des gants à usage unique est préférable, mais n’exonère en rien d’un lavage des mains très soigneux défini ci dessus.
  • – les chiens et autres animaux sont exclus de cet endroit comme y fumer y est interdit.
  • – l’eau doit y être accessible pour rincer les outils, les mains.
  • – les hausses pleines seront entreposées en un endroit différent de celui des hausses vides, le chemin conduisant de l’extracteur au maturateur ne devra pas croiser celui des hausses vers l’extracteur.
  • – Les matériels seront en matériaux alimentaires : verre, inox, matière plastique de qualité alimentaire sont autorisés. Les fer blanc, aluminium, zinc, galvanisé et autres métaux bruts sont interdits.
  • – les matériels seront séchés avant usage
  • – le local sera parfaitement clos à l’abri de la rentrée des abeilles, bien ventilé mécaniquement car la chaleur va s’y accumuler. les abeilles tournoieront dans la cour toute la journée, attirées par l’odeur du miel, en conséquence les hausses vides ne seront sorties que le soir et remises sur leurs ruches pour la miellée suivante.
  • – Si on ne fait qu’une seule récolte, on peut remettre les hausses à lécher quelques heures sur les ruches, ne jamais faire lécher en plein air c’est une source de contamination par des abeilles malades. Mais le léchage sur les colonies a l’inconvénient que si on en les retire pas dans les heures qui suivent elles recommencent à les remplir un tout petit peu.
    Il est simple ranger les hausses non léchées, avec le temps elles sécheront et les fourmis auront tôt fait de collecter le miel. Pour éviter la destruction des hausses par les teignes, le soir à la nuit tombée, on pose au sol, dehors, un corps de ruche vide, on y met une mèche soufrée enflammée, puis on empile les hausses aussi haut que les bras peuvent monter et on pose un toit plat en tôle par dessus.
    Le lendemain matin on range les hausse dans un endroit à l’abri des curiosités malsaines des abeilles et on répète l’opération 10 jours plus tard. En principe cela suffit, toutes les larves possibles de teignes sont écloses et tuées par l’oxyde de soufre. Cet oxyde a également des vertus bactéricides et fongicides.

Les matériels

L’extracteur sera radiaire pour contenir le plus de cadres possibles, ils sont placés dans le sens des rayons de la cage de l’extracteur. Il sera tangentiel c’est à dire que les cadres sont placés le long de la circonférence de la cage.
Les radiaires s’utilisent pour les cades de grande taille, cadres de corps, pour les Warré, pour les miels très visqueux.
Pour les Warré, des grilles spéciales permettent de les placer en position tangentielle dans des cages « radiaires », seul inconvénient on doit les retourner pour extraie une face après l’autre.
Principe de base, faire tourner pas très rapidement et surtout tourner longtemps. Le miel sera d’autant mieux extrait qui le sera dans les heurs qui suivent la levée des hausses, le miel est à plus de 20°c et il est très fluide, 24 h plus tard il est plus visqueux.
A la sortie de l’extracteur, le miel sera filtré dans une étamine en nylon assez fine et bien sanglée autour du tonneau, elle peut être surmontée d’un filtre inox à grosses mailles pour retenir les morceaux de cire les plus importants.
Lorsque les filtre sont colmatés, les rincer à l’eau tiède pour les évacuer rapidement et bien sécher le matériel pour son utilisation.

Pour un amateur la teneur en eau doit être inférieure à 18% ce qui est acquis par des cadres bien operculés à 80%, à ce taux le miel ne fermente jamais. La réglementation autorise la limite de 20% pour la vente au public, exception pour le miel de callune qui peut être à 23% et le miel destiné à l’industrie qui peut contenir 25% d’eau. Mais ces limites à ne pas dépasser doivent être alors mesurées avec un réfractomètre pour sirop étalonné en Brix sur la fourchette de 58 à 90°. Certains réfractomètres beaucoup plus onéreux que les modèles basiques comportent une échelle pour le miel. Cf l’article du Cari de 2008 sur les réfractomètre : http://www.cari.be/medias/abcie_articles/122_refractometre.pdf, qui donne une table de correspondance entre les degré Brix et le % d’eau.

Le maturateur est un lieu de décantation du miel, en aucun cas un moment de déshydratation, en un mois le miel sera assez décanté pour être mis en pots, mais on en peut éviter l’apparition d’une très fine pellicule de cire microscopique visible sur le col des pots en verre. La décantation du miel dure en réalité très longtemps.

Pour déshydrater des cadres de miel non operculés il faut avoir une pièce très propre dépoussiérée, lavée à la javel, puis chauffée à 25°c. On place les hausses les une sur les autres en pile et en quinconce posées sur des plateaux ventilés et disposant de ventilateurs plats à très gros débits de type ordinateurs et on fait tourner un déshumidificateur à moteur. On gagne environ 1% d’eau par 24 heures. Le taux acquis mesuré au réfractomère on procède à l’extraction. C’est la technique de certains gros producteurs qui cherchent à gagner du temps et des investissements sur la désoperculation.

Seule précaution à avoir à propos du maturateur, s’il est gros, c’est à dire que l’on ne peut le porte une fois plein sans engin de levage, prévoir :

  1. un support de très bonne stabilité,
  2. un emplacement où il ne gênera pas durant au moins un mois,
  3. un emplacement où la mise en pots sera possible; donc propre et à l’abri de la visite des abeilles,
  4. un emplacement où ni le chien ou le chat ne viendrait lécher le robinet, le renifler …
  5. sa hauteur sera fonction de la technique de mise en pots (debout face à un espace de placement des pots vides et des pots pleins, assis…).

Bon travail

Le miel de cette saison, mélange de tilleul, acacia, fleurs de printemps, n’est pas abondant mais chez nous il est superbe.

Jean RIONDET

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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