Conseil apiculture septembre 2013
Il n’y a pas que l’auteur de ces lignes qui est en retard, la saison apicole également. Le tournesol a fleuri en août, alors que chez nous vers Lyon, au sud, c’est bouclé au 14 juillet. Cette seconde partie de la saison apicole sera meilleure que la première, mais les essaimages du printemps ont conduit bien de ces colonies à ne pouvoir être productives, les autres au contraire sont devenues riches en miel sur le tard. Elles sont toutes bien pleines d’abeilles et de couvain mais le miel fait souvent défaut dans les corps. Ce point sera à surveiller et nous obligera à de forts nourrissements.
La saison dans cette partie de la vallée du Rhône s’est poursuivie par des miellées de Metcalfa, ou dite également cicadelle, ce miellat mérite d’être récolté, d’une part il produit un miel très prisé dit Miel des forêts, d’autre part il est riche en sels minéraux peu digestes pour les abeilles. C’est à haut risque pour l’hivernage. La renouée du japon arrive, elle produit un excellent miel pour la morte saison des abeilles car son goût est peu amène et on ne le récolte pas en général, cependant elle produit curieusement un excellent mélange avec le Metcalfa.
Metcalfa pruinosa ou flatide pruineuse ou cicadelle blanche sur une branche de ronce dans mon rucher fin aout. Pour son cycle de vie et la production du miellat se reporter à la fiche ci dessous accessible sur Internet :
http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/AGR-a3.pdf
Le nourrissement des abeilles en septembre
La récolte faite, il faut nourrir immédiatement, d’autant plus que le retard pris nous donnera peu de temps avant l’arrivée du mauvais temps pour tout à la fois constituer des provisions suffisantes pour la morte saison et constituer le groupe des abeilles d’hiver capables de survivre jusqu’en mars.
Avant le nourrissement il faut resserrer les colonies en leur enlevant les cadres vides ou trop peu pleins de miel, tout au plus 10 cm au sommet des cadres. les enlever, placer une partition, stocker les cadres à l’abri des teignes.
Apporter des nourrisseurs entiers de sirop concentré 2/3 sucre 1/3 d’eau. on peut donner jusqu’à 15 k de sirop par colonie. Si le sirop est pris rapidement c’est bon signe, les colonies vont bien. Sinon elles sont à surveiller de près. pour rendre les sirops bas prix du commerce appétissants il faut ajouter un peu de miel, mais il faut s’assurer qu’il est issu de ruches non malades car il peut apporter des formes résistantes des agents infectieux. Or, l’augmentation de la pression des agents infectieux dans la colonie (Nosémose et loques en particulier) les transforment en agents pathogènes et les maladies apparaissent.
Pour lutter contre la Nosémose plusieurs recettes, ajouter par litre de sirop 50ml / l de vinaigre blanc ou de vinaigre de cidre, ou bien 5 ml d’une décoction de propolis dans de l’alcool, ou bien du Protofil, de l’Apiherb ou le nouveau Hive Alive de Veto Pharma ou bien d’autres compléments alimentaires. Ces produits commerciaux ne peuvent être présentés comme permettant de prévenir la Nosémose car ils entreraient dans la catégorie des « alicaments » (aliment médicament) et l’annonce de leurs vertus nécessiteraient des études aux protocoles aussi coûteux que pour les médicaments (code de la pharmacie oblige) et ces produits n’auraient plus aucun intérêt commercial vu la hausse de leur prix engendré par ces études. Donc sauf à conduire soi même les essais on ne peut en connaitre le meilleur rapport coût / efficacité. Leur efficacité est toutefois avérée.
Ces formules commerciales améliorent très sensiblement les conditions d’hivernage. Mais la lutte contre varroa est la première condition pour hiverner avec sérénité.
N.B. : Attention aux sucres employés, certains, pas chers, sont issus d’inversion d’amidon de blé ou de maïs, ils contiennent de forts taux de maltose, sucre semble-t-il assez peu digeste pour les abeilles (ce sont les premiers prix des sucres cristallisés dans les grandes surfaces et des sirops chez les fournisseurs apicoles). Les sucres de betteraves ou de canne sont des saccharoses bien adaptés aux abeilles. Les sirops spécialisés abeilles, plus pauvres en maltose et plus riches en fructose sont souvent deux fois plus cher. En donnant, une année, à des colonies uniquement du sucre de fructose j’ai fait construire jusqu’en octobre, le sirop basique ayant été seulement stocké … Certains apiculteurs récupèrent des sucres industriels réformés, parfois ce sont des lactoses, attention totalement indigestes.
