Jeudi 3 septembre, prochain webinaire avec Damien Merit sur quelques questions à propos de la RBC dans la canicule et la mise en configuration des colonies pour l’hivernage. Ouverture 20h30, début de la soirée 20h45.
https://us02web.zoom.us/j/86217410296?pwd=FEGAS9eraVph8P71jIVrlSBZofo5bx.1
Question pratique
Comment introduire une reine pour en changer dans une colonie ?
Chaque auteur donne une indication différente, selon l’agressivité des abeilles à l’égard des étrangères.
1- Le plus simple, on orpheline une colonie et attendre 1 semaine pour qu’elles élèvent. On détruit les Cellules Royales Naturelles et on leur impose la nouvelle reine en posant la cagette de transport sur la tête des cadres. Le lendemain si beaucoup d’abeilles sont sur la cagette elle sera acceptée et on ouvrira la languette d’accès, les abeilles consommeront le candi et al reine sera libérée. Par précaution on attend une semaine avant de vérifier sa présence dans la colonie.
Si la cagette est désertée ou que les abeilles bouchent les trous de la cagette, il y a peut être une reine dans la maison ou une cellule royale. Rechercher ces fauteuses de troubles, les enlever et refaire l’opération le lendemain.
Laisser ou non les accompagnatrice est une question jamais tranchée.
2- Plus sûr en utilisant un cadre de couvain naissant. La reine est enfermée dans une cage plaquée sur le couvain sans accès pour les abeilles, qui ont juste la possibilité de nourrir la postulante à travers la grille.
Comme les rayons sont rarement plats, les abeilles pourraient rentrer sur un bord peu jointif, on comble ce défaut avec une pâte de rebouchage à séchage rapide.
3- Si c’est une reine très onéreuse, on la fait accepter dans un essaim sur 1 cadre avec ses abeilles, laissé sur le rucher pour que les butineuses retournent à leur souche. Une fois par semaine on lui apporte un cadre de couvain fermé sans abeilles pour renforcer cette petite population.
Cet essaim est constitué le jour de l’installation de la cage d’introduction de la reine.
Concrètement, dans une cage spéciale, on met 1 cadre de couvain naissant sans ses abeilles qui seront secouées dans la ruche ou ruchette. On secoue un cadre supplémentaire de nourrices . C’est aisé de mise en œuvre avec des abeilles qui tiennent le cadre, celles qui se sauvent à la moindre ouverture ne seront jamais assez nombreuses pour entretenir ce cadre de couvain.
Cette cage est de fabrication maison comme sur la photo ou adaptée à partir d’une cage d’isolement de la reine pour les traitements en absence de couvain. Cette cage du commerce sera complétée par une moustiquaire que l’on fixe à l’intérieur pour empêcher les abeilles de rentrer dans la cage. La reine y sera introduite et libérée 2 ou 3 jours plus tard lorsque on verra un groupe d’abeille sur la cage à l’endroit où la reine de trouve. Les jeunes abeilles nées entourant la reine, la défendront à la sortie du cadre.
Comment entrer cette reine dans la cage sans la voir partir dans les airs ? Tout simplement en trempant sa cage d’expédition dans un verre d’eau durant 3 secondes. Mouillées les abeilles et la reine ne pourront s’envoler avec leurs ailes collées à leur abdomen. La reine sera prise sans risque et introduite dans la cage.
Cette cage occupe l’espace de 3 cadres et les écarteurs de bas de cadre doivent être enlevés.
4- On peut aussi l’intégrer le jour du décagement de la reine, encagée depuis 21 jours pour le traitement contre le varroa en absence de couvain. La colonie n’est pas trop baignée des phéromones de la reine et l’acceptation de la nouvelle sera plus aisée. On l’introduit dans sa cagette qui sera ouverte côté candi 48h plus tard et le temps que les abeilles consomment le candi, les échanges entre la reine et la population de la colonie suffisent le plus souvent.
Mais aucune technique d’acceptation n’assure de réussite à 100%. Pour ma part la technique sur un cadre, longue à conduire, me donne les meilleurs résultats.
Et on ne peut oublier que la supersédure peut concerner jusqu’à 50% des introductions de reines, sans qu’on ne sache vraiment pourquoi.
