Le blog de Jean Riondet – Apiculture

Avril démarre au froid et se poursuit avec des chaleurs d’été

Webinaire du jeudi 23 avril (le 30 est veille du 1er mai, un we de 3 jours, nous avons préféré avancer le webinaire d’une semaine)

L’accompagnement des ruches RBC  au printemps avec Damien Merit et Jean Riondet

La ruche RBC n’est pas seulement un concept d’isolation, c’est une nouvelle manière de conduire les colonies selon des objectifs précis que chaque apiculteur définit.

Ses choix se traduisent par des conduites adaptées de ses colonies : produire des abeilles pour faire des essaims, pour faire des butineuses en vue de produire du miel ou pour faire de la pollinisation, ou pour préparer les abeilles d’hiver… ce sont autant d’objectifs et autant de manières différentes de piloter les colonies.

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Damien Merit et Jean Riondet sont auteurs de « La Ruche Basse Consommation » Ulmer ed.

Le mois d’avril commence dans la fraicheur

Après une fin d’hiver particulièrement clémente, le froid est arrivé stoppant net le développement des colonies. Gare aux famines, les ruches sont lourdes … mais de leurs couvains !

Les floraisons en cours pourraient être grillées par des épisodes de gel, le froid limite grandement le butinage bien qu’en absence de vent et sous un beau soleil, les abeilles sortent et reviennent avec du pollen aux pattes, les abreuvoirs bruissent de leurs vols.

Petit phénomène amusant, après deux ou trois journées très froides, le lendemain après-midi s’il fait beau et un peu plus chaud, les abeilles sortent en masse au point de simuler un essaimage. Elles sortent pour rendre à la nature leurs stocks de déjections.

Conséquence de cette météo, la nutrition des colonies fera l’objet d’une surveillance accrue. Les premières visites du mois de mars ont dû apporter des informations sur les stocks de miel ou de nectar dans les rayons.

J’ai observé des situations très variées allant de l’absence de réserves avec d’immenses surfaces de couvain, aux colonies avec beaucoup moins de couvain mais avec des stocks de miel de l’année bien suffisants pour passer les creux de butinage. Ces visites auront été indispensables pour les décisions à prendre maintenant.

Avec des nuits froides les premiers jours, les rentrées de nectar dans la journée étaient presque totalement consommées durant la nuit. Du fait de l’explosion de la ponte les besoins nutritionnels ou de chauffage sont conséquents. Le candi semble le plus approprié, si nécessaire, car il est moins besoin de stimuler la ponte que de combler les carences en sucres.

Le blocage de ponte qui ne manquera de se produire va provoquer une explosion des essaimages si le froid perdure et qu’arrive l’explosion de la floraison du colza là où cette culture domine.

La chaleur revenue, les abeilles travaillent comme des folles, elles stockent partout dans les corps, et l’arrivée des hausses s’est imposée. Il est toujours difficile de faire monter les abeilles dans les hausses, du moins dans la première mais une fois le chemin amorcé ça fonctionne. Il faudra un peu de temps pour que le nectar des corps monte dans les hausses, libérant la place pour la ponte qui s’est fortement ralentie.

La fièvre d’essaimage

C’est le moment où l’on observe des cellules royales. La colonie se prépare depuis 2 semaines environ à essaimer, la reine est moins nourrie, secouée pour cesser de pondre et quitter la ruche avec près d’une moitié de la population dont des cirières et des nourrices, les couvains ouverts disparaissent.

On détecte désormais la mise en place de la fièvre d’essaimage avec des sondes de température dont certaines sont livrées avec une proposition d’abonnement au site du constructeur. Les fluctuations des températures sont interprétées et des alertes sont mises en index sur les courbes de températures ruche par ruche. C’est un procédé en développement fort intéressant car les balances donnent le poids de la ruche après le départ de l’essaim. Mais savoir interpréter des signes avant-coureurs est une véritable avancée car on pourra provoquer un essaimage anticipé.

