Novembre 2011 l’hivernage est en place avec de grosses interrogations

Au 11 novembre j’avais l’habitude de greloter après la douceur relative du 1er novembre. Cette année, au 11 novembre j’ai ouvert des ruches et j’ai trouvé dans chacune plusieurs cadres couverts de couvain, jusqu’à 4 cadres bien garnis. Les abeilles rentraient du pollen, les réserves en miel étaient assez souvent au plus bas, le varroa est présent au maximum ! Attention à la casse des mois de février et mars !

Année vraiment curieuse

Oui l’année fut extraordinaire, en cette fin de saison, les sorghos mis en place pour capter l’azote du sol et servir d’engrais vert ont fleuri; les champs justes retournés après la moisson des tournesols ont vu des plants pousser et ils sont en fleurs aujourd’hui !
Certaines colonies sont avec des réserves de miel conséquentes, elles se sont mises en hivernage assez tôt et ont réduit leur espace de ponte, laissant les réserves intactes du fait de la diminution de leur population. Le varroa est aussi moins présent dans ces colonies.
Est-ce une année spéciale ou bien le début d’une période où le froid arrivera très tardivement, laissant aux colonies la possibilité de faire des couvains abondants et nécessairement tardifs ? Aurons nous en permanence du couvain l’hiver dans les colonies ?
C’est un changement complet de pratique apicole à laquelle nous assistons et qui ira bien au delà de nos savoir faire actuels.

Nos traitements anti varroas seront à revoir, car si est avéré l’adage « à 1000 varroas une colonie ne passe pas l’hiver », cette année on risque de connaître d’importantes mortalités hivernales.

Quelles précautions prendre ?

Ce sera la surveillance alimentaire. Du candi posé sur la tête des cadres, là où sont les abeilles et dès fin décembre des candis protéinés pour avoir un renouvellement rapide des colonies avec de jeunes abeilles aptes à succéder aux anciennes.
Sur le pain de candi largement ouvert, voir même totalement dégagé de son enveloppe plastique s’il n’est pas trop mou, on pose une bâche à bulle de jardin et le couvre cadre nourrisseur retourné dessus, une plaque de polystyrène et le toit en tôle. Tout bien calé et sans fuite cette isolation permet aux colonies même petites d’aller consommer ce candi maintenu tiède.
Mais cette isolation devra s’accompagner d’une ventilation basse efficace comme déjà indiqué les mois antérieurs, un plateau de sol grillagé, si le vent dominant fait craindre des turbulences qui refroidiraient le couvain au démarrage, on éloignera le corps par rapport au plateau de sol par une hausse vide de cadres.
Avec des plateaux de sol pleins, on écarte le corps du plateau par une cale de 5mm placée dans chaque angle.

Et pour le varroa ?

Sauf à mettre des cierges, il n’y a guère de solution en hiver. Le traitement à l’acide oxalique très en vogue à un moment nécessite une ordonnance d’un vétérinaire, une préparation faite par lui sur la base d’un acide de qualité officinale… pour avoir en prime des accidents sur la fécondité ou la survie des reines.
Un traitement sera à faire tôt en saison dès l’ouverture des ruches pour remettre des lanières dans les colonies sur le nid à couvain en formation, ou des produits à base de thymol si la chaleur est présente.

A propos des médicaments

Le journal Le Monde a publié dans son édition des 6 et 7 novembre dernier un papier faisant état de travaux américains sur les risques associés à l’usage de l’oxytétracycline, antibiotique interdit en apiculture en France, mais autorisé aux USA.
Il est démontré par ces travaux que l’antibiotique inhibe le mécanisme défenseur d’une famille de protéines présentes dans l’abeille, les MDR transporters (Multiple Drug Resistance Transporters) qui agissent en accélérant l’évacuation des produits chimiques absorbés par l’abeille. Inhibées, ces protéines n’agissent plus et l’insecte meurt intoxiqué par les produits qu’il ingère et qui lui sont nocifs.
Ce mécanisme bien connu chez les animaux n’avait jamais été testé chez les insectes. L’intérêt de cette étude tient à ce que l’analyse a porté sur deux acaricides très utilisés aux Amériques, le Coumaphos et le T-Fluvalinate. Après avoir consommé de l’oxytétracycline, les colonies traitées avec ces molécules ont dépéri voir disparu.
Ce qui laisse à penser que, dans les années à venir, nous seront confrontés à une suspicion voir à une suppression de l’usage de toutes les molécules de synthèse, tant leurs interactions avec d’autres produits chimiques ont des effets délétères sur nos colonies.
… avant de bénéficier des mêmes constatations avec les huiles essentielles !

Le vétérinaire Nicolas Vidal Naquet à propos de ces effets croisés préfère abandonner l’expression multifactorielles pour désigner l’ensemble des facteurs aux interactions délétère lui préférant l’effet domino. L’un engageant l’autre et ainsi de suite(http://www.apivet.eu/). Car si l’un disparait les effets de l’autre ne peuvent s’exprimer.

Que ferons nous face à Varroa ?

Pour autant la recherche ne reste pas inactive, depuis près de 20 ans des travaux concernant l’acide formique se développent. Une étude parue aux USA en 2006 synthétise l’état de la réflexion aujourd’hui. La méthode la plus adaptée serait la méthode « flash ». Une application durant 6 heures d’une concentration élevée d’acide formique dans la ruche que l’on répéterait jusqu’à 6 fois par an et autant de fois que l’on observe des infestations élevées de varroas.
Un protocole est en cours d’étude en France. Il demande une grande rigueur dans les conditions de mise en œuvre.Conditions de concentration, de température, de volume de la ruche…et il faut protéger tout autant l’apiculteur que les colonies. L’un comme l’autre peuvent être victimes de cet acide très dangereux.
Sans doute cette méthode « flash » si elle s’avérait pertinente serait le sauveur des apiculteurs travaillant en conduite biologique assez démunis actuellement face au varroa.

Pour les lecteurs de l’américain, les liens ci-dessous vous renvoient vers les deux articles originaux :

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0026796

http://www.wvu.edu/~agexten/varroa/FAFumigat.pdf

Jean RIONDET jean.riondet@gmail.com

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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