Chaleur pour Noël froidure pour le nouvel an ? 2014 arrive avec l’hiver

Depuis quelques jours après une longue vague de froid qui stoppa net le couvain, la douceur est revenue. Les abeilles ont sorti des quantités impressionnantes de cadavres. Mais rien d’inquiétant, les abeilles mortes durant la grande période froide sont évacuées par les colonies nombreuses et en bonne santé. Plutôt inquiétantes celles qui n’auraient rien sorti.

Au rucher

Il faut continuer les débroussaillages, la mise en forme de l’accès, le repositionnement des supports de ruches et deux opérations importantes sont à faire : l’entretien des ruches en les passant à l’huile de lin bien chaude pour une bonne pénétration, si besoin et si la ruche fut imprégnée d’origine à l’huile. On le fait en pleine journée avec un rouleau, en appuyant bien on favorise davantage la pénétration.

Ensuite désinfecter les sol et les supports de ruche au chalumeau de forte puissance. Et après avoir bien gratter les feuilles et herbes au sol pulvériser une solution d’eau de javel (un berlingot dans 9,75 l d’eau). C’est particulièrement indispensable en cas de maladies (mycoses, loques…)Désinfection des supports de ruches

Enfin suivre le nourrissement indispensable sur les petites colonies. Je nourris deux fois par mois mes nucléis faits d’1/2 Warré. Ils sont pour l’instant en pleine forme. Ils me serviront fin mars à faire des essaims avec un seul cadre de couvain.

2 nucléis sous la bâche

2 nucléis sous la bâche

Pose du pain de candi

Pose du pain de candi

 

A l’atelier

Il est temps de préparer l’année apicole, rédiger le planning des travaux d’hiver en fonction des objectifs de production. C’est à dire la préparation des cadres cirés (prévoir 3 par corps et 3 par hausse), celle des ruchettes, des plateaux de sol, des couvres cadres, tout le matériel à changer avec la toute première visite. Prévoir les plannings d’intervention et relire les manuels où sont indiqués les méthodes de prévention de l’essaimage. Stimuler ou non les colonies ? Comment suivre la dynamique de leur développement… les novices devront apprendre sur le tas et dans les livres à connaître la biologie de leurs colonies.

Faut-il travailler avec des hausses sur 8 ou 9 cadres ? Tout dépend de la méthode d’extraction. Avec 8 cadres on a plus de facilité en principe pour désoperculer mais les chutes de miel et de  cire supposent soit une longue décantation soit d’essorer les opercules avec une centrifugeuse (assez onéreuse). C’est maintenant que se font les changements de crémaillères dans les hausses.

Quelles seront les colonies dont il faudra en changer la caisse ? Combien en préparer de neuves ou de désinfectées ?

La désinfection

Les bois des hausses et des corps se désinfectent à la flamme d’un chalumeau puissant, il doit devenir couleur pain brulé. La désinfection des matériels plastiques est plus complexe et plus longue.

Première précaution importante qui vaut pour tout le processus de désinfection, les pièces plastiques doivent être très propres pour éviter que les concrétions de cire, de propolis n’enferment des spores résistantes prêtes à réinfecter la ruche dès usage. Ces pièces, mises au froid de l’hiver, seront grattées avec un lève cadre américain pour faire éclater ces concrétions. Puis on trempera et brossera ces pièces en plastique dans une solution de cristaux de soude bien chaude, l’idéal serait de pouvoir d’abord les nettoyer une première fois  avec un nettoyeur haute pression résistant à l’eau chaude puis de les tremper et de les brosser dans un bac (comporte champenoise, bac de vendange, qui est exactement au format des plateaux de sol plastiques) contenant une solution de cristaux de soude bien chaude. Ne pas dépasser 75°c, le plastique se déformerait.

Après avoir bien décrassé les plateaux de sol et couvres cadres en plastique on peut aussi les désinfecter avec des produits industriels pour les cantines, les cuisines, les blocs opératoires, les salles blanches en général, les abattoirs… ce sont des produits bactéricides, virucides, fongicides, souvent détergents à base de chlorure de benzalkonium par exemple, de divers peroxydes, d’ammoniums quaternaires… ils sont stables et on peut se contenter de les pulvériser à une dilution  indiquée par le fabricant et on laisse sécher. Les marques sont par exemple le VIRKON S chez Bayer, SANICID chez Garcin Batinyl, ANIOSYME DD1 chez Anios etc. Lors de la mise en service de l’objet un rinçage à l’eau claire suffit pour les abeilles.

D’une manière générale, il faut désinfecter son matériel avec soin et fréquemment.

