Que faire en juin ?

Encore nourrir ? Dans un mois nous ferons produire les réserves pour l’hivernage …

Gardons espoir que nos colonies aient suffisamment de ressources « abeilles » pour collecter sur les floraisons de l’été. Tout espoir n’est pas perdu, encore eut-il fallu nourrir et en particulier avec des apports protéinés pour assurer une ponte suffisante qui assurent le renouvèlement du stock des butineuses. Nourrir aujourd’hui ne servira pas les récoltes, c’est trop tard. Et ce d’autant que les ronces commencent à fleurir chez moi, une ressource alimentaire arrive.

Les mouchoirs posés entre les corps et les hausses se sont révélés plus que nécessaires pour maintenir la chaleur sur le nid à couvain. Une question récurrente porte sur la taille des mouchoirs. Nous n’avons pas de réponse certaine, l’objectif est de renvoyer le rayonnement infra rouge sur le couvain et de réduire les courants de convection entre le corps et les hausses. Donc, en principe, plus importante est la surface de cette pièce de réfléchissant posées sur la tête des cadres de corps, plus la réduction de ces courants est assurée. Parfois cela ralentit de manière conséquente le passage des abeilles du corps vers les hausses, certaines lignées sont rétives face à la GR.

Sauf que dans cette période maudite, les abeilles n’avaient aucune raison de monter dans les hausses du fait de l’insuffisance des rentrés de nectar, les blocages de ponte n’ont cessé de libérer de l’espace en Chambre 1. La dynamique démographique des colonies s’est bloquée.

Alors qu’on aurait dû observer une CH1 bourrée de couvain, nectar et couvain ont cohabité, pas à la manière des colonies qui se mettent immédiatement en position d’hivernage avec de belles couronnes de miel autour du couvain mais dans une dispersion anarchique du couvain des rentrées de nectar. De miel operculé on en n’a pratiqumeent pas trouvé. Pour ceux qui eurent des hausses remplies au bon moment et qui n’ont pas extrait ce miel, il a été le plus souvent observé que la météo défavorable au butinage a conduit les abeilles à consommer le miel des hausses.


Cette période sera à retenir comme très instructive

  • Ceux dont les hausses (jusqu’à 2 ou 3) remplies de miel se sont vidées au cours de ces temps maussades auront pu constater les quantités énormes de miel consommé par les colonies. Les 300 kg de nectar collectés annuellement par les colonies annoncés par Jürgen Tautz dans son ouvrage « l’Étonnante Abeille » ne sont pas une blague, et les 2/3 aux 3/4 de cette collecte servent à chauffer. Le miel est un combustible avant d’être un aliment pour les abeilles. D’où notre passion pour la ruche RBC telle qu’imaginée et expérimentée par Marc Guillemain depuis 30 ans au moins, qui réduit fortement cette consommation.
  • De ce fait, ceux qui ont à la fois des ruches RBC et des ruches non RBC auront pu constater la différence phénoménale de consommation entre ces 2 types d’agencement des ruches
  • Ceux qui ont observé des ruptures de ponte suffisamment longues pour ne plus avoir du tout de couvain ont cru, pour nombre d’entre eux, que les reines étaient parties – essaimage ou disparition incompréhensible – auront appris que ce n’était dans la plupart des cas non pas un essaimage ou une disparition de la reine mais bien une cessation de ponte. Et pour ceux qui ont accepté d’attendre, ils ont vu revenir la ponte, donc même si trouver la reine leur était un exercice improbable, cette ponte a bien manifesté sa présence. Or, ce n’était pas une nouvelle reine puisqu’en cas d’essaimage cette année avec le mauvais temps, les fécondations puis la mise en ponte ont été retardées. Il aura fallu attendre plus d’un mois.
  • On aura pu en profiter pour traiter contre varroa avec des acides organiques (acide formique avec le Formic Pro ou acide oxalique avec une des spécialités du marché). Faire chuter massivement la pression de varroa en ces mois de disette ne peut qu’améliorer grandement l’état sanitaire des colonies qui, à nouveau traitées en juillet, seront en capacité de produire un stock important d’abeilles en bonne santé pour hiverner
  • Et il aura fallu nourrir ! Au sirop pour les affamées dont on découvre l’agressivité que le sirop calme aussitôt, au candi pour apporter du sucre en grosse quantité, au candi protéiné pour maintenir les pontes là où elles se révèlent trop faibles. Ces apports ne se substituent pas véritablement à la nature, mais c’est un pis-aller pour assurer le maintien de la ponte a minima et permettre le renouvellement de la population pour aborder les miellées de l’été en espérant faire un peu de miel pour ceux qui sont en ce moment à sec.