Lorsque les CR sont présentes, si elles sont ouvertes on dispose de 10 jours au plus et si elles sont fermées la colonie essaime dans la semaine. Mieux vaut prendre comme repère que la colonie va essaimer dans la semaine et donc intervenir.

Que faire ?

On va provoquer un essaimage artificiel. Il existe autant de méthodes que d’apiculteurs confirmés ! En voici quelques variantes dans la situation où des cellules royales sont trouvées :

  1. La division de la colonie est la plus simple on casse la colonie en 2 ou 3 morceaux, dans l’un la reine avec des cadres de couvain sans CR, et plusieurs autres essaims seront faits avec les cadres ayant des CR si l’on souhaite accroitre le nombre des ruches du rucher en ne laissant que 2 CR au maximum. C’est radical mais les récoltes sont fortement obérées.
  2. Si malgré tout on souhaite faire du miel, on met dans une ruche ou ruchette 2 cadres de couvain avec CR, 1 cadre de miel et on y secoue 5 cadres de nourrices pris sur le couvain. Dans la socuhe il y a la reine on détruit toutes les CR, après avoir secoué toutes les abeilles pour ne manquer aucune CR surtout les tordues dans les coins, cachées … Attention à ne pas avoir pris la reine ! On surveille la souche 1 fois /semaine, elle pourrait refaire des CR.
  3. Avec la RBC on peut faire des essaims sur 1 seul cadre de couvain ouvert et fermé ou contenant ou pas des CR naturelles. La méthode est décrite dans l’ouvrage « La Ruche Basse Consommation d’énergie » (Ulmer ed.) et dans le n° 320 de La Santé de l’Abeille.
  4. Une autre méthode consiste à mettre la reine sur un cadre de miel avec beaucoup d’abeilles prises sur les cadres de couvain ouvert dans une ruche ou une ruchette partitionnée. Ne pas hésiter à secouer dans le nouvel habitacle de la reine les abeilles présentes sur 3 cadres de couvain ouvert. On « saigne » la colonie d’une partie de ses abeilles nourrices sans trop réduire le nombre des cadres de couvain ce qui permet de faire une récolte. La colonie fera des cellules royales pour remèrer naturellement.

Quelques recommandations

Ces essaims seront placés dans le rucher, les nourrices ne retourneront pas à la souche n’ayant jamais vraiment pris leurs repères et elles s’occuperont de la reine à venir ou de celle qui leur sera mise. Mais il y a es exceptions et des désertions sont possibles l’idéal est de déplacer les essaims dans un autre rucher éloigné ou dans un environnement arboré très différent.

Un traitement par dégouttement avec un médicament à base d’acide oxalique sera le bienvenu lors des absence de couvain

Dans la souche qui possède de nombreuses cellules royales, n’en laisser que 2.  Les cellules royales naturelles donnent en principe de belles reines.

Une reine va naître sous 10 jours, elle devra vieillir pour que son corps durcisse et que les muscle dans le thorax puissent être efficaces lors de son vol de fécondation. Il lui faudra encore 1 semaine pour se faire féconder et que son système sexuel commence la ponte d’œufs. Dans ce délais tout le couvain ou presque sera ouvert. Gratter le peu de couvain résiduel pour que les abeilles l’excluent de la ruche ; un traitement à l’acide oxalique sera totalement efficace.

Une précaution, mettre le flacon du médicament liquide au frigo (en dessous de 4°c) sinon la solution se dégrade. « Comment et combien de temps peut-on conserver les solutions sucrées d’acide oxalique » Bogdanov S. &Cie www.apiservices.biz > documents > articles-fr

Les essaims seront opérationnels pour faire une récolte en été s’ils sont conduits avec des cadres bâtis et à bâtir pour être sur 6 cadres le plus rapidement possible en combinant des sirops et des apports protéinés dans les périodes de creux des apports naturels. On dispose de 10 semaines avant les récoltes de l’été, délai suffisant pour assurer le développement des essaims.