Traitement varroa septembre
Varroa vivant des protéines de l’abeille, il lui enlève une partie de ses ressources pour vivre longtemps. Les mortalités en février / mars 2014 seront « normales » au sens où les abeilles seront arrivées en fin de vie. La combinaison des prédations de varroa avec les pesticides systémiques (travaux d’ l’INRA et du CNRS en Avignon et à Clermont Ferrand) booste le développement de la nosémose par exemple. Avec cette combinaison de facteurs, nous aurions de ce fait sans doute perdu 50 à 60 jours de survie hivernale par rapport aux années 1990. Les abeilles vivaient sans trop de difficulté jusqu’en avril, maintenant on ne peut guère espérer dépasser février. Aujourd’hui il nous faut améliorer cette situation et relancer la ponte des reines dès janvier par des apports de candi protéinés. Les abeilles arrivent à survivre, la ponte de la reine repart de manière anticipée, les colonies survivent. C’est un très gros travail qui se solde souvent si on n’y prend garde par des essaimages en avril mai car les colonies peuvent être trop fortes !
Les chimies les plus performantes sont celles à base de molécules de synthèse ! Ce n’est guère écolo, mais les alternatives ne sont pas encore validées en France, les acides en particulier sont dangereux à manipuler sans précautions et les protocoles pas encore très adaptés à nos conditions climatiques. Ce sont des traitements d’ambiance par évaporation qui sont sensibles aux températures, pression atmosphérique, hygrométrie. Ce sont sans doute des méthodes d’avenir mais pour l’heure la prudence veut que l’on en reste aux formules chimiques classiques. Par contre pour limiter les résidus (produits eux-mêmes ou leurs métabolites) dans les cires, il faut changer au plus vite les cadres de corps, 3 par an si possible, et ne pas recycler cette cire imprégnée de produits chimiques et des formes résistantes des maladies du couvain.
Les lanières agissent par contact, il faut les mettre dans le couvain et bien les descendre avec un fil de fer dans le couvain, elles agissent au contact des abeilles, il faut que le plus d’entre elles les touchent et celles qui ont des varroas sur le corps, donc les jeunes abeilles en particulier. Les AMM pour ces lanières ont été demandées pour des durées trop courtes, il faut doubler le temps de présence dans les colonies et au moins les laisser jusqu’à ce que le risque de pillage n’existe plus, les ré-infestations sont alors massives et annulent l’intérêt du traitement la colonie pilleuse rapportant les varroas de la colonie pillée.
La qualité du traitement antivarroa de 2013 détermine la santé des abeilles en 2014, pas seulement leur survie hivernale.
Jean Riondet
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9 commentaires
bonjour Monsieur,
je vais commencer le nourrissement sur mes ruches dadant 10 cadres; à votre avis quel poids faut il atteindre en pesée arrière pour qu’une ruche hiverne dans de bonnes conditions?
Merci et bon dimanche.
Bonjour, je lis votre blog avec intérêt moi qui ne suis qu’un petit amateur sans recul mais là je me permet de réagir à votre point vue sur le traitement aux acides organiques. Je m’y suis mis depuis 2ans et ça marche très bien, les suisses ont un protocole bien rodé depuis pas mal de temps, tant pour la plaine continentale que pour le climat montagnard.
Il n’est pas plus dangereux de manipuler ces acides que de l’eau de javel ou nombre de produits ménagers. Certes, des pécautions d’usages sont nécessaires: port de gants, travail sous le vent pour ne pas respirer d’effluves, surveillance des températures afin de ne pas « asphyxier » les abeilles. Ce traitement est sûrement plus violent pour nos reines, qu’il faudrait de toute manière changer tous les ans compte tenu des problèmes modernes en apiculture.
Bonjour,
Autant je n’ai jamais eu connaissance d’accident avec l’acide oxalique pour les opérateurs, autant pour l’acide formique j’ai des témoignages d’amateurs comme de professionnels ayant eu des accidents respiratoires, des brûlures aux mains… Sur un blog comme celui-ci je ne peux donner de conseils qui ne soient sûrs.
Réglementairement, l’acide oxalique est une substance classée vénéneuse de ce fait ne peut être employée sur les ruches que sur prescription vétérinaire dans la logique de la règle dite de la « cascade ». C’est à dire toute autre médication se révélant inappropriée, le vétérinaire a la possibilité de prescrire l’acide oxalique et doit appliquer ce produit lui même. C’est une préparation à préparer au moment de l’application à partir d’un acide oxalique de qualité pharmaceutique, c’est à dire jusqu’à 10 fois plus coûteux que celui vendu en droguerie pour traiter le bois…bref l’acide oxalique est très utilisé en bio en particulier, mais les conditions réglementaires de son emploi méritent attention.
