Avril 2008 En avril ne te découvres pas d’un fil ?

Après les tourments climatiques de Pâques, avril pourrait être beau et chaud. mais il a mal démaré. Et pourtant, les floraisons explosent, les colonies survivantes aux pressions de toutes sortes qui en affaiblissent la résistance connaissent un très fort développement. Des mortalités massives commencent à être imputées à des traitements « préventifs » en pulvérisation et à des semis de céréales enrobés de pesticides systémiques.

Construire des rayons pour piéger le varroa

Le mois dernier je conseillais de mettre deux cires gaufrées par ruche au minimum. Les mettre en rive de manière à ce que la ponte de la reine ne soit pas bloquée si elle s’étendait rapidement alors que la colonie ne peut encore construire.

Les constructions arriveront en fin de mois avec la surabondance des cirières. Aujourd’hui, sauf impossibilité, seuls les cadres bâtis sont à utiliser. La cire gaufrée sera rapprochée du nid à couvain après les Saints de glace en mai. Mais pour lutter contre le varroa une méthode, qui s’appuie sur la dynamique des populations, consiste à faire construire et pondre deux cires à mâles par colonie. Une fois ces cadres pondus et operculés, on les détruit. Les femelles varroa ayant une appétence particulière pour les larves de bourdons s’y rendent en masse. On détruit ainsi une proportion importante de reproductrices.

Mais dans la pratique il est difficile de faire construire ces deux cadres et de les voir pondus. Le plus souvent ils s’emplissent de miel puisque leur construction se fera au cours de la grande miellée. Ils ne seront utilisables que l’an prochain.

Un solution intermédiaire consiste à mettre deux cadres de hausse bâtis dans le colonie au plus près du nid à couvain, ainsi on ne bloque pas la ponte de la reine si besoin et lorsque les abeilles construiront, elles bâtiront sous le cadre un rayon qui sera prioritairement composé de cellules de bourdons. Ces rayons une fois operculés seront aisément détruits en les coupant sous le cadre de hausse. Mettre une punaise sur la tête de ces cadres permet de les repérer rapidement lors des visites de contrôle.

Le nourrissement

Bien que cette année le développement des colonies soit très rapide et le nourrissement spéculatif inutile, certains apiculteurs ne pourront s’empêcher d’asticoter leurs colonies. A cette époque de l’année on nourrit avec un sirop d’une spécialité apicole, ou fait sur la base de 1 kg de sucre pour 1,5 l d’eau, distribué par volume de 200 cm3, on surveille la prise et le stockage. Si la prise est rapide, en quelques heures, la colonie est en bon état. Une colonie orpheline se rend lentement aux urnes !

Si le stockage se fait, on arrête immédiatement l’apport, signe que l’environnement floral est producteur de nectar. Le risque d’essaimage sera très fort, il faut alors beaucoup surveiller. Deux indices doivent retenir notre attention : le temps car après une longue période de chaleur et une floraison ayant lancé la ponte, un coup de froid de quelques jours stoppe la ponte de la reine et annonce l’essaimage. Second indice qui découle de la situation précédente, la surface de couvain fermée doit être inférieure à celle du couvain ouvert. Lorsque ce rapport s’inverse, l’essaimage est fortement probable.

En dehors d’une passion pour le nourrissement, l’éleveur qui récuse cette pratique devra nourrir ses colonies d’élevage pour les amener à la limite de l’essaimage de manière à disposer des très nombreuses nourrices indispensables pour l’élevage.

Agrandir les colonies

Pour diminuer le risque d’essaimage l’agrandissement des colonies et une des réponses. Continuer à agrandir les colonies en plaçant au ras du nid à couvain et dans l’ordre : les cadres bâtis et les cires à bâtir.

Lorsque la colonie est populeuse, que les cirières sont abondantes (on le voit à la quantité de cire blanche qui apparaît au sommet des cadres) flanquer le nid à couvain de cadres cirés, n’ajouter ces cadres dans le nid à couvain que fin mai et en juin aux périodes les plus chaudes afin d’éviter un risque de refroidissement et donc de mort du couvain de part et d’autre de chacun de ces cadres. Ces cires agissent comme une barrière infranchissable par les abeilles en cas de refroidissement important la nuit.

Conseil : mettre des cadres bâtis en début de saison, ne mettre de cires à construire qu’après un bon développement des cirières et à l’arrivée massive des fleurs de pommiers, en mai la plus part du temps, car sur le colza, les pêchers et les abricotiers on est encore trop tôt dans le développement du couvain.

La pose des hausses

Un seul indice est à retenir, l’apparition de construction des cires blanche en sur-épaisseur au sommet des cadres de corps et qui s’emplissent de nectar. Ne pas s’inquiéter de la montée de la reine dans la hausse pour pondre, c’est fréquent sur la première grande miellée et souvent le signe qu’elle fut posée trop tôt, mettre une grille à reine n’a aucun effet, les abeilles laissent libre l’espace pour la ponte de la reine, celle ci claustrée en dessous et ayant froid réduit sa ponte.

On se reportera à l’excellente démonstration faite par Karl Pfefferle dans son manuel : « L’apiculture avec la ruche à hausses multiples » en vente à l’UNAF.

Certains proposent de limiter le refroidissement de la ruche en mettant un couvre cadre sans bords, ouvert en son centre d’un trou de 5 à 10 cm de diamètre. C’est une manipulation supplémentaire.

