Au rucher
Un automne doux et un hiver en demi teinte font que les colonies bien nourries soit du fait d’abondantes réserves à l’automne soit par des apports fréquents de candi depuis décembre sont actuellement en plein développement.
J’ai ouvert une ruchette sur 6 cadres dimanche 10 mars, il y avait 3,5 cadres de couvain dont les 2/3 de couvain fermé, certes les cadres n’étaient pas totalement couverts de couvain mais la surface totale est impressionnante. Une grosse colonie sur 10 cadres, à l’ouverture occupait les 10 cadres y compris les parties externes des rives.
J’ai pesé toutes les 3 semaines les ruches et donné du candi dès décembre à celles qui étaient trop légères, pour l’instant seule une colonie semble avoir été dévastée par une musaraigne. Par contre, sur les nucléis j’aurai 30% de pertes sans doute dans la mesure où les populations furent trop faibles dans un espace trop grand. Ce sont ceux faits de cadres de hausses Dadant, les Warré même partitionnées en deux et Miniplus ont bien résisté
A cause du froid, le démarrage du colza semble tardif et certains craignent que sa floraison ne se superpose avec l’acacia dans notre région de Lyon.
Attention à la semaine froide qui vient. Du candi sera à apporter aux colonies car les réserves en miel sont faibles et si les surfaces de couvain sont grandes, les abeilles vont consommer un maximum de sucre pour tenir la chaleur. Le couvain exige 35°c et les abeilles en tétanisant leurs muscles dégagent 40° sur leur plaque ventrale du thorax. Autant les abeilles abandonnent rapidement le couvain ouvert dès l’arrivée d’un coup de froid, autant sur le couvain fermé elles y restent davantage et la consommation de sucre devient très importante.
En fait tout dépend des races, certaines très vigoureuses dès les premières chaleurs comme les Ligustica ou les Buckfast sont très sensibles aux fluctuations de début de saison et nécessitent une surveillance accrue. Elles ont très largement consommé leurs réserves. Ce sont celles qui, vu le retard sur les floraisons, risquent d’être trop populeuses avant l’arrivée des grandes floraisons. Les essaims seront au rendez vous. Les noires locales, les Carnica qui démarrent plus doucement sont moins à risque mais la surveillance du développement du couvain s’impose malgré tout.
Par précaution ceux qui ont un rucher suffisamment important pourront équilibrer les colonies en mettant toutes les ruches avec le même nombre de cadre de couvain en déplaçant des cadres de couvain fermé sans abeilles d’une ruche vers l’autre. Attention, cette manipulation comporte un risque sanitaire de transfert des maladies du couvain entre ruches.
Autre solution faire systématiquement des essaims artificiels sur les colonies repérées comme fortes, certains professionnels achètent des reines, le plus souvent d’importation, certains autres producteurs font passer l’hiver à des reines mises en nucléis de manière à être certain qu’avant l’arrivée massive des faux bourdons ces reines fécondées de l’an passé permettent des essaims précoces qui démarrent bien. En effet des essaims faits mi avril en laissant les abeilles élever une reine risquent des mauvaises fécondations si les populations sont insuffisantes ou si les faux bourdons sont insuffisamment nombreux ou le froid limitant la qualité de la migration des spermatozoïdes vers la spermathèque de la reine.
A l’atelier
Continuez à cirer des cadres car la surabondance des populations permettra sans doute de faire bâtir. Pouvoir renouveler 3 cadres de corps par ruche est une bonne prophylaxie.
Si vous avez déciré vos vieux cadres, n’oubliez pas de les faire bouillir 10 minutes au minimum dans une eau avec 30g/l de lessive St Marc. La loque est trop dangereuse pour prendre des risques. L’idéal est de brûler les vieux cadres et de travailler avec des neufs.
Info fiscale
Ayant été interpellé par un lecteur sur les déclarations de ruches au fisc, j’ai demandé aux services fiscaux quelles sont les ruches à déclarer. L’inspecteur vers lequel j’ai été orienté est spécialiste de la fiscalité agricole. Elle m’a précisé que l’on doit déclarer les ruches qui ont produit du miel l’année antérieure, donc les ruches d’élevage, celles de reproduction, les malades, les mortes en fin de saison qui n’ont rien produit ne font pas partie de la déclaration. C’est une déclaration faite sous la responsabilité de l’apiculteur. Il n’y a pas de textes spécifiques pour l’apiculture hormis que jusqu’à 10 ruches donnant du miel le fisc considère que c’est une production personnelle et qu’au delà de la 10ème ruche toutes sont à déclarer dès la première.