Organiser la rupture de ponte en juillet

Quelle que soit la situation en juillet et quels que furent les traitements antérieurs, la lutte contre varroa sera réitérée en juillet. Diverses solutions sont possibles pour lutter contre ce fléau, les méthodes les plus usitées sont celles à base de lanières à libération lente d’une molécule d’Amitraze ou de Tau fluvalinate. Ces solutions avec des molécules de synthèse sont en cours d’abandon progressif car leur moindre efficacité commence à poser problème. Les évaporations d’acide formique ou d’huiles essentielles sont trop aléatoires dans leurs résultats pour être des méthodes sûres de contrôle de cet acarien en cette période de grandes chaleurs qui produisent des dégagement trop forts et trop rapides des molécules.

Aussi la recommandation qui prévaut est de traiter l’été puis en automne en méthode flash avec de l’acide oxalique dont de nombreuses présentations sont disponibles. Pour qu’il soit le plus efficace possible, il est conseillé de provoquer une rupture de ponte par encagement de la reine ou sa mise à l’écart. En effet, ce traitement ne touche que les varroas adultes (dits phorétiques) les varroas en reproduction dans les cellules de couvain sont à l’abri du médicament. En présence de couvain ces traitements sont d’une efficacité très relative, ils permettent de faire baisser la pression du parasite sans toutefois assurer un niveau suffisamment faible de sa présence sur le long terme.

Le traitement en absence de couvain est indispensable à ce moment de l’année où la population des varroas culmine et engage la disparition des colonies.

Les dernières récoltes sont faites ou en cours, la réduction des surfaces de couvain est amorcée, ce sera le moment d’accélérer sa disparition pour opérer un traitement efficace puis permettre aux colonies de reconstruire une population indemne des maladies liées à ce parasite, notamment les viroses.

Le traitement terminé la surveillance des colonies portera sur la relance de la ponte de la reine et la constitution des réserves pour la morte saison.

Il est temps d’y réfléchir et de s’organiser.

Encager les reines

Pour l’encagement des reines diverse solutions sont possibles des cages très petite taille ou au contraire de très grandes au format quasiment d’un cadre de corps. Il en existe de multiples modèles, les plus citées sont la cage de Scalvini ou Menna, mais on peut faire soi même des cages avec de la grille à reine et un cadre de hausse non bâti. Certains modèles permettent à la reine de continuer à pondre ou l’en empêche totalement. Aucune solution n’est parfaite soit à cause du coût, soit par les accidents sur les reines qui ne reprennent pas leur ponte ou se font démolir lors du décagement ou encore les abeilles auront élevé une nouvelle reine.

Ces évènements sot rares heureusement et pour les compenser certains apiculteurs choisissent ce moment pour renouveler leurs reines.

Cette opération peut être faite juste avant les miellées de l’été, ce qui améliore les collectes de nectar puisque peu à peu le couvain disparaissant le travail de nourrissage se réduit et davantage d’abeilles peuvent devenir des butineuses.

Les cages sont placées entre 2 cadres de couvain, à mi hauteur, la reine y étant introduite avec précaution car toute blessure aux pattes en particulier lui serait fatale. Avec les ruches équipées de bandes lisses, on peut commodément régler l’espace entre la cage et les rayons voisins de manière à assurer un passage aisé pour les abeilles qui entreront dans la cage rejoindre la reine. Avec les crémaillères, les cages de grand format qui occupent l’espace d’un cadre sont plus commodes.