Cette année, il est presque certain que sur de très fortes ruches, proches de zones riches en colza, une hausse peut parfaitement être remplie de ce miel. Il faut l’extraire rapidement car il cristallise en une quinzaine de jours.

C’est un excellent miel, dont la très fine cristallisation est utilisée en le mélangeant à d’autres de façon à orienter la cristallisation vers celle du colza.

Dans les hausses on mettra quelques cadres cirés dispersés au milieu de cadres bâtis, uniquement dans un mois, pas avant ! Cela permet d’avoir des cadres de hausse d’avance et de remplacer les très vieux rayons. Les cadres de hausse vieillissent bien en général.

Faire des essaims artificiels

Toutes ces manipulations favorisent l’essaimage, s’il s’annonçait, alors produire des essaims artificiels devient un impératif. De nombreuses manières de faire sont possibles.

– On cherche à multiplier les colonies et on cherche à courir le moins de risques possibles, mais on sacrifie la récolte.

– Ou bien on vise à prévenir le risque de l’essaimage et on saigne les colonies trop populeuses. – Enfin on cherche à reproduire des reines et on limite le plus possible la taille des essaims à produire.


La méthode la plus sûre …

Sans rechercher la reine, par division simple, on met dans une ruche vide la moitié des cadres en répartissant également cadres de couvain, cadres contenant des cellules de reines et cadres de miel. On complète de cadre bâtis ou de cadres cirés, On prend soin d’encadrer les nouveaux nids à couvain de cadres de pollen et de cadres de miel pour autant que l’on en ait. On les laisse côte à côte. Au bout d’une à trois heures, une ruche bruisse si on la choque, les gardiennes sont agitées, elle est orpheline.
C’est en principe dans l’autre, plus calme, que se trouve la reine. On déplace alors cette ruche dans le rucher de quelques mètres afin de laisser la ruche supposée orpheline profiter des butineuses. On nourrit et on surveille l’évolution du couvain dans ces deux essaims. En principe, aucune de ces deux ruches ne pourra produire de miel la première année. Cette méthode est sans risque car le grand nombre de cadres de couvain dans les deux colonies assure la pérennité des populations.

…celle qui donne le plus d’essaims, un peu plus à risque. Dans la colonie souche on trouve de multiples cadres équipés de cellules de reines. On fait autant de colonies que l’on trouve de cadres équipées de cellules royales. Sans aller au-delà de 4. On constitue des essaims sur deux cadres en prenant soin de mettre chaque fois un cadre contenant des cellules de reines. On ajoute des cadres de miel, des cadres bâtis uniquement (ces essaims ne peuvent bâtir).

On dispose ces ruchettes en éventail à la place de la ruche d’origine et on nourrit régulièrement. L’idéal est de trouver la reine de la prendre sur un cadre avec un autre couvert d’abeilles pris dans une autre ruche, plus un cadre de miel et d’éloigner la ruchette la contenant à 3 km, le risque étant que les abeilles désertent leurs ruchettes pour aller rejoindre leur reine.

On dispose les ruchettes en éventail à l’emplacement de la ruche d’origine, de façon à ce que les butineuses se répartissent entre tous ces essaims artificiels.


Il faut absolument nourrir, ces essaims sont faibles et très sensibles aux variations de température. Cette méthode est largement décrite par P. Jean Prost dans son manuel d’apiculture, la bible apicole de langue française mise à jour par Yves Le Conte.

Faire des essaims avec des cellules d’élevage.

Dès l’apparition des cellules d’élevage et au moment de leur naissance on constituera des essaims sur 3 cadres en mai avec une ou deux cellules de reines mises entre deux cadres de couvain et un cadre de miel. Ces cadres peuvent être pris dans toutes les ruches. Récupérés avec leurs abeilles, ces cadres seront pulvérisés à l’eau parfumée pour brouiller les odeurs.

Prévenir l’essaimage

Il s’agit de saigner les colonies trop populeuses avant que les cellules royales naissantes ne soient habitées. La technique vise à faire chuter le volume de nourrices dans des proportions très importantes.

Dans une ruchette mettre un cadre de couvain ouvert contenant des œufs et un cadre de couvain fermé avec leurs abeilles dessus. Ajouter un cadre de couvain fermé sans abeille pris dans une autre ruche. Ajouter 2 cadres de miel et pollen. Secouer sur cette ruchette 5 cadres de couvain couverts de leurs abeilles pris dans la ruche à saigner. Si on a opéré doucement, les abeilles sur ces cadres sont massivement des nourrices.

Les abeilles de cet essaim élèveront une reine, on éloigne cette colonie orpheline de 3 km. La ruche souche ne saurait en principe essaimer et restera suffisamment forte pour produire du miel.

Condition de réussite

Hormis ceux issus de la technique de l’éventail, tous les essaims artificiels sont assez pauvres en abeilles. Ajoutons le temps de voir pondre une nouvelle reine féconde, il se passera environ 4 à 8 semaines durant lesquelles la population ne se renouvelant qu’au prorata du couvain apporté elle ne peut que décroître.

Il faut non seulement éloigner ces ruchettes du rucher, sauf celles de l’éventail, de manière à ce que les abeilles présentes ne retournent pas à leur ruche d’origine. Ensuite il faut nourrir très régulièrement car ces populations sont ou seront peu fournies en butineuses.

Jean Riondet

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

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