Par contre dans le champ de la responsabilité civile et pour les déclarations annuelles des ruchers, toutes les ruches et ruchettes sont à déclarer.
Bon travail
Jean RIONDET

4 commentaires
Bonjour,
je suis un petit apiculteur amateur avec quelques ruches. Je dispose de votre livre « l’apiculture au mois par mois » et je n’arrive pas à distinguer avec précision le rôle et conditions d’utilisation d’un nourissement à base de sirop ou à base de candi. Quand utilise-t-on l’un et pas l’autre selon les époques et pourquoi. C’est d’actualité avec un printemps particulièrement froid dans notre région angevine. les colonies souffrent…
Merci pour vos éclairages très documentés que je lis par ailleurs dans la revue « Abeilles et Fleurs ».
Mes remerciements pour vos éclairages et meilleures salutations
Bonjour,
La distinction est très simple, le candi se pose sur le trou des nourrisseurs ou directement sur la tête des cadres de manière à être au plus près des abeilles en période froide. Il est consommé comme le miel dans les rayons c’est à dire autant que de besoin mais pas plus. Par contre le sirop se donne en période chaude parce que froid, il paralyserait les abeilles qui soit n’iront pas le chercher soit en mourraient sur place tant elles ont peu de moyens pour produire de la chaleur. Donc le candi a été donné jusqu’en avril et depuis cette semaine on commence à donner dans les couvres cadres nourrisseurs du sirop tiédi pour qu’il soit pris au plus vite. Il nourrit, mais son abondance (1litre/colonie) accélère la ponte de la reine. Cette année démarre mal les retards sur le développement des colonies comme des floraisons pénalisera un peu la production mais surtout risque d’accroître le risque d’essaimage. Le développement des colonies n’étant plus en phase avec l’explosion des fleurs.
Bonjour Jean,
J’avais suivi avec beaucoup de plaisirs vos cours l’année dernière. Nous avons respecté à la lettre tous vos précieux conseils (du moins nous avons essayé..) et nos 2 ruches ont passé l’hiver, j’ai fait l’ouverture ce we, et les 2 ruches sont très populeuses (sur les 10cadres incluant les rives), avec 7 cadres de couvains fermés sur 1 (bekfast) et 6 cadres de couvains fermés sur l’autre avec des surfaces de couvain moindre d’ailleurs (carnica).
Bref je rebondis sur vos dernières phrases et commentaires de Mars : les réserves de miel sont effectivement épuisées sur les 2 ruches, j’ai commencé à nourrir au sirop 50/50 proteiné mais la question est donc quelle quantité à donner pour limiter le risque d’essaimage et sécuriser le développement de la colonie? devrions nous prélever au moins un cadre de couvains avec des nourrices sur chaque ruche pour limiter le risque ou simplement toutes les semaines faire une inspection exhaustive pour supprimer les cellules de reines?
Merci encore
Salutations,
Bruno
Bonjour,
Tant mieux si l’hiver s’est bien passé et que mes propositions se soient révélées efficaces.
Comme nous arrivons dans une période plus ensoleillée et fleurie, il faut nourrir pour les période froides environ 1/2 à 1l de sirop selon la force de al colonie. Il sera sans doute nécessaire de faire des essaims artificiels à partir de fin avril pour éviter des essaimages naturels, donc surveiller la construction de cellules royales. Dès que des bourdons apparaîtrons en masse donc dans deux semaines au minimum, (il leur faut 40 jours de l’œuf à leur pleine maturité sexuelle), vous pourrez prendre un ou deux cadres de couvain operculé avec toutes les abeilles dessus, un cadre contenant des œufs et donc du couvain très jeune, un cadre de miel, un cadre bâti à défaut une cire, secouer un ou deux cadres de couvain dessus en évitant d’y mettre la reine.
Placer cette ruchette dans un local totalement noir (ou dans une cave) durant une nuit, le jour suivant et à la nuit tombante, mettre la ruchette dans le rucher. Nourrir 1/2l de sirop 2xsemaine
On peut faire ce système avec une seule ruche ou prendre couvain et abeilles dans les deux ruches, mais pour éviter la bagarre, il faut parfumer tout le monde.
Bonne continuation.
Jean Riondet