Octobre Après la chaleur et la sécheresse

partition reflechissante

partition réfléchissante

Depuis le mois de juin, chaque article mentionne le nourrissement. Les abeilles ont eu la dalle !

Ce début de mois avec fraicheur, pluie, soleil a calmé les ardeurs des abeilles. Car après une saison calamiteuse, les colonies bien nourries ont profité du retour des fleurs pour faire le plein. Nombre de ceux qui sont dans des régions où la renouée du japon fleurit, ont des corps bien remplis. Les abeilles s’en donnent à cœur joie, ce miel leur est excellent. Le lierre a également bien fourni notamment le pollen indispensable pour le redémarrage de la ponte de la reine vers la fin de janvier. Sans  doute d’autre plantes aussi mais comme tout apiculteur moyens je ne connais pas beaucoup la flore apicole de nos régions. Et pourtant en certains endroits du Sud Ouest des apiculteurs on remis les hausses !

Et pourtant nombreuses furent les désertions observées dans les ruches. De très forte colonies ayant même produit du miel se retrouvent vides d’abeilles, de couvain. Pas de cadavres. Et un dernier essaim le 18 octobre chez nous. Un très bel essaim. Pression excessive du varroa, maladies de type viroses, épuisement des colonies qui n’ont pu redémarrer avec le temps, fécondation ratée de reines … ?

La mise en hivernage

Le traitement antivarroa bien en place, ou à faire si ce sera à l’acide oxalique fin décembre, il faut préparer les colonies pour passer l’hiver. Le principe est simple : réduire le volume de la ruche pour concentrer la chaleur et placer des partitions ad hoc, contrôler les réserves et noter le poids des ruches.

Les colonies avec des plateaux de sol totalement ouverts seront soit réduits pour limiter les turbulences du vent qui refroidiraient la colonie qui, se regroupant sur le couvain fermé, abandonnerait le couvain ouvert. Ce couvain retrouvé mort le matin sur la planche d’envol est péjoratif sur la dynamique de la colonie.

Une solution est la pose d’une hausse vide sous le corps entre le plateau de sol et le corps. Cette « rehausse » limite les turbulences dans le bas de la ruche. Ceci est particulièrement important en hiver, à partir de fin janvier, lors de la reprise de la ponte de la reine

Nourrir au candi

Il deviendra nécessaire de nourrir au candi dès le mois de novembre les populations très peu fournies en réserves de miel. Poser un polyane épais sur le corps de la ruche, faire une ouverture au cutter là où sont les abeilles, poser dessus un pain de candi sans enveloppe, puis poser un second polyane ou une bâche à bulle, puis le couvre cadre nourrisseur mis à l’envers, puis l’isolant et le toit. Le tout bien bloqué, les abeilles auront de quoi survivre. Vérifier tous les mois l’état de consommation du candi en ajouter un pain chaque fois que le précédent est consommé ou très largement entamé.

Aethina tumida

Nouvelle inquiétante, Aethina tumida  été décelé en Calabre dans une région proche d’un port maritime depuis plusieurs mois, l’annonce officielle vient de tomber.  Ce petit coléoptère de la ruche pond ses œufs dans les ruches, ses larves consomment du miel, du pollen, du couvain pour se développer. La larve sort de la ruche et fait sa nymphose en terre, puis un petit coléoptère en sort. En un cycle de 30 à 80 jours selon les conditions environnementales, les générations se succèdent. Ce parasite se reproduit dans les ruches, dans le miel (les mielleries lui sont favorables) les agrumes sucrés bien mûrs…

Son arrivée en Italie serait probablement due à des agrumes ou plants d’agrumes importés, la Calabre est une zone propice à son développement car il requiert chaleur et humidité pour se reproduire. Sa venue en France suivra les mêmes voies plus les achats de paquets d’abeilles ou de reines en provenance de l’Italie.

Déclarer l’infestation dans vos colonies

Les services vétérinaires demandent impérativement que tout soupçon de sa présence lui soit signalé par des photos, des prélèvements de larves et de coléoptère conservés dans de l’alcool à 70°. On peut aussi congeler les insectes et larves pour les tuer mais leur conservation se fera dans de l’alcool.

C’est une parasitose à déclaration obligatoire.

Comment détecter sa présence, peu visible lors d’une faible infestation ? La détection se fait à l’aide d’une plaque de carton ondulé en plastique de 4 mm d’épaisseur (polypropylène alvéolé) posé sur le plateau de sol. Les abeille pourchassant les adultes, le petit coléoptère va s’y réfugier. En relevant régulièrement ces plaques ont peut les y trouver.