Le Varroa ! encore et toujours
On peut voir arriver de nouvelle formulations de médicaments contre le varroa, on ne sort pas des molécules chimiques connues, rien de nouveau du côté des chimies de synthèse, les acides organiques restent toujours les meilleures solutions. Certes l’encagement des reines ou leur isolement, selon la méthode retenue, puis un traitement avec un médicament à base d’acide oxalique est la plus efficace des méthodes surtout si le traitmetn après l’encagement est suivi d’un second environ 5 jours plus tard. A noter que Veto Pharma vend désormais un Apibioxal sans sucre qui permet de l’utiliser soit en dégouttement dans un sirop 50/50 soit en sublimation.
Est-il trop tard pour traiter ?
Bien sûr que oui mais contre mauvaise fortune il n’est jamais trop tard pour tenter l’impossible. Trop tard parce que le varroa a atteint son pic de développement, que la ponte des reines chute et donc les varroas son davantage sur les abeilles que dans le couvain et épuisent les abeilles, diffusent les virus dont ils sont porteurs.
Mais ne pas traiter avec encagement et un médicament à l’acide oxalique qui est l’une des meilleures réponse technique, ou apporter des médicaments sous forme de lanières à diffusion lente conduisent irrémédiablement à des colonies porteuses de virus et affaiblies par la prédation des varroas en formation sur les larves et ceux présents sur les abeilles adultes. Les mortalités massives au cours de la morte saison sont là pour confirmer cette situation.
Je ne vais pas reprendre les méthodes d’encagement décrites le mois précédent, je vais ajouter une variante pour celles et ceux qui ne disposent pas d’un nombre suffisant de corps de ruches pour pratiquer l’isolement des reines sans les rechercher.
D’abord, on peut remplacer le corps utilisé transitoirement par 2 hausses superposées. On y secouera la colonie comme prévu sur seulement 1 cadre bâti entre 2 PIHP, vide ou sans couvain mais avec peu de miel pour que la ponte de la reine se poursuive.
Autre solution faire de même mais avec 1 seul hausse et 1 ou 2 cadres de hausses bâtis, vides, mis entre 2 Pihpettes. Cette solution est très faisable par tout le monde car qui dit production de miel dit possession de hausses !
Dès le 17° jour d’encagement on visite les colonies pour regarder ce qui reste comme cadres de couvain. S’il n’en reste qu’un seul on le supprime purement et simplement, on traite avec un sirop à base d’acide oxalique, Apibioxal, Oxybee ou Varromed, on libère la reine et on répète l’opération 4 ou 5 jours plus tard.
S’il reste très peu de couvain mais sur plusieurs cadres, on utilise une herse à désoperculer pour ouvrir les opercules on peut également coller dessus des bandes collantes d’épilation. Le couvain sera détruit et 24h plus tard on effectue le traitement.
Relancer la ponte
Par apports d’un verre chaque jour ou d’1/2l de sirop léger 2 fois / semaine (1kg de sucre et 2l d’eau) on simule une petite miellée, si le pollen rentre la ponte devrait se relancer rapidement sinon ajouter un pain de candi protéiné à 25%.
Changer la reine
Évidemment, on ouvre la cage de la reine pour la libérer.
C’est peut-être l’occasion de la changer si elle ne convient plus. Malgré les bons soins donnés aux colonies du rucher l’une n’a jamais bien fonctionné. Elle peut avoir fait son temps et être à l’âge du remplacement, elle est peut-être de mauvaise constitution ou malade… Voici quelques critères visuels qui pousseraient à la changer : la population est peu nombreuse par comparaison avec d’autres colonies, un couvain clairsemé, à l’organisation anarchique où se mêlent couvain de tous âges, pollen et miel, également la reine peut être âgée ce qui est connu avec les reines marquées de la couleur de leur année de naissance.
Un couvain normal est régulier, concentrique. Actuellement on peut trouver une alternance de couvain fermé et de couvain ouvert avec des œufs. Cette zone du couvain est entouré d’une couche de cellules vides puis de pollen et enfin de miel, cet agencement évite les trop fortes pertes de calories par conduction entre la zone d’élevage qui est à 35°c de moyenne entre 33 et 36°c. Comme nous sommes en période de régression de la ponte de la reine, si les conditions de butinage sont favorables, on voit se former une belle couronne de miel tout autour du couvain.
Si tout cela n’est pas en place un changement de reine s’imposera.
Achever les réserves hivernales
Pour assurer un bon hivernage on doit privilégier le miel comme ressource alimentaire pour les abeilles. Si possible on ne récolte maintenant qu’en cours de miellée de manière à ce que la fin de la miellée serve à créer ces réserves hivernales.
