Pouvez-vous préciser la prévention de l’essaimage ?

Cher Collègue,


Comme beaucoup d’entre nous, je suis concerné par la prévention de l’essaimage et j’aimerais faire un essai cette année en appliquant votre méthode. Seulement, afin de ne pas commettre d’erreur au départ, puis-je vous demander quelques compléments d’informations ? En fait j’ai 3 choses à vous demander. 1) lorsque vous écrivez « mettre un cadre de couvain ouvert contenant des oeufs et un cadre de couvain fermé avec leurs abeilles dessus », s’agit-il de cadres de la ruche « à saigner » …? 2) Les 2 cadres de miel et pollen sont-ils pris eux aussi dans cette ruche …? 3) Que se passera-t-il si l’on n’a pas trouvé la reine et qu’elle soit introduite dans la ruchette du nouvel essaim…? D.M.

Bonjour,

Pour saigner une ruche ie empêcher d’essaimer une trop forte colonie, l’idée est de la vider de ses nourrices fauteuses d’élevage des reines tout en préservant le volume d’abeilles à terme pour que la récolte soit maximale.
Donc on prend 3 cadres de couvain dont 2 de la ruche à saigner avec leurs abeilles. Le 3° cadre n’est pas obligatoire, il permet seulement de renforcer l’essaim. Ce 3° cadre de couvain fermé peut être pris ailleurs mais sans abeilles dessus.

Les cadres de nourriture seront pris dans la souche (la ruche à saigner). Si on craint de trop l’affaiblir on ne prend qu’un seul cadre de nourriture mais on sera vigilant à nourrir régulièrement au sirop.
En période de grande floraison, les butineuses ramèneront rapidement le pollen nécessaire. Mais on peut aussi prendre dans une autre ruche forte un cadre contenant du pollen.

Le cadre de pollen est stratégique car il fournit le pain des abeilles, pollen stocké avec de la salive contenant des enzymes qui produisent en 10 jours une fermentation lactique (comme celle de la choucroute) qui rend le pollen digeste. Car, le pollen est difficile à assimiler par les abeilles.
Or, le pollen est indispensable pour la bonne fabrication des corps gras chez l’abeille, qui jouent le rôle du foie chez l’homme. Ce sont des régulateurs de la digestion et des diverses glandes nourrices, cirières, productrices de phéromones… L’abondance de ces corps gras fournit des abeilles résistantes, productrices de gelée royale et des gelées nourricières associées.

Une fois la ruchette constituée on secoue au-dessus les abeilles présentes sur les cadres de couvain de la souche. Mouiller avec un petit pulvérisateur, on perd moins d’abeilles nourrices. Les butineuses retourneront vers la souche.

Si la reine n’est pas marquée ou qu’on n’ait pu la trouver et qu’elle serait par mégarde dans l’essaim, la souche fera une nouvelle reine, elle n’essaimera probablement plus et fera sans doute peu de miel. D’où l’intérêt de marquer les reines. En cas d’hésitation pour les marquer s’entraîner sur des bourdons qui ne piquent pas comme la reine en ponte !

Cette méthode permet de bien éviter les essaims. En supprimant peu de cadres de couvain on préserve néanmoins la récolte car les abeilles à naître sont très nombreuses. Le paquet de nourrices enlevé est au final très modeste. Un cadre de couvain donne l’équivalent de 2,5 cadres d’abeilles. Rapidement, la colonie retrouvera des nourices en abondance.

Plus on enlève de cadres de couvain, plus la récolte en est amoindrie. Le compromis à réussir se situe entre la mobilisation d’un grand nombre de cadre pour asurer la qualité de l’essaim et la récolte de miel que l’on escompte.
Une ruchette sur 5 cadres de couvain et de miel passe parfaitment l’hiver. Donc pour avoir une ruchette sur 5 cadres en septembre, il faut constituer les essaims avec 2 cadres de couvain jusqu’en mai, 3 en juin et 4 en juillet. Comme toute règle la transgression est possible mais ces 2, 3, 4 cc constituent un point de repère.

Dernier élément pour réussir, ne donner aux essaims que des cadres bâtis.

Une manie

Avec la chaleur de janvier et février j’ai nourri au sirop liquide (250 ml x 4 fois) les colonies explosent.
J’ai fait en mars et avril, sur la plus forte des ruches, deux essaims artificiels avec reines issues de nucléis 2007 en lui prenant 2 cadres de couvain. Elle est aujourd’hui sur 6 cadres de couvain. J’escompte une bonne récolte tout en ayant eu 2 essaims. Je pense qu’elle n’essaimera pas.

Ma conduite des ruches

Voici, ma manière actuellement pour conduire mes ruches avec nos hivers doux et des printemps très moyens : je nourri au 14 juillet juste après la dernière récolte de 10 à 15 kg de sirop hyper concentré (type isomérase de blé).
Cela relance la ponte de la reine en juillet août, mois où elle devrait chuter très fortement. En septembre les abeilles sont très nombreuses, et en bonne santé. Car les abeilles qui ont transformé le sirop en miel sont mortes et ne survivent que des abeilles qui travailleront très peu ou pas du tout et qui seront de ce fait en bonne santé, avec des corps gras abondants.
Elles seront prètes à nourrir le couvain dès les premiers pollens.
Chez moi, les chèvrefeuilles arbustifs étaient en fleurs en janvier.

Je traite au thymol fin juillet puis avec des lanières en septembre.
Les colonies très puissantes ont un couvre cadre nourrisseur, les autres un couvre cadre avec un trou au centre. Je nourris au kilo de sucre en morceaux à partir de décembre ces ruches avec un couvre cadre percé.
Dés qu’un rayon de soleil fait sortir les abeilles je verse un à deux verres de sirop chaud sur les couvres cadres nourrisseurs (l’indicateur que c’est faisable est la présence d’abeilles sur le plateau car j’enlève la tôle ou la planche qui empêche le passage des abeilles). Le toit en tôle de ces ruches est doublé de polystyrène.

Puis en mars, sur toutes les ruches je mets du sirop dès qu’il y a un rayon de soleil. Sur celles avec un trou je mets de petits pots de confiture au bouchon percé de trous et je renverse ce pot sur le trou. Le sirop est directement accessible et bu en quelques heures. Je mets des cales à la hauteur des pots et des pierres dessus car les toits s’envolent. Peu importe les courants d’air si le temps n’est pas à la glace.

Toutes les populations explosent, il faut alors rapidement faire des essaims artificiels. Mais si les cellules de reines sont là, je fais immédiatement des divisions (technique de l’éventail de P. Jean-Prost)

Tous les ans j’élève des reines, pour remplacer en septembre toutes les reines de toutes les ruches. J’en garde un certain nombre en ruchettes et en nucléis pour travailler des essaims artificiels dès le mois de mars.
Ainsi je travaille toujours en production avec des reines nées et testées l’année précédente. Elles sont marquées de la couleur de leur année de naissance, ce qui me permet de constater des remérages dans 10 à 20 % des colonies.

Les ruchettes sont boostées comme les ruches dès que possible, elles sont soit divisées dès mars soit réunies avec des colonies faibles lors de la première visite de printemps. Ces colonies sont surveillées pour être divisées ou faires des essaims artificiels si elles menacent d ‘essaimer.

Les très bonnes années l’élevage artificiel commence dès le 1er avril, cette année ce ne sera pas avant le 15 mai.

Jean RIONDET

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

1 réponse de Pouvez-vous préciser la prévention de l’essaimage ?

  1. Cela fait un long moment que je n avais pas apprecie un billet de cette qualite !!!

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