Mai 2007 Le mois des acacias

Les floraisons des fruitiers sont achevées, le colza également, dans le midi les cistes, les bruyères blanches et le thym font ronfler les colonies. Là où les acacias sont présents, il faut un peu de chance, la fleur demande 19°c pour s’ouvrir et de l’eau pour avoir du nectar. Qu’il y ait un beau soleil avec un ciel clair, c’est à dire des nuits froides et des journées sous la bise pour que les fleurs restent désespérément fermées. Que la chaleur soit là et que la sécheresse l’accompagne, les fleurs sont grandes ouvertes mais sans nectar… Mais cette année, pourquoi ne pas rêver

La récolte

Un hiver doux, des journées exceptionnellement chaudes, dès le mois de janvier, ont donné des colonies sur 8 cadres de couvain fin mars. A l’arrivée du colza ces colonies furent souvent en limite d’essaimage. Ce que certaines ont fait malgré une pose précoce des hausses. Ce miel à cristallisation rapide sera extrait au plus tôt. L’acacia arrivant il serait dommage de le voir cristalliser par un mélange avec le miel de colza. Cette année entre les fruitiers et le colza on dispose jusqu’à deux hausses Dadant fin avril. La récolte se fait avec l’aide d’amis, de voisins intéressés aux abeilles. Mais pour ne pas les décevoir soyez prudents, apporter à votre miellerie de fortune des hausses vides d’abeilles. La veille de la récolte posez des chasses abeilles. Apres un bon enfumage sous le couvre cadre et une minute d’attente après l’avoir refermé, on pose le chasse abeille entre les hausses et le corps, l’appareil coté corps puisque son principe est celui de l’entonnoir. Lors de la levée le lendemain matin, la hausse est quasiment vide d’abeilles, on y trouve des bourdons, mais très peu de butineuses. Le chasse abeille nous protégeant de la colonie, on peut sortir les cadres de la hausse sans enfumer et cadre par cadre en les balayant pour évacuer les derniers occupants. La récolte sentira moins la fumée. On réussit de la sorte des levées de miel sans envahir la maison d’abeilles promptes à piquer ceux qui mettent les doigts dessus. Le miel sera extrait l’après midi. Par temps chaud, il reste très liquide et l’extraction est facile. Il faut tourner relativement longtemps et pas vite, sous peine de fragiliser certains rayons déséquilibrés par le miel mal réparti entre leurs faces. Couvrir le carrelage de la cuisine ou de la buanderie de journaux en quantité évite bien des remarques sur les innombrables étoiles de cire et de propolis rapidement noires qui constellent le sol comme les chewing-gums sur les trottoirs de nos villes.

Nourrir ?

En principe non, le temps redevient durablement beau après les saints de glace, mais quoi que. Si l’environnement floral baisse, et que jusqu’aux châtaigniers de fin juin la région est pauvre en fleurs, il n’est pas inutile de redonner un petit coup de nourrissement début juin. Tout sera question de doigté pour apprécier les réserves ouvertes et éviter de produire du miel de betterave. Tous les essaims seront nourris, c’est une constante de l’élevage. Il n’y a aucun risque d’essaimage et il faut accompagner le développement de ces petites colonies indépendamment du temps pour qu’elles soient sur 5 cadres en octobre dotées de très fortes provisions. Elles passeront sûrement un excellent hiver sans notre intervention..

