Avril, enfin la chaleur ?

Il pleut encore, mais mon arrière grand père disait que chez nous on ramassait plus d’asperges en avril qu’en mai . Espérons que ce soit également vrai cette année !

I – La première visite

C’est la visite de printemps qui va déterminer nos travaux à venir. Le nettoyage des plateaux de sol nous a déjà renseigné sur les colonies en forme, celles très développée, les plus cachectiques…

Trois situations trois décisions.

– Sur 3 à 5 cadres de couvain et une reine de 2017 on se contentera d’ajouter des cadres à bâtir.

– Sur plus de 6 cadres de couvain ou moins mais avec une reine de 2016 et avant prévoir de faire un ou plusieurs essaims artificiels, et faire construire.

– Sur de très petites colonies on se contentera de leur donner un cadre bâti s’il n’y en a déjà de vides dans le corps, puis de les nourrir par petites touches de 250 ml tous les 2 jours durant 3 semaines et de refaire un bilan dans un mois.

Les grandes floraisons arrivent ou sont déjà là selon les endroits. Avec les pluies antérieures, les fleurs sont gorgées de nectar, les pollens sont abondants.

II – La miellée donne, il faut d’abord faire construire.

1 – sortir les cadres bâtis non occupés, placer des cires ou des cadres à bâtisse libre (dits aussi cadres à jambage) après le premier cadre jouxtant le couvain, ce cadre contient du miel et surtout du pollen. Il ne faut pas éloigner le pollen du couvain puisqu’il est l’apport des protéines dont il a fondamentalement besoin. Or, les nourrices ne se déplacent presque pas dans la ruche, la proximité du pollen est stratégique pour les jours de pluie.

En phase de forte miellée, la construction se fera rapidement dans les 3 ou 4 jours qui suivent une face sera largement construite et le nectar commencera à y être stocké. Or, nous visons la construction de rayons et non du stockage de nectar. Deux cas de figure :

1 – vous avez mis des cires à construire : la face proche du couvain sera construite en premier et il faut retourner le cadre en cours de construction pour faire construire l’autre face. A demi construit, ce cadre sera introduit dans le nid à couvain. La reine viendra y pondre rapidement et les abeilles en achèveront la construction.

2 – vous avez mis des cadres à bâtisse libre : les abeilles les construisent le rayon des deux côtés à la fois. Une première moitié du rayon construite l’introduire comme précédemment dans le nid à couvain puis une fois pondu introduire le suivant.

Et poursuivre l’opération tant que les abeilles construisent. Si la miellée cesse et que les couvains sont importants il est possible de poursuivre en retirant des cadres de miel et les remplacer par des cadres à bâtir jusqu’à atteindre 9 cadres de couvain.

En cas de faible miellée ne pas hésiter à nourrir tant que les hausses ne sont pas posées et que les abeilles ne stockent du miel dans des cadres de corps qui seraient indemnes de couvain. Il est logique que les abeilles stockent du nectar autour du couvain, certaines races le font systématiquement (les noires, les Carnica) d’autres très peu ou pas du tout (Buckfast).

Retirer les cadres de miel du corps, sauf ceux contenant du pollen seul et du miel et pollen.

Le pollen : aparté sur les risques associés à l’usage de produits phytosanitaires

Le pollen stocké dans les cadres et appelé pain des abeilles ou pain d’abeilles, c’est un mélange de pollen de salive des abeilles, de miel… et de ferments. Ces derniers développent une fermentation de type lactique qui en assure sa conservation.

Il n’est pas plus digeste pour autant ni préféré par les abeilles qui le laissent tranquille tant que rentrent des pollens frais. Il sera consommé en cas de  disette, la nuit, les jours de pluie, de froid… C’est contraire à ce que la littérature affichait et les derniers travaux des chercheurs, rapportés par Janine Kievits dans La Santé de l’Abeille (revue de la FNOSAD), permettent de penser le contraire.

Ces pollens de printemps sont parfois intoxiqués par des produits phytosanitaires. On s’en rend compte par le développements chaotiques du couvain et une faible capacité cirière puisque le pollen ne sert qu’à la nourriture des larves et à la production de la cire.

De ce fait il est conseillé de veiller à ce que ces pollens de fruitiers disparaissent  en cours de saison, voire de les supprimer volontairement si on a des indices de pollution chimique (couvains épars sans suspicion de loques en particulier) pour laisser la place à des pollens d’été qui n’ont aucune raison d’être toxiques. Ces pollens d’été seront ceux qui serviront en cours de morte saison et notamment en janvier 2019 pour la relance de la ponte de la reine.

III – La miellée donne : poser des hausses

On se donnait classiquement comme point de repère la floraison des cerisiers. Cette année ce ne sera pas le cas.

Alors quels points de repère ? Lorsque l’on voit des traces de cire blanche entre la tête des cadres, on laisse bâtir dans le corps sauf si le miel commence à être stocké autour du nid à couvain, il faut poser les hausses, on sera mi ou fin de ce mois.

Une hausse bâtie pour commencer, puis une seconde de cadres cirés placée sous la première qui ne sera alors qu’à moitié operculée. L’idéal serait de répartir les cadres entre les deux étages et de mélanger les cadres bâtis avec miel ou nectar sur les deux niveaux. Ces cadres pleins ou en cours de remplissage seront placés  de préférence au centre, au dessus de l’espace de ponte de la reine. Les abeilles vivent en effet sur l’alignement vertical de l’espace du couvain.