Les lèves cadres à la flamme et entre deux ruches à l’eau de javel ou à l’alcool à bruler.

Certains guide recommandent d’avoir du matériel destiné à chacun des ruchers notamment les vareuses et les brosses. Ces deux éléments sont à désinfecter une fois par mois au moins, et après chaque visite de rucher s’ils sont malades, par trempage durant 1/2h dans de l’eau javellisée (1 berlingot dans 4,75l d’eau). Ce n’est pas cher, c’est parfaitement efficace puisque nous n’avons aucun médicament pour traiter les loques et les mycoses, seule la prévention est possible.

Si vous utilisez des gants supprimez les gants en cuir impossibles à désinfecter, ce sont les meilleurs vecteurs des maladies avec le lève cadre, utilisez des gants en caoutchouc de type gants de chantier à 3 euros la paire tout au plus !

J’ai rencontré récemment des apiculteurs qui poursuivent des traitements aux antibiotiques. C’est inadmissible, dangereux pour la santé humaine à terme (les maladies infectieuses furent les premières causes de mortalité dans l’histoire de l’humanité elles ont quasiment disparu chez nous sauf chez des personnes immunodéprimées, mais pourraient revenir et ce serait un problème majeur) et inefficace car le traitement n’a qu’un effet temporaire sur le développement des bactéries, mais ne détruit nullement les formes résistantes qui subsistent et relancent la maladie. Il vaut mieux apprendre à nourrir ses colonies, avec des compléments alimentaires si besoin, des protéines végétales, qui renforcent les défenses naturelles des abeilles, il faut apprendre à produire des colonies populeuses, il faut jouer la carte de l’hygiène. Ce sont les conditions de la réussite.

A propos des OVS

Actuellement la réglementation évolue et toutes les organisations sanitaires affiliées ou non aux GDS multi espèces (Groupement de défense sanitaire) des départements sont invitées à se joindre au sein d’une organisation à vocation sanitaire régionale avec des sections par espèce animale. L’idée étant de mettre en œuvre une politique régionale (sous couvert de la politique nationale) adaptée, l’objectif est recevable par tous les apiculteurs.

Le rouleau compresseur administratif est lancé et les affrontements classiques entre professionnels et petits producteurs en apiculture reprennent. Là où les associations sanitaires indépendantes des GDS départementaux fonctionnaient bien et remplissaient les conditions imposées par l’État en matière de formation, d’information, d’encadrement des apiculteurs sur les questions sanitaires, on leur demande de rejoindre les GDS. Or, les structures qui sont en cours de mise en place vont requérir des secrétariats, des techniciens sanitaires (les textes en prévoient)… donc tout ce qui se faisait dans un esprit associatif avec un bénévolat important va être mis à mal par l’émergence de salariés. Les bénévoles ne comprendraient pas qu’on leur demande de donner de  leur temps, de leur personne, de leur argent pour compléter ce qui est réglementé, organisé, décidé par les pouvoirs publics et relayé par les professionnels. Le travail bénévole risque de disparaitre et pour financer les salariés nécessaires, les subventions publiques étant en berne (les dotations de l’État pour 2014 sont en chute libre vertigineuse pour toutes les collectivités locales, l’équivalent environ d’une centaine d’euros par foyer fiscal) ce seront les apiculteurs qui devront couvrir les frais de fonctionnement. Les cotisations vont très nettement monter à terme et les petits producteurs, à moins de  10 ruches, ne déclareront plus rien, n’appartiendront plus à aucun syndicat, bricoleront leurs traitements contre le varroa, feront de la prévention, apprendront à nourrir leurs colonies et vivront dans le silence assourdissant de la clandestinité !

Pourquoi ne pas intégrer dans les OVS sans condition de cotisation ou minimes ces organisations animées d’un esprit associatif qui a permis de fédérer les indécrottables apiculteurs indépendantistes, les petits, les méfiants, les inquiets ? Qu’aura-t-on à gagner de vouloir imposer un modèle calé sur les besoins des professionnels que récuseront ces apiculteurs ? La question sanitaire est trop importante pour que le modèle prévale sur le réel. Les petits producteurs, les pluriactifs et les professionnels ont partie liée, ne serait-ce par la production des uns qui alimente également les ventes des autres… Mais qui peut comprendre ? Qui peut entendre ? Ceux qui n’ont pas les mains dans le cambouis du bénévolat sauront-ils analyser subtilement la situation ?

Nous aurons à réfléchir et à proposer des solutions pour 2014 dans ce domaine aussi !

Bonnes fêtes et bonne année

Jean Riondet

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

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