En ruche RBC la colonie peut se suffire de la couronne de miel dans les cadres de couvain de la CH1 au fil de la régression des surfaces de couvain. Mais il reste intéressant d’avoir du miel également en CH2. Les miellées de septembre et d’octobre devraient apporter ces ressources mais avec les canicules elles pourraient être insuffisantes.
On apporte un sirop de saccharose concentré de 2kg de sucre pour 1l d’eau si possible tiédi pour en faciliter la solution puisqu’on est à la limite de la solubilité du sucre dans l’eau. Ce sirop très appétant pour les abeilles peut provoquer des pillages, il est prudent de le distribuer le soir, dans des nourrisseurs couvre cadres bien étanches au niveau du toit. On le donne par nourrisseurs entiers, 1 ou 2 opérations devraient suffire.
Puis on laisse les colonies vivre leur vie de façon à ce que les abeilles à naître ne soient pas requises pour concentrer le sirop et devenir de vielles abeilles par le fait même. L’objectif est de laisser ces abeilles inactives pour qu’elles se gavent de la gelée royale apportée par leurs congénères à peine plus âgées mais en manque de couvain à élever. Sur-nourries en gelées royales et nourricières leurs corps gras se développent, ils serviront de réserve naturelle de protéines pour la relance de la ponte à partir du mois de janvier.
Ironie de la nature, la Renouée du Japon présentée comme une plante invasive, délétère, fournit à nos colonies une ressource alimentaire appréciable. La canicule l’aura-t-elle privée de nectar et de pollen ?
Publications à venir
Pour le congrès Européen d’apiculture qui se tiendra à Agen du 1er au 4 octobre 2026, la FNOSAD, Fédération Nationale des Organisations Sanitaires Apicoles Départementales, présentera deux ouvrages dont elle a assuré la traduction en français et en assurera la diffusion.
L’Interruption estivale du couvain pour améliorer la santé des colonies d’abeilles mellifères par Alexsandar UZUNOV, Martin Gabel, Ralph Büchler
Tropilaelaps à la porte de votre rucher – Tropilaelaps Mercedesae – Biologie, Pathologie, Détection et lutte par Maggie Gill, Alexsandar Uzunov, Irakli Janashia, Martin Kovacic
Le premier décrit divers protocoles de traitements contre le Varroa par des méthodes d’encagement avec utilisation de l’acide oxalique et une méthode sans utilisation d’aucun produit chimique par simple enlèvement successif de cadres de couvain operculé. L’intérêt de cet ouvrage est le détail des méthodes décrites et des cages à fabriquer soi-même.
Le second traite d’une menace liée à un parasite de type varroa mais qui se développe très rapidement dans le couvain et détruit les colonies en quelques mois. Similaire au varroa, ce parasite reste délicat à détecter. De tous les acaricides utilisés contre le varroa il semblerait que l’acide formique soit le seul efficace contre Tropilaelaps.
Comble de malchance les conditions de traitement des 2 parasites simultanément nécessitent une très grande rigueur dans le calendrier des interventions.
L’encagement ou l’isolement des reines serait la seule manière d’intervenir efficacement. Les lanières, de n’importe quelle molécule qu’elles soit imprégnées, sont inappropriées pour ce parasite vu qu’il est présent très peu de jours sur les abeilles. Il se réfugie immédiatement après l’émergence de la nouvelle abeille dans les cellules de couvain ouvert quitte à être aussi serré que dans le métro à 17h !
Dans cet ouvrage les auteurs donnent deux exemples de ruchers qui ont été très rapidement décimés.
– Dans un cas du fait de la négligence des apiculteurs, ce qui nous incite à la vigilance et à la rigueur.
– Dans l’autre cas un rucher dans un couvent où les religieuses n’ont jamais introduit d’abeilles de l’extérieur et, malgré cet isolement de fait, le rucher fut dévasté par l’acarien qui arriva sans doute par le vagabondage des mâles.
Ces deux exemples sont donnés pour attirer l’attention sur l’extrême dangerosité de ce parasite qui pourrait rapidement faire abandonner l’apiculture à nombre d’entre nous professionnels comme apiculteurs de loisir.
Seule une rupture de couvain permet de le mettre au jour pour détruire Tropilaelaps à l’acide formique.
Tropilaelaps est en Biélorussie donc aux portes de l’Europe c’est une des raisons de mon insistance sur la mise en œuvre des techniques d’encagement ou d’isolement des reines pour lutter contre le varroa. Habitués à l’utilisation de ces méthodes dans le traitement contre le varroa, nous serons mieux armés lors de l’arrivée de ce nouveau parasite destructeur des colonies et de l’apiculture chez nous.