A noter que les apports protéinés les plus riches le sont avec le candi Nutripro 25 ou Nutripollen de Royal Care et les compléments liquides ou en poudre de Vita. Un nouveau produit est en cours de commercialisation Megabee de la société Veto Pharma. Ce sont des produits uniquement à base de protéines végétales.

Ne jamais apporter aux essaims des cadres de couvain pour les renforcer et accélérer leur développement, car c’est l’infestation par varroa assurée. En effet, le but second de ces méthodes est de produire des colonies indemnes de varroas en profitant des moments d’absence de couvain pour traiter avec un médicament à base d’acide oxalique. Le mois suivant on parlera du Formic pro un médicament qui mérite plus que de la suspicion.

La maitrise de l’essaimage est assurée et la somme des 2 populations produit plus de miel que la seule souche même hors essaimage.

Ces méthodes sont également employées pour prévenir l’essaimage en dehors de toute production de cellules royales par la colonie qui produira ses propres cellules dans les 48 h qui suivent le retrait de la reine et d’une partie des abeilles. Mais attention, en période de très forte miellée les colonies peuvent différer l’élevage d’une reine au profit du butinage et se retrouver orpheline.

Si l’apiculteur ne souhaite pas augmenter la taille de son rucher, il opérera des regroupements en fin de saison afin de conserver les colonies les plus en phase avec ses objectifs.

La pose des hausses

Malgré des périodes froides de fin mars, la pose des hausses était une nécessité pour éviter de se faire surprendre dans les zones de cultures de colza.

Avec 1 ou 2 feuilles de papier journal entre la hausse et le corps, cet obstacle devrait inciter les abeilles à rester dans le corps si les rentrées de nectar et pollen ne sont pas suffisantes. Elles sont censées le grignoter au moment où les rentrées de nectar sont fortes, mais c’est davantage pour rassurer l’apiculteur que pour réguler le passage dans les hausses, le journal peut être évacué avant même que le nectar n’abonde ! Ou alors on met un mouchoir qui couvrira aux 2/3 la surface du corps en laissant la partie ouverte d’un côté ou de l’autre, c’est à dire côté face avant ou côté face arrière. On réduira ainsi le refroidissement que provoque l’arrivée du volume supplémentaire de la hausse.

Dès que la première hausse commence à se remplir, on posera une seconde hausse toujours avec un mouchoir sur les 2/3 de la surface mais l’ouverture à l’opposé. Et ainsi de suite autant que de besoin. L’arrivée massive de nectar doit avoir sa place dans la ruche sinon les butineuses ne trouvant pas de magasinières elles mêmes saturées de nectar, pour les décharger finissent par ne plus butiner.

En RBC on met les hausses dès que possible même si on doute de l’opportunité. Par exemple, la CH1 est bien développée, les floraisons importantes arrivent, le temps n’est pas trop favorable mais le we prochain on ne sera pas là, donc on y va au plus vite.

On remplace le papier journal par des mouchoirs, mais on peut également coupler une feuille de papier journal et le mouchoir. Bretelles et ceinture rassurent… Les hausses seront équipées de Pihp à la taille des cadres de hausse, appelées Pihpettes. On les place à l’aplomb de celles du corps. Certes, on rétrécie le volume des hausses mais on crée une cheminée de chaleur et la température en cet espace étant supérieure à celle de la CH2 cela incite les abeilles à monter le nectar dans les hausses.

Le travail du nectar en miel sera facilité du fait de la température plus élevée.

Entre chaque hausse on met un mouchoir toujours pour renvoyer les rayons infra rouge sur les abeilles et plus précautionneux encore on met des mouchoirs réfléchissants sur les 2 faces.

Le volume réservé au nectar étant réduit on met 2 voire 3 hausses selon la violence de la miellée attendue. Sur du colza on mettra directement 3 hausses partitionnées. Une fois les cadres situées au-dessus de la CH1 bien remplis on pourra faire faire ½ tour à la pile de hausses pour amener les cadres vides au-dessus due la CH1

Belles récoltes.

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