Tous ceux qui ont acheté des essaims en 2014 devront faire ce test car des milliers d’essaims ont été importés cette année comme les années antérieures.

Comment prévenir Aethina tumida ?

Penser que l’on puisse s’en prévenir est illusoire, les échanges d’abeilles sont tellement importants, les transhumances hivernales tellement pratiquées que sa diffusion sera très rapide.

Pour calmer l’inquiétude des mesures de précautions seront prises. les plus importantes seront la limitation des importations d’essaims et de paquets d’abeilles ce qui est en cours de mise en place. Les grands importateurs s’interdiront naturellement cette pratique de crainte d’être taxés d’avoir importé ce parasite.

La relance des essaims locaux sur lignées sélectionnées sera à l’ordre du jour.

Détecter la présence du petit coléoptère das les ruches, puis détruire les colonies faibles qui seront des foyers d’infection. Il faudra plus que jamais travailler sur des colonies populeuses, c’est à dire des colonies ayant une forte dynamique démographique et occupant au maximum l’espace de la ruche. Pour les petites colonies dynamiques, les mettre dans un espace restreint et élargir cet espace progressivement. En effet le petit coléoptère colonise une ruche comme la teigne. Une colonie qui maitrise son espace s’en est toujours défendue. Tant que leur nombre est limité, les abeilles les chassent. Pour aider les abeilles on mettra dans les ruches des pièges à coléoptères à basse de vinaigre de cidre où parait-il les parasites viendraient s’y noyer pourchassés par les abeilles.

Les mielleries seront surveillées, nettoyées, le miel mis en pots ou dans des  récipients bien clos, les hausses rapidement extraites, léchées et protégées par combustion de  mèches soufrées.

Est-ce une catastrophe ?

Nul ne peut prédire ce qui va se passer. Selon les chercheurs américains, ses conditions de reproduction ne sont pas parfaitement réunies sur toute l’Europe sauf exception comme la Calabre où la chaleur et l’irrigation forcenée créent des conditions favorables à son expansion.

Mais le froid hivernal, les zones avec des périodes sèches, ou une chaleur insuffisante lui sont défavorables. Aux USA la Floride est particulièrement infestée. Ailleurs sa prédation est plus limitée. Pour ces chercheurs son impact n’est pas pire que la teigne. James Ellis dit même abandonner ce champ de recherche qui n’est plus porteur… à voir ce que nous diront les chercheurs italiens et ceux de l’ANSES à Sophia Antipolis.

Pour les pessimistes c’est la fin de l’apiculture, pour ceux qui pensent l’avenir toujours ouvert c’est une contrainte de plus sans plus. Question de mentalité, de génération ou d’âge ?

Pour des images et une présentation détaillée se reporter à ce site de l’ANSES

http://plateforme-esa.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=439:infestation-par-aethina-tumida-petit-coleoptere-de-la-ruche-au-sud-de-litalie&catid=159:actualites-internationales-aethina-tumida&Itemid=328

Jean Riondet

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

Pas de réponse de Octobre Après la chaleur et la sécheresse

  1. eric dit :

    Bonjour, je voudrais resserer les lanieres apivar mais peut on encore ouvrir les ruches au risque de deranger la colonie? Merci.

    • jean dit :

      Oui une ouverture rapide un jour de soleil et sans vent même si la température est basse, ne dérange guère les colonies, car elles ne chauffent pas l’air de la ruche mais leur groupe, le couvain… Mais attention, ne sortez pas les cadres, allez vite et soyez certain qu’elles aient de la nourriture en abondance pour remonter leur température. Sinon metez leur un pain de candi sur la tête.
      Jean Riondet

  2. Brigitte dit :

    Bonjour,
    Merci pour tous vos conseils toujours très enrichissants.
    Vous proposez de mettre une hausse sous le corps pour le vent. Etant dans une région ventée j’y avais pensée en mettant la hausse sous le plancher, cela pose-t-il un problème ?
    Et en la mettant entre le corps et le plancher ne faut-il pas prévoir quelques éléments, et de quels types, servant d’échelles pour les abeilles ?
    Votre conseil sera maintenant pour la mise en hivernage prochain !
    Joyeuses fêtes !
    Brigitte

    • jean dit :

      Mettre une hausse sous le plancher revient à mettre une plaque de fermeture du plancher grillagé. A ce moment là préférez une telle plaque mais qui obturerait le plateau de sol aux 3/4.Pas besoin d’échelle ou d’ascenseur, elles volent dans cet espace vide et y construisent des rayons surnuméraires sous les cadres en bois souvent composés de cellules de bourdons ce qui permet de les couper une fois pondus et operculés ce qui limite la progression du varroa.
      JR

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