Octobre déjà là !

C’est vraiment l’automne qui arrive, de la pluie de la fraicheur et une dégringolade des rentrées de pollens et de nectar.

Mais encore de belles journées pour aller travailler dans les ruchers et les ruches.

Mettre les colonies en hivernage

Il s’agit de mettre les colonies en condition de vivre sans défaillance jusqu’en février, moment où la dynamique démographique des colonies doit repartir.

Plusieurs objectifs sont à envisager.

– Faire du miel au printemps suppose de disposer de grosse colonies à l’hivernage pour que les premières pontes de la reine soient très rapidement abondantes et que la récolte soit maximale. Il faut dans ce cas regrouper les colonies faibles avec la plus jeune des reines. Attention les colonies seront saines car 2 colonies malades font un hôpital pas une dream team.

– Disposer de jeunes reines tôt en saison dans des essaims hivernés pour développer des colonies de production qui seront au maximum de leur développement sur les miellées du milieu ou de fin de printemps et surtout pour les miellées de l’été, il faut pour cela hiverner des essaims sur au moins 4 cadres avec un bon ratio couvain /miel 1,5 couvain et le reste en miel et pollen. C’est une situation des plus habituelles.

– Disposer de jeunes reines sur des essaims trop petits pour en faire des ruches de production mais qui accueilleront des cadres de couvain lors des indispensables purges de couvain sur des colonies à risque d’essaimage. Cette solution permet d’avoir des essaims sur 5 ou 6 cadres dès avril ou les conduire pour disposer de belles colonies pour réaliser des essaims artificiels par la suite. Car ces colonies après avoir accueillis des cadres de couvain excédentaires seront à leur tout pourvoyeuses de cadres de couvain. A noter que sur des colonies de ce type, en les conduisant judicieusement on peut tirer au minimum 8 essaims dans l’année, si toutefois on peut démarrer tôt en saison.

Ce schéma est un peu théorique mais il cadre les possibilités. Les conditions d’un bon hivernage sont de disposer de jeunes abeilles en masse c’est à dire que les nourrissements liquides soient achevés dès maintenant et que les apports en sucre si nécessaires seront couverts par du candi pur sucre, non protéiné puisque la ponte de la reine devra cesser au plus tôt afin que les nourrices en puissance le restent jusqu’en février.

Le traitement anti varroa sera maintenu au moins jusqu’en janvier, avec les solutions d’acide oxalique on pourra traiter une fois par mois jusqu’à fin décembre. Lorsque le couvain a totalement disparu ce type de traitement est d’une efficacité totale.

Si les doses appliquées sont respectées les effets délétères de l’acide oxalique sur les abeilles sont limités. Tout en sachant qu’aucune médication est sans effet secondaire, le traitement à l’acide oxalique est toxique pour une fraction des abeilles. Mais ne pas traiter est pire tant que les colonies ne sauront se défendre naturellement contre ce parasite. A cause de la toxicité de ces traitements on conseille désormais d’opérer un changement de reine tous les 2 ans.

Comment hiverner une colonie ?

Le plus simple et économique est de faire l’hivernage dans une ruche ne bois, classique mais aménagée pour en faire une maison isolée.

  • Le plateau de sol sera fermé, isolé en dessous par 4cm de polystyrène
  • Sur le dessus des cadres placer une feuille d’XLMat, (le plus solide et le plus réfléchissant des isobulles).
  • Deux partitions encadreront tous les cadres de couvain
  • Puis le miel sera mis au-delà et une troisième partition réfléchissante fermera l’ensemble.
  • Sur le corps 4cm de polystyrène viendront compléter l’isolation au sommet. Cette isolation du sommet de la ruche serait a minima la plus importante car elle évite des condensations qui goutteraient du plafond sur la grappe entrainant une mort certaine des abeilles.

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Cet agencement préconisé par Marc Guillemain promoteur de Partitions Isolées Haute Performance (PIHPgm) permet de faire passer l’hiver à tout type de colonie y compris à des reines sur un seul cadre de couvain. Si les réserves de miel ne sont pas suffisantes, les apports de candi seront nécessaires tout en maintenant une isolation extrême. L’isolation par l’extérieur serait à privilégier mais les surépaisseurs rendent l’étanchéité du toit délicate.