Ne pas mettre de grille à reine sauf si vous constatez que vos abeilles la traversent facilement sinon elles rempliront le corps ne montant rien à l’étage. Pour limiter le risque de ponte de la reine dan la hausse, poser au centre, sur la tête des cadres une plaque de contreplaqué de 20 x 20 cm. C’est souvent suffisant. Si malgré cela la reine montait pondre abandonnant le corps, c’est le signe que la pose des hausses fut vraiment trop précoce ou que la colonie est trop faible. Une forte colonie rentre rapidement du nectar déposé dans les cellules de la hausse ce qui empêche la reine d’y monter.

Dans les zones de colza mettre deux hausses de suite, enlever les cadres de rives de la première hausse pour accélérer la montée des abeilles. Si du nectar est déposé partout, en ajouter une troisième. Il faut absolument éviter le stockage dans le corps, la ponte de la reine serait ralentie ce qui n’est pas l’objectif.

Peu importe si la reine monte pondre dans la hausse, la miellée passée vous réorganiserez les niveaux quitte à enlever une hausse pas assez pleine et à la mettre entre le plateau de sol et le corps. Les abeilles remonteront le nectar le mélangeant avec les floraisons suivantes, ce qui donnera un miel qui cristallisera moins vite, sera plus concentré et plus parfumé.

Certes ce sont des manipulations et un petit engin de levage comme le Scalapi décrit les mois passés est bien utile.

IV – Les essaims artificiels

On les fait très facilement à ce moment de l’année et ce jusqu’à fin mai / début juin selon les miellées. Avec un peu d’expérience on les fait sur un cadre de couvain ouvert et fermé, un cadre de miel, une cire à bâtir et deux partitions réfléchissantes.

Dans une ruchette ou une ruche (c’est plus lourd!) placer une partition réfléchissante, contre elle le cadre de couvain avec toutes ses abeilles dessus, puis un cadre de miel avec ses abeilles, puis une cadre à bâtir et enfin la seconde partition réfléchissante.

Ajouter des abeilles secouées d’un ou de deux cadres de couvain ouvert afin d’avoir le plus de nourrices possible dans cette population. Fermer le tout mettre en cave ou en un lieu obscur 3 nuits pour que les abeilles perdent leurs repères puis mettre cette ruchette dans un coin du rucher à l’écart de la souche.

Nourrir d’un pain de candi d’un kilo, laisser tranquille 4 semaines et visiter pour rechercher une ponte fraiche, signe de la présence d’une reine. La rechercher et la marquer en rouge (année 2018). En cas d’échec réunir avec une colonie faible. Le pain sera posé sur la tête des cadres, le tout recouvert d’une feuille de plastique et  du couvre cadre nourrisseur posé à l’envers.

Plus on met d’abeilles nourrices ou de  cadres de couvain plus la réussite est assurée et plus le risque d’essaimage baisse dans les colonies prélevées. Au cas où l’on souhaite faire des essaims avec des ruches peu populeuses on peut prendre des abeilles, des cadres de couvain dans diverses ruches. Parfumer les bestioles en leur pulvérisant une eau ou un sirop contenant de la menthe par exemple.

Si l’essaim démarre lentement et que l’on craint un essaimage dans la souche, inverser la position des deux, l’essaim sera renforcé par les butineuses de la souche qui étant un peu en état de manque de nourriture quelques jours sera moins encline à essaimer.

Si vous observez des cellules royales operculées l’essaim va partir sous huitaine. Faites un essaim nu.

Dans un corps sans plateau de sol mettre des cadres à bâtir en mélangeant cires et bâtisses libres. Le poser sur le corps de la ruche à faire essaimer sans couvre cadre entre les deux. Fermer le sommet aux 8/10 par un couvre cadre l’ouverture restant sera coté entrée du corps du bas. Enfumer copieusement jusqu’à ce que la fumée  sorte par le sommet puis taper avec deux maillets, morceaux de bois en partant du bas puis en montant doucement jusqu’au somment du corps inférieur. Enfumer régulièrement.

Lorsque des abeilles sortent par le sommet, déposer délicatement ce corps supérieur sur un plateau de sol à côté et le fermer puis le déplacer dans le rucher à quelques mètres. Si dans l’heure qui suit les abeilles sont restées en masse dans ce corms, la reine s’y trouve. Traiter contre varroa car en l’absence de couvain les traitements sont très efficaces, nourrir massivement au sirop 50/50 et suivre le développement des constructions, c’est à dire nourrir pour pousser la construction et la ponte de la reine.

La souche ayant les butineuses et quelques nourrices résiduelles, se refera une reine. On peut espérer dans ces conditions une petite récolte sur chacune des ruches fin juillet.

V – L’abeille et le politique

Par ces temps agités on ne peut d’empêcher de penser politique. L’abeille fut dénommée sentinelle de l’environnement et fort heureusement la mode de cet insecte fut réussie.

Les politiques ont suivi l’opinion publique sur les dangers de l’excès de pesticides et des mesures commencent à être prises au moment d’ailleurs où nombre d’agriculteurs cherchent de nouvelles voies de gestion des parasites.

Mais cet engouement pour l’abeilles se retourne contre l’apiculture dès lors qu’elle sert de marche pied à des ambitions politiques. Alors  ces apiculteurs politiciens auront fait plus de mal à l’apiculture que le frelon asiatique n’y sera parvenu.

Jean Riondet

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

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