Juin la saison s’achève

Eh oui, avec trois bonnes semaines d’avance la saison a flamboyé dès la fin mars et  elle s’achève maintenant.  Quoi de plus naturel puisque les abeilles vivent en phase absolue avec leur environnement floral la durée de l’ensoleillement et la chaleur du temps.

Chez nous, dans la métropole lyonnaise, le colza qui pullule a été magnifique, les fruitiers l’ont rapidement accompagné et le miel fut ambré.
Manque de chance un petit coup de froid, de la pluie et l’acacia fut passablement compromis, rebelote avec le tilleul heureusement moins avec le châtaignier. La ronce a sauvé les meubles, beaucoup de fleurs et du pollen en masse. Au final une récolte moyenne sur le miel de printemps, aucun monofloral possible mais un mélange de parfums absolument extraordinaire.

Pour moi au 6 juin la saison apicole est achevée.

Mais tous ne furent pas logés à la même enseigne, à 30 km de là, chaque miellée fut productrice, les acacias ont pu donner une assez belle récolte, les tilleuls, les châtaigniers également; au final un rendement plus qu’intéressant. On verra ce que l’été donnera.

Les zones où l’avance des floraisons s’est fait sentir au plus fort ont été les plus pénalisées, les ruchers plus en altitude, en lieux plus froids ont eu moins à subir les périodes classiques de pluie et fraicheur du début de mai. C’est un point à examiner pour ceux qui souhaitent faire de l’apiculture un revenu complémentaire.

A propos des incidences météo, j’observe avec intérêt les différences de comportement entre les abeilles de race Buckfast et les abeilles de race Carnica. La Buck est une race prolifique qui ne cesse de se reproduire tant que la ressource alimentaire rentre, au détriment des réserves. La Carnica possède un instinct d’amassage qui m’apparait plus important et constitue des couronnes de miel autour du couvain, laissant de moins en moins de place au couvain au fil des restrictions florales.

Un jeune collègue professionnel n’a eu nul besoin de nourrir ses colonies en 2019 en cette même époque ses colonies ayant suffisamment de réserves. L’année au final fut très moyenne mais loin d’être nulle comme pour beaucoup d’entre nous. Dans le même temps avec mes Buc sur une zone de grandes culture elles criaient famine leurs rayon étaient secs. Cette année ayant acquis des Carnica, dans le même rucher elles ont de belles couronnes de miel autour du couvain alors que les autres sont en peine de ressource alimentaire. Pour autant les surfaces de couvain sont quasi équivalentes.

Des mesures plus précises mériteraient d’être faites, et sur la durée, pour confirmer la race la mieux adaptée aux circonstances météo présentes et aux changements climatiques.

Pour ceux qui transhument sur le sapin ou qui sont dans ces zones auront-ils ce miellat si recherché ? J’ai ouïe dire que le puceron qui pique les bourgeons du sapin est d’autant plus actif que sa population est en nombre. Sa démographie est régulée par un prédateur sensible au gel. Si la douceur de la morte saison ne s’accompagne de périodes suffisamment glaciales, le prédateur du puceron le consomme avant qu’il n’ait eu le temps de produire le miellat. Est-ce exact ?

Au rucher

Les floraisons s’achevant avec les dernières grandes miellées, sauf situation particulière, les récoltes à venir serviront à produire les stocks pour la morte saison des colonies. Le travail apicole sera centré sur le traitement anti varroa, la constitution des réserves et la production des abeilles d’hiver.

La récolte sera faite de préférence avant la fin totale des miellées pour que les butineuses étant aux champs, le temps de la levée des hausses ne soit pas source d’agressions multiples.

La première des choses à faire est de retirer les cadres vides ou peu remplis c’est à dire sur le 1/4 de leur hauteur ceci afin de laisser aux futures arrivées de nectar un espace le plus restreint possible de sorte que les abeilles stockeront en dessous des réserves déjà accumulées, on ajoutera des rayons lorsque ceux de miel exclusivement seront saturés.

L’objectif étant de faire remplir au plus de leur hauteur possible les rayons de miel afin de réduire l’espace de vie de la colonie pour augmenter au maximum la température interne, limiter les déperditions de chaleur et assurer à la grappe en cas de froid important des surfaces conséquents de miel limitant ainsi son déplacement dans la ruche.

Ensuite, mettre en œuvre les traitements, faire une application des médicaments à base d’Amitraz immédiatement et pour ceux qui récusent les molécules de synthèse, démarrer l’encagement des reines pour appliquer une préparation à base d’acide oxalique 21 jours plus tard puis répéter l’application 4 jours après.

L’utilisation de l’acide oxalique qui sera, nul doute, un médicament de référence, car les molécules de synthèse se trouveront soit avec une efficacité très amoindrie soit récusés réglementairement ou par choix des consommateurs. Même si cette évolution introduit des contraintes supplémentaires en apiculture, on ne peut que se réjouir d’une évolution assurant le maintient de l’image du miel pur produit de la nature.

Le varroa se développe durant la période de présence du couvain, il s’y trouve massivement. A partir de maintenant, la régression observée des surfaces de couvain  laisse les varroas présents sur les abeilles et leur durée de vie (90 jours) étant supérieure à celles des abeilles (45 jours au mieux à cette époque de l’année)  leur nombre augmente sur celles-ci. La prédation devient extrême et on observe des effondrement et mortalité de colonies en aout septembre. Pour limiter les dégâts on peut commencer par un traitement flash soit à l’acide oxalique soit avec des médicaments à base d’ huiles essentielles qui vont faire tomber une partie des acariens.

Puis la reine est encagée dans un espace accessible aux abeilles mais où elle ne peut pondre ou très peu et son couvain sera détruit. Au terme du confinement de 21 jours, la reine dans sa cage est retirée de la ruche, mise à l’abri et la colonie sera arrosée du médicament par dégouttement / aspersion.  L’ensemble des ruches traitées, les reines seront sorties de leurs cages et remises dans leurs colonies, puis 4 jours après un second passage d’acide par dégouttement sera effectué.

Il faut respecter cet intervalle de 4 jours pour d’une part s’assurer de la naissance des mâles dont la gestation est 72 h plus longue que celle des ouvrières, mais également pour accroitre la probabilité de toucher tous les varroas. Ainsi traité c’est une éradication quasi totale des varroas que l’on observe et le traitement sera répété une fois en absence naturelle de couvain entre novembre et décembre. En effet entre maintenant et la fin de l’année, la ré-infestation sera à l’œuvre par la dérive et les pillages. Opérer un comptage avant et après le traitement par la méthode du sucre glace ou d’un liquide alcoolisé avec un EasyCheck  permet de contrôler la qualité du traitement.

Nourrir

Enfin, il sera urgent de nourrir si besoin d’abord pour fournir l’ordinaire dans ces périodes de météo très changeante  et par la suite assurer  les réserves de la morte saison.

Nourrir en risque de famine  c’est un sirop 50/50 qui sera apporté.

Le nourrissement de stockage sera fait avec des sirops concentrés qui va épuiser les abeilles, il devra être court, réalisé avec des sucres de qualité et abondant.

Côté abeilles : la concentration d’une grande quantité de sirop fatigue l’organisme des abeilles, leur vieillissement est accéléré et va les faire disparaitre plus rapidment que normalement. Les plus jeunes des abeilles vont également participer à cette orgie, elles perdront leur capacité à produire de la gelée royale, elle ne pourront être les abeilles d’hiver qui assureront la prise de la ponte de la reine en fin de janvier. Pour protéger la production des abeilles d’hiver, le nourrissement doit être massif et sur une courte durée sur 2 ou 3 semaines. On apporte des nourrisseurs entiers de sirop concentré à 2/3 de sucre e 1/3 d’eau pour le sirop fait maison et à plus de 72% de sucre pour les sirops industriels.

La qualité des sucres tient à leur concentration en saccharose, glucose, fructose, maltose. C’est uniquement une question de digestibilité pour les abeilles. Les sucres simples fructose et glucose sont directement assimilés, le saccharose, sucre complexe, est parfaitement digéré par les abeilles puisqu’elles possèdent une enzyme qui le décompose en glucose fructose, par contre le maltose, autre sucre complexe souvent présent dans les sirops industriels, est moins rapidement décomposé par les abeilles ce qui est une consommation supplémentaire d’énergie et donc de vieillissent. En ce moment de l’année nous  avons intérêt à préserver la santé et la longévité des abeilles puisque les surfaces de couvain régressent.

Notre choix se porte donc sur les sucres blancs issus de betterave ou de canne. Plus ces sucres sont fins (glace sans amidon ou semoule) plus ils sont épurés et indemnes de pesticides, fongicides, sels minéraux apportés au cours des cultures. Nous avons constaté cela car après la période de confinement de la reine, les colonies arrivent à bâtir des cires neuves jusqu’en octobre alors qu’il est classique de dire qu’il ne peut y avoir des constructions passé le 14 juillet.

La seule précaution à prendre avec le nourrissement massif est de le faire après la reprise de la ponte de la reine pour avoir de bonnes surfaces de couvain fin aout et équilibrer le volume de miel par rapport au couvain pour que fin octobre on se trouve avec un nombre de cadres de miel de 1 à 2 supérieur à celui du couvain. Cela est variable selon les races d’abeilles. On en parlera le mois prochain.

 

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

13 résponses de Juin la saison s’achève

  1. Bonjour

    Pour l’encagement des reines et le traitement oxalique après 21 jours vous préconisez de sortir les cages avec les reines et les mettre à l’abri le temps du traitement.
    Que faites vous de ces reines encagées ?

    • La reine reste quelques minutes hors de la ruche, dans le couvre cadre nourrisseur le temps de faire les autres colonies et j’en profite aussi pour faire mes changements de reine en laissant la colonie orpheline 24h. Je change les reines chaque année, ça réduit le risque d’essaimage et ce sont deux opérations en une puisque la recherche de la reine toujours fastidieuse est faite pour l’encagement. L’absence de couvain fait que le contrôle de cellules royales naturelles n’a pas lieu.
      J Riondet

  2. Alain dit :

    Bonjour M. Riondet, je suis également sur Lyon. Est-il encore possible de réaliser des divisions ? Sur quoi se baser pour définir la limite pour réaliser les divisions ?
    Merci encore pour tout ce temps et connaissance partagée

    • Oui avec des reines d’élevage en ponte on peut en faire jusqu’en septembre.
      Le tout est d’avoir des colonies suffisamment populeuses pour que les essaims aient couvains et miel suffisants pour passer l’hiver.
      Un essaim sur 5 cadres passe très bien l’hiver.
      Mais pour avoir une bonne dynamique démographique en mars il faut plutôt 7 cadres.
      J. Riondet

  3. Emmanuel dit :

    Bonjour Jean,
    quand vous dites: »La première des choses à faire est de retirer les cadres vides ou peu remplis c’est à dire sur le 1/4 de leur hauteur  »
    que fait-on de des cadres peu remplis? peut-être qu’on les gardes au frais mais si on a pas cette possibilité?

    Cordialement

    Emmanuel

    • Soit on les fait piller à l’abri du voisinage, les abeilles les nettoieront du miel qui s’y trouve et on les garde comme des cadres de hausse à l’abri des fausse teignes, soit on a un coffre congélateur où on peut les mettre 48h pour détruire les œufs et larves des fausses teignes, puis on les enferme dans un vieux frigo ou un placard ou un coffre…
      J RIONDET

  4. Olivier dit :

    Bonjour Monsieur Riondet,

    Comme vous l’avez mentionné dans un de vos articles, la saison a commencé très tôt … et il est raisonnable de penser que varroa va se développer plus tôt que prévu … Ma dernière transhumance devrait se faire sur la callune en montagne et sans imaginer réduire à néant varroa je souhaite baisser fortement le seuil de l’acarien avant de transhumer, puis traiter à l’Amitraz après la dernière récolte. Un pb réside dans le fait que les colonies sont populeuses et qu’il y a tjs une hausse … pour contenir les abeilles durant le transport et pour limiter les trajets et les manipulations.

    1ère solution : chasser les abeilles dans le corps avant le transport, appliquer 1 dose d’acide formique qui va se diffuser durant le transport sous un nourrisseur à l’envers et remettre une hausse à l’arrivée (pas de temps d’attente, mais la pause de la hausse à l’arrivée doit poser pb !)

    2ième solution : la même chose en gardant la hausse ? (la hausse est vide de miel, hausse provenant de la dernière extraction)

    De mon point de vue, l’acide oxalique n’est ici pas adapté car trop de couvain dans les colonies. Les autres solutions ont des temps d’attente trop long ou les colonies ne contiennent pas dans le seul corps de ruche).

    Qu’en pensez vous ? Avez-vous éventuellement autre chose à me proposer ?

    Merci de votre éclairage,

    Très cordialement, Olivier, Hautes-Pyrénées

    • Dans la situation actuelle AF et AO sont équivalents dans la mesure où ce sont des traitements de courte durée.
      Personnellement je trouve que l’AF est à grand risque pour les colonies surtout l’été où les températures sont peu adaptées à cet acide. Vous pourriez faire un traitement au Varromed puisque, vu le délai, l’objectif est de faire baisser la pression sur les abeilles adultes.
      Depuis 2 ans je traite la moitié de mes ruchers avec de l’AO après encagement puis en nov / déc avec suppression de couvain de mâles au printemps. Il m’arrive entre deux miellées de faire un passage d’AO en dégouttement et je pense que ce sera ma pratique future.
      Dans mon coin au sud de Lyon, c’est plus la famine vu la pauvreté de la ressource alimentaire environnementale que varroa qui est mon souci aujourd’hui.
      J Riondet

  5. Bonjour Jean,
    Depuis que j’ai récupéré mes essaims, des questions me viennent :
    – on dit qu’il ne faut pas préparer le sirop nourrisseur trop de temps à l’avance, pourrais-tu me préciser ce délai : qqes heures, 2 jours ?
    A propos du sirop, j’ai découvert que 1 kg de sucre + 1 litre d’eau font non pas 2 kgs mais 1,800 kgs. Le sucre s’allège donc en se dissolvant !
    – pour le comptage des varroas, je couvre mon lange avec de la graisse à traire : dois-je juste le badigeonner légèrement ou en poser qqes millimètres ?
    D’avance merci !

    • Si l’eau est très propre le sirop 50/50 se conserve deux semaines sans problème, le sirop concentré se conserve à la température ambiante quasi indéfiniment.
      1k de sucre + 1 l d’eau font 1,8 l de sirop. Si j’ai écrit 1,8 k c’est une erreur car 1k + 1l d’eau par définition font 2 k.
      Badigeonner suffit c’est pour coller les varroas, pas les abeille.
      Si vous avez des fourmis mettez de la fleur de soufre aux pieds ou en pourtour de votre plaque pour les éloigner sinon elles mangent les varroas et votre comptage est faussé.
      J Riondet

  6. Emmanuel dit :

    Bonjour Jean,
    quand vous dites: »La première des choses à faire est de retirer les cadres vides ou peu remplis c’est à dire sur le 1/4 de leur hauteur »
    que fait-on de des cadres peu remplis? peut-être qu’on les gardes au frais mais si on a pas cette possibilité?

    Cordialement

    Emmanuel

    • Après les avoir soufrés ou les avoir pulvérisés au B401 (mais c’est un produit disponible qu’à l’étranger) les conserver dans des placards fermés à l’abri des teignes, des fourmis, des abeilles, des guêpes…
      J Riondet

  7. Sbr dit :

    Mr Jean, si il est dit que: »La seule précaution à prendre avec le nourrissement massif est de le faire après la reprise de la ponte de la reine… » alors quand se fait l’arrêt de la ponte avec l’abeille noire ? La reprise de la ponte se fait d’habitude en mars qu’elle est cette deuxième reprise ? Cet arrêt peut-on l’ignorer y a t il une technique ? Merci beaucoup

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