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Les ruchettes en polystyrène sont très performantes, elles sont avec 6 cadres potentiellement et l’usage de 2 PIHP réduit la possibilité d’hiverner de gros essaims sur 6 cadres dans cet espace. Mais la conservation de la chaleur est telle en cet endroit que, lors de la reprise de ponte, les cadres sont couverts de couvain aux 4 coins, ce qui équivaut à 6 cadres avec couvain et miel. Il faut rapidement transvaser ces essaims dans des ruches. Les ruches de grande taille permettent tous les agencements possibles, mais limitent souvent la capacité de transhumer vu leur poids.

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Sur la photo,là où sont les abeilles se trouve le couvain. Les cadres de miel sont de l’autre côté de la partition, dans ce cas il n’y a que 2 cadres très pleins de miel, le couvain étant lui même entouré de nourriture à ce moment de l’année. Avec cet agencement toutes les abeilles se regroupent autour de la reine et la température y est le plus élevée possible.

On devra retrouver en mars le même volume d’abeilles voire de couvain dans cet espace.

Certaines lignées ont produit du couvain au lieu de produire des réserves de miel avec les belles rentrées de renouée du japon et du lierre. Il faut enfermer les quelques rares cadres ayant encore du couvain entre 2 PIHPgm et laisser faire. Le froid venant elles vont consommer du miel autour du couvain là où se trouve la reine puisque pour tenir la chaleur du couvain les chauffeuses vont consommer beaucoup de miel. L’espace ainsi libéré sera peut-être pondu tant que des journées seront belles et ensoleillées.

Dans les régions où la réglementation impose les semis de CIPAN (cultures intermédiaires pièges à nitrates) ces floraisons très tardives entretiennent des couvains non moins tardifs, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser ce n’est pas des plus utile pour les colonies semble-t-il. Les larves élevées à ce moment là ne le sont qu’avec un seul type de protéines ce qui est insuffisant pour développer des corps gras de qualité. L’idéal serait que les CIPAN soient broyés avant la floraison mais la réglementation impose les broyages dans quelques mois seulement. En conséquence on risque de se retrouver avec du couvain toute la morte saison, la consommation de miel sera élevée et la surveillance des colonies accrue. Autre inconvénient sera le maintien du varroa dans le couvain et le peu d’efficacité du traitement de décembre à l’acide oxalique. Soit il faut utiliser des lanières d’acaricides à base de molécules  de synthèse soit multiplier dès avril les traitements à l’acide oxalique comme préconisé avec le Varromed.

Nourrir ?

Oui si besoin, mais au candi seulement pas avec du sirop. Les colonies doivent impérativement conserver leurs abeilles nées entre fin septembre et fin octobre en repos. C’est à dire en ayant un minimum de couvain à élever et pas de concentration de sirop à opérer. Ces travaux les font vieillir et leurs glandes hypopharyngiennes et mandibulaires vieillissent. Elles deviennent incapables de produire de la gelée royale en quantité à partir de janvier /février pour relancer la ponte de la reine.

Le candi sera pur saccharose puisque l’absence de couvain ou le but de ne plus en avoir serait parasité par des apports de protéines végétales qui relanceraient la ponte de la reine. Le candi pur saccharose et de préférence fait à froid avec des sucres micronisés comme le Beefondant ou l’Apipuder, sera sans HMF, ce qui n’est pas le cas des candis cuits à chaud et acidifiés qui contiennent du HMF, toxique pour les abeilles.

Le candi sera posé sur la tête des cadres, sans l’enveloppe plastique (ce qui suppose de disposer de candi non gluant de sirop de glucose) recouvrir d’un film plastique débordant de la ruche pour pouvoir visiter sans déranger les abeilles. Poser par dessus un multicouche réfléchissant, en mettre deux épaisseurs sans les écraser, puis un couvre cadre nourrisseur en bois ou un cadre d’une hauteur d’une demie hausse, voire même poser une hausse puis placer un polystyrène de 4cm puis le toit.

