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    Saisons

    Enfin 2023…Euh ?

    Jean RiondetBy Jean Riondet2 janvier 20237 commentaires9 Mins Read

    Ça commence comme ça finit! Beaucoup de très lourdes incertitudes et un monde où la violence ne cesse de croître. Le seul vœux que l’on puisse formuler est de rencontrer des femmes et des hommes de bonne volonté qui soient porteurs d’actes et de paroles d’espérance.

    Côté abeilles

    Ce temps incroyable nous ouvre de fabuleuses perspectives. Nous devons réapprendre l’apiculture !

    Observons ce qui se passe dans nos colonies, regardons comment les abeilles se comportent en ces temps de chaleur, sécheresse, froids, canicules … apportons leurs les conditions de vie et de nourriture qui les mettent en forme pour démarrer ou redémarrer, pour passer ces moments de disettes ou de grande sécheresse.

    Des saisons au contenu en pleine évolution bouleversent nos connaissances. Des étés trop chauds, secs et longs, pauvres en ressources alimentaires et nous devrons nourrir, apporter de l’eau.

    Des automnes courts et chauds avec des rentrées de nectar surabondantes, nous devrons veiller à faire produire des abeilles d’hiver,

    Des hivers qui se prolongent avec des périodes trop froides au moment des floraisons de printemps et un printemps trop court !

    Nous devrons revoir nos plannings de nourrissements, de traitements, d’élargissement des colonies. Nous devrons apprendre à travailler avec la dynamique des colonies et pas seulement avec un calendrier.

    Nous ne devrons plus agir parce que c’est l’époque de l’année mais parce que c’est le moment où les colonies changent de stade de développement et qu’elles sont en capacité de butiner massivement ou de produire du couvain ou de se mettre en repos.

    Nous avons pris l’habitue de travailler avec le thermomètre, les floraisons, notre agenda, il nous faut entrer dans la biologie de la colonie que l’on appelle aussi un « super organisme » mais dont nous en ignorons le fonctionnement exact. Nous devrons apprendre à connaitre quels indicateurs observer pour en suivre pas à pas les phases de développement et agir opportunément.

    Pour l’heure

    Durant le bref temps de rupture de ponte avec mes collègues, fidèles partenaires de nos randonnées apicoles dans nos ruchers, nous avons fait un traitement général à l’acide oxalique. Nous avons examiné les plateaux de sol d’une trentaine de ruches. Quelques varroas mais très peu sauf sur une colonie où l’impression d’envahissement domine. Je referai un traitement sur celle-ci après le 1er de l’an passé.

    Toutes les colonies sur 1 seul cadre sont encore en vie, certes nous leur mettons au moins une fois par mois un pain de candi à cheval sur les partitions et sous l’écharpe. Je crains toujours l’ouverture qui perturbe grandement le micro-climat de la ruche qu’elles mettent plusieurs jours à rétablir, pour l’instant, le temps est avec nous. A ceci près qu’avec ces chaleurs, les abeilles sortent, quoi que l’on fasse, et elles consomment du miel pour voler, leur maigre butin ne suffit à compenser le coût energétique de leur vol.

    La reprise du couvain va accroitre les consommations de miel, de pain d’abeilles et de leurs corps gras. Peser les ruches pour estimer les évolutions de la consommation des réserves est indispensable. Apporter de candis et sous