C’est pour cela que je ne mentionne l’acide oxalique qu’exceptionnellement par crainte qu’un usage dans des conditions juridiques approximatives ne produise à terme une image dégradée des conditions de production du miel.
Ces deux acides, formique et oxaliques, seront sans doute un jour les seuls produits utilisables en apiculture. Nécessitant beaucoup plus de travail pour l’apiculteur que les molécules de synthèse, ils permettront cependant de conserver davantage l’image d’un miel pur produit de la nature tout en ayant une bonne efficacité contre varroa. Ce sont néanmoins des protocoles à performer et à maîtriser en sus d’une conduite adaptée aux caractéristiques biologiques des colonies de son rucher.
Cordialement
Jean RIONDERT
Pour un hiver sans casse il faut dépasser 20k en pesée arrière (>40 k au total). Pour contrôler le poids, visser une grosse vis dans l’arrière du plateau de sol pour y accrocher un peson au bout d’une chaine ou d’un câble. Lever l’arrière avec le peson, l’avant étant au bord du support, le poids affiché devra être supérieur à 20 k. En dessous nourrir jusqu’en octobre, en dessous de 14 k prévoir de réunir ou de supprimer la colonie, elle ne peut passer l’hiver, sauf si elle est populeuse et que la reine ponde sans arrêt, il faut alors prévoir d’apporter du candi protéiné dès mi décembre.
En fait le candi joue le même rôle que le miel, mais en moins performant, on en améliore l’efficacité par un apport de 3% de levure de bière lyophilisée ajoutée en la malaxant dans le candi remis à fondre vers 40°c.
Bonne suite
Jean Riondet
j’ai 4 ruches warré qui semblent très populeuse ,1 corps plein de miel mais sur aucune je ne trouve du couvain
les corps du bas sot pleins d’abeilles mais ni miel , ni couvain ; se pourrait-il que les abeilles d’hiver soient déjà nées ? ou qu’à cause de la secheresse de cet été les reines aient bloqué leur ponte
merci si vous avez une solution , je commence à être inquiète…….
Bonjour,
Je suis apiculteur amateur depuis peu et je suis un peu désemparé par la mortalité constatée récemment devant l’une de mes ruches avec, parmi les abeilles mortes, certaines encore vivantes mais aux mouvements lents et désordonnés. J’ai observé certaines d’entre elles et elles ne me paraissent pas difformes. Le froid arrivant, je n’ose pas ouvrir la ruche pour observer la vie à l’intérieur, sachant que ma dernière visite date de mi septembre lorsque j’ai installé les bandes anti varroa et tout avait l’air d’aller bien.
Que me conseillez vous ? Comment faire le diagnostic et quelles actions mener ?
Merci par avance
Bonjour,
En cas de suspicion pathologique grave, appeler le GDS apicole de votre département il est situé à la chambre d’agriculture. Un technicien sanitaire viendra faire un diagnostic et vous donnera les démarches à suivre. Plus son intervention est rapide davantage de réponses précises peuvent être apportées, en effet, la décomposition des abeilles est tellement rapide que les examens ne donnent plus guère d’informations passés quelques jours. On peut ouvrir avec des températures assez basses, de l’ordre d’une dizaine de degrés, mais il faut aller vite, ne pas craindre l’extrême agressivité des abeilles, et ne pas oublier de leur donner 1 litre de sirop tiède 50/50 pour les aider à remonter en température leur organisme et le couvain.
Actuellement je fais encore des changements de reines dans les colonies pour limiter les risques de supersédure. Les changements tardifs sont plus certains de réussir.
Cordialement
J RIONDET
Grand amateur d’apiculture, je souhaite m’intéresser un peu plus aux espèces exotiques. Pourriez vous me faire quelques propositions dans ce sens? Merci d’avance
Bonjour
Qu’appelez-vous espèces exotiques ? Car chez nous nous en mellifera nous n’avons que la mellifera mellifera. Il faut aller en Asie pour trouver des mellifera Dorsata, Cerana, Florea… à moins que vous ne pensiez aux milliers d’abeilles solitaires telles les Osmies ou abeilles maçonnes qui habitent les trou de murs chez nous.
Cordialement
jean Riondet