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Trop d’isolation ? Non car l’abeille est née en Afrique et son métabolisme  s’est constitué dans ce contexte de température et si elle résiste chez nous dans le froid c’est au détriment de sa longévité et de ses réserves de miel. Le tronc d’arbre, son habitacle préféré possède une épaisseur isolante de bois de 10 à 25 cm et nous les faisons vivre dans nos caisses d’emballage de 25 mm d’épaisseur au mieux. Alors, tentons de compenser ces conditions environnementales déplorables en utilisant les matériaux modernes d’isolation comme le proposait dès 1948 le grand Alin Caillas dans son célèbre ouvrage d’apiculture « les méthodes d’apiculture à grand rendement » où il préconisait l’emploi de parois brillantes au sein de la ruche pour maintenir le couvain à haut niveau de chaleur. Cette thématique je la reprendrai régulièrement car elle contribue au bien être de abeilles, à la reconnaissance de la qualité de nos élevages et de notre compétence d’éleveur.

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Il avait également publié un petit opuscule de 17 pages en 1948 « Le calorifugeage des ruches » que j’ai pu consulter grâce à l’amabilité de la documentation de la Fédération Royale Provinciale Liégeoise d’Apiculture située au château de Tiff en Belgique.

https://www.frpla.be/services/bibliotheque

Voici le document du CARI sur le nourrissement hivernal

https://www.cari.be/medias/abcie_articles/163_fichelevage.pdf

Pour les passionnés de technologies numériques

https://www.mellisphera.com/

Un colloque en ligne : Lutter contre le frelon asiatique

8 et 9 novembre 2021

organisé par l’ITSAP -Institut de l’abeille et le MNH – Muséum national d’Histoire Naturelle

Le programme : https://urlz.fr/gEbv

S’inscrire : https://lnkd.in/gaJMc2nD

Et un en Allemagne

https://berufsimker.de/veranstaltungen/51-sueddeutsche-berufs-und-erwerbsimkertage/

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

9 résponses de Octobre déjà là !

  1. Hernandez dit :

    Merci…
    Je me suis inscrit à vos formations cette année et je n’ai pas pu les suivre (chui un papa tout seul)
    Je prie le bon dieu d y avoir accès cette année encore
    J ai pas d autres choix que de survivre avec un rucher d une centaine de colonies et j ai suis bien loin
    Très respectueusement
    Franck

  2. CHRISTIAN JANVIER dit :

    Bonjour JEAN

    J’ai du mal à comprendre comment les abeilles peuvent aller chercher le miel derrière la partition quand le grand froid se prolonge et que la grappe est bien compacte?

    • Au fil du temps, lorsque le couvain diminue, les abeilles non encore grappées vont rapatrier le miel du coté de la reine et du couvain qui reste. Puis lorsque le froid est intenses les abeilles consommeront le miel mis de leur côté. Si l’isolation est réussie, les ouvertures très réduites, la chaleur dans l’ensemble reste suffisamment élevée pour que les abeilles passent sous les partitions et aller chercher le miel de l’autre coté. C’est pour cela que le plateau de sol doit être très isolé. Ce mode d’organisation transforme la ruche en une bouteille thermos à l’envers.
      JR

  3. Nouvion dit :

    Bonjour Jean riondet
    J ai lu votre commentaire comme d habitude
    Mais n y a t il pas une erreur quand vous dites : cadres de couvain entouré « de couvain » mais plutôt de nourriture
    Cordialement

    • Merci Maurice pour cette lecture attentive qui m’a conduit à relire plus en détail le texte et à y apporter plusieurs modifications. J’ai retenu votre proposition « nourriture ».
      A très bientôt

  4. SYLVAIN DUHAMEL dit :

    Bonjour Jean,
    Cela fait un petit moment que je ne t’ai pas écrit 😉
    Je voulais revenir sur ta façon d’agir sur les ruches en période hivernal concernant l’isolation
    Ne trouves tu pas un peu exagéré cette isolation ? dans un premier temps nous n’avons plus les hivers que nous avions de 1900 à 1970 , bien entendu la météo n’est pas une science exact ! de plus nous venons tous de régions différentes. La sur isolation ne viendrait-elle pas perturbée nous amies les Abeilles ? toute cette modernité et ses isolants à base de pétrole ou autres , ne génère t’elle pas un disfonctionnement au sein de la grappe , tu vas me répondre des études ont été faites, quelles études, les Abeilles se sont expliquées ??
    Je suis dans le Pas de Calais, quelques fois nous avons des nuits très froides en hiver, mais pas un point à sur isoler les ruches !
    Je sais qu’il y a autant d’idées plus ou moins bonnes que d’apiculteurs
    Je reste septique sur la façon de procédé, bien entendu cela reste mon avis ( encore un de plus 😉 )
    Je voulais tout simplement te donner mon avis, bien entendu je suis toujours respectueux de ton travail
    Apicolement,
    Sylvain