Petite précision pour que la fabrication maison soit adaptée aux ruches équipées de crémaillères, il faut veiller à ce que la cage avec ses grilles ou fond n’excède pas 25mm d’épaisseur sinon le passage des abeilles pour accéder à la reine risque d’être insuffisant et les reines peu visitées pourraient ne pas être reconnues lors de leur décagement. Jean Noel Humbert dans sa vidéo lors de la journée technique de janvier 2021 de la FNOSAD a détaillé la fabrication de ses cages grand format (la vidéo est accessible dans le programme de la journée).

https://fnosad-lsa.fr/formations-fiches-pratiques/replay-video

Au terme des 21 jours d’encagement ne restent plus que des cellules de mâles, soit elles sont peu nombreuses et on les détruit avec une herse à désoperculer soit on attend 4 jours de plus ce qui évite de développer des pratiques apicoles destructrices.

On retire la cage et on fait un dégouttement dans chacune des ruelles où sont des abeilles de 5 ml d’une spécialité à base d’acide oxalique. On libère la reine puis on refait ce traitement 4 jours plus tard.

Ainsi déverminée, la colonie devrait être peu impactée par les acariens présents, malgré les ré-infestations qui ne manqueront de se produire. Un traitement à nouveau par dégouttement aura lieu lors de la rupture naturelle de couvain en fin d’année.

Mais il faut trouver les reines !

Ce que nombre d’entre nous ne savent ou ne peuvent faire.

Une solution existe en isolant la reine sans avoir besoin de la rechercher en sortant les cadres de couvain de la ruche où elle se trouve.

J’ai fait une vidéo sur cette méthode très simple à mettre en œuvre, parfaitement efficace.

Elle suppose d’avoir autant de corps de ruches en doublure du nombre des ruches à traiter, certes c’est un coût et il faut un lieu de stockage, qui peut être simplement dans le rucher, mais c’est aussi l’opportunité de faire chaque année un changement de corps pour les désinfecter.

Le principe est simple :

  • on secoue tous les cadres de la ruche pour les débarrasser de leurs abeilles,
  • ces cadres sont mis dans un autre corps
  • dans la ruche où se trouvent les abeilles et donc la reine on garde 2 cadres parmi les plus vieux et ayant un peu de couvain pour que s’y fixent des abeilles et la reine
  • sur ce corps on place une grille à reine
  • on y dépose la ruche avec le reste des cadres
  • des partitions PIHP (isolées réfléchissantes) réduisent les déperditions de chaleur

Les abeilles remontent s’occuper du couvain, entre 3 et 7 jours plus tard les abeilles du corps supérieur peuvent avoir développé des cellules royales que l’on détruira pour conserver la reine d’origine.

21 ou 25 jours plus tard on déplace le corps inférieur pour lui substituer le corps supérieur dans lequel on secoue les abeilles et donc la reine installées sur les 2 cadres.
Ces 2 cadres seront détruits. En effet, ils auront capté un maximum de femelles varroas et conserver ces cadres c’est s’assurer d’une ré-infestation rapide du rucher.

Le traitement avec une spécialité à base d’acide oxalique sera fait deux fois à quelques jours d’intervalle.

Quelle que soit la méthode, il est nécessaire de veiller à une bonne repris de la ponte par un petit nourrissement, un verre de sirop 50/50. Une fois peut suffire, sinon il faut répéter l’opération plusieurs jours de suite.

Les surfaces de couvain étant redevenues importantes, sur 3 ou 4 cadres en CH1, il est alors nécessaire de surveiller la constitution des stocks de miel pour l’hivernage, si besoin par apport de sirop dans les nourrisseurs couvre cadre remplis ras bord.

Transhumer sur la lavande

Pour ceux qui se livrent à cet exercice, une condition de la réussite parmi toutes celles nécessaires est d’avoir des colonies bourrées d’abeilles et de couvain fermé. Le truc consiste à récupérer dans diverses ruches des cadres de couvain fermé que l’on met dans les ruches qui partiront en transhumance. Cet échange de cadres entre colonies est sans dote efficace pour produire des bombes de butineuses, mais c’est aussi une manière tout aussi efficace de transmettre des maladies entre colonies.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

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