L’élevage

Mai est par excellence le mois de l’élevage. Les éleveurs chevronnés ont commencé début avril, dans ma région de Lyon les bourdons étaient déjà présents. Mi mars, j’ai pu faire une division d’une forte ruchette qui avait deux ou trois cellules de reines sur un cadre. La reine est en ponte depuis la semaine du 10 avril. Bien que très précoce, cet élevage naturel a réussi, preuve que des bourdons étaient déjà sexuellement mûrs. Pour élever, le point de repère à retenir est la surabondance de nourrices dont la ruche éleveuse doit disposer. Les diverses méthodes de starter consistent toutes à produire une situation d’essaim nu composé de nourrices. Parmi toutes les façons de procéder, voici une méthode bien adaptée aux amateurs. Dans la ruche choisie pour la reproduction et boostée depuis un mois au moins, on recherche la reine – c’est l’opération la plus difficile ! Une fois trouvée on la met dans une boite. Sur le corps on met une grille à reine, puis une hausse pleine de cadres vides. La reine est déposée sur ces cadres. Les abeilles viendront rapidement la nourrir et sa ponte reprendra dans la hausse. Ne pas hésiter à nourrir si la miellée était en berne. 7 jours plus tard, en milieu de matinée retirer cette hausse pleine d’abeilles et de couvain. La mettre sur un plateau de sol à l’écart dans le rucher. Nourrir. Retirer du corps deux cadres les plus vides possible. Mettre au centre entre des cadres de couvain les deux cadres d’élevage équipés de cupules sans larves à l’intérieur. Refermez jusqu’à 16 heures environ et reprendre ces cadres d’élevage. Aller chercher dans la hausse où se trouve la reine un cadre couvert de jeunes larves, il y en a beaucoup en principe. Faire le prélèvement des larves avec un pinceau poil de martre 3/0, prendre les plus petites des larves (moins de 36 heures d’âge), en général elle sont au ras des œufs. Puis remettre ces deux cadres d’élevage dans la ruche orpheline. Sevrée de reine depuis une semaine il n’y a plus aucune larve à élever. Les nourrices disponibles n’auront plus d’autre choix que les larves apportées par les cadres d’élevage. Dix jours plus tard, les cellules royales seront sur le point de naître. Dans la journée elles seront mises en condition pour naître.

Les nucléis

Les reines arrivant comment les utiliser ? Dans une ruchette ou une ruche partitionnée on met deux cadres de couvain avec leurs abeilles et on coince deux cellules de reines entre le sommet de ces cadres si on peut on ajoute un cadre de miel ou on nourrit. Ce procédé consomme beaucoup de cadres et oblige à démonter des ruches de production. Pour économiser les abeilles et faire élever avec les plus petites populations possibles, on utilisera des cadres de hausse. Soit on trouve dans les hausses des cadres contenant du couvain, soit on a prévu depuis l’an passé de faire élever une ou deux colonie sur deux hausses à partir d’un essaim naturel. On prend deux cadres de hausses avec couvain et abeilles dessus, puis un cadre de miel. On les met dans une hausse partitionnée ou dans une haussette, posées sur un plateau de sol ad hoc, cette petite population recevra deux cellules et sera éloignée dans un autre rucher pour éviter la désertion. Trois ou quatre jours plus tard on vérifie les naissances si une cellule est ouverte par le bas et l’opercule encore présente, la naissance est bien faite et récemment. La découpe de la cellule sur le bord et l’opercule en place, la reine a été tuée par une concurrente ou par les abeilles. Trois à quatre semaines plus tard on vérifie la ponte. Si la ponte est présente on cherche la reine et on la marque à la couleur de l’année, jaune pour 2007. Cet ensemble, reine et petite population, sera nourri régulièrement, des cadres bâtis seront ajoutés autant que de besoin, ces reines seront bonnes pour être utilisées en fin d’été ou en automne.

Et la suite ?

On peut recommencer une seconde tournée d’élevage dans la foulée. Mais attention, orphelines depuis une dizaine de jours, la colonie éleveuse devient agressive. En fin de cycle, on réunit la hausse où se trouve la reine avec sa population d’origine. Un peu de papier journal et on pose la hausse sur le corps de ruche. Le cours normal des choses reprend ses droits. Ce passage « à vide » pour la population du corps sera compensé par l’apport de la ponte de la reine qui n’aura cessé. Avec ce procédé, on perturbe peu la récolte à venir s’il en est encore question.

Ce procédé extrêmement simple permet aux apiculteurs amateurs de changer très régulièrement leurs reines des ruches de production, manière de maintenir une bonne productivité des colonies et mieux que de courir après des races hypothétiquement fécondes, il faut se rappeler que la jeunesse de la reine est le premier facteur de fécondité, loin devant tous les autres.

Jean Riondet est l’auteur de «Un rucher dans mon jardin », cours d’apiculture pratique CDRom en vente à l’UNAF.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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