    • Au fil des mois je développerai ces notions.
      Isoler très fortement les ruches c’est remettre les abeilles dans les conditions de leur habitacle préféré le tronc d’arbre creux.
      Le tronc d’arbre c’est une enveloppe de 10 à 25cm de bois nos ruches cubiques c’est 25 mm, c’est une étroite habitation où le miel est mis au sommet faisant tampon thermique, nos ruches c’est le miel mis à l’horizontal.
      Le tronc est un espace qui protège la chaleur produite par les abeilles et l’humidité nécessaire. L’œuf c’est près de 90% d’humidité, les larves 85%, les nymphes également à un taux élevé. Nous aérons les planchers et l’hygrométrie dans la ruche est celle de l’air ambiant parfois à 51%. Nous imposons aux abeilles un énorme travail de collecte d’eau, de consommation de miel pour chauffer, tout cela pour maintenir les paramètres température et hygrométrie au niveau ad hoc.
      Dans ta maison l’été pour y maintenir la fraicheur tu ouvres les fenêtres ? Alors pourquoi aérér les colonies ?
      Laissons les abeilles gérer les paramètres de leur confort en les mettant dans des ruches BBC !
      L’isolation des ruches économise en moyenne un cadre de miel pour l’hivernage. Pour les professionnels qui ont adopté la méthode ce sont des gains très conséquents en production, sur la longévité des abeilles et sur la réduction des situations pathologiques …
      Mais au delà de l’isolation des ruches, c’est une manière totalement renouvelée de conduire les ruches qui se profile.
      A suivre.

  5. Roland dit :

    Bonjour Jean
    Hier je suis allé voir ou en était la consommation de Candy dans mes ruches et surprise quand j ai ouvert les 3 ruches isolé par l’extérieur en plus des partitions et du plancher on consommé 1kg en 15jours alors que les 2 autres sans l’isolation extérieure seulemenut la moitié je ne comprends pas pourquoi ?
    Est ce qu’il y a plus de couvain dans les ruches isolé?est ce qu elles ont stocké si le Candy est trop humide (je fait mon Candy a froid avec du beefondant)
    En pesée arrière je suis entre 12et 13kilo
    Dans l’attente d’une réponse de votre part Je vous remercie pour tout vos précieux conseils
    Roland

    • Difficile de donner une réponse simple à une situation complexe. En effet la génétique des abeilles joue un rôle dans les quantités de couvain élevé les lignées de ligustica dt la Buck est héritière sont des abeilles de pays chauds qui élèvent tant que le nectar et le pollen rentrent. Même en absence de pollen elles élèvent soit en consommant les réserves internes soit en consommant leurs corps gras qui fournissent les protéines nécessaires pour le couvain. A l’inverse des noires ou des abeilles d’Europe centrale qui stockent dès que les conditions environnementales deviennent défavorables.
      Il y a aussi le fait que chaleur et humidité élevées dans les ruches isolées favorisent la prise du candi qui devient plus souple et liquide (le sucre est très hygroscopique). Il y a aussi les surfaces de couvain présentes au moment de la pose du candi, plus au chaud, les abeilles ont pu élever plus tardivement car devant moins chauffer elles disposent de plus d’énergie pour produire des gelées royales et donc faire pondre la reine.
      Élevés comme nous le sommes avec des aérations importantes pour éviter l’humidité, nous n’imaginons pas la dépense énergétique qui leur est imposée et la conséquence en terme de moindre survie, de moindre résistance aux maladie, de moindre capacité d’élevage de couvain…
      Si vous connaissez l’état des lieux de vos colonies avant hivernage vous devez supposer par la mesure des variations de leur poids si elles ont ou non encore des réserves auquel cas avec le froid qui arrive elles devraient stopper la ponte de la reine. Nourrir ne devient plus nécessaire.
      Le plus intéressant sera de savoir en mars quelles sont les colonies qui auront conservé le plus d’abeilles et quelles seront les surfaces de couvain.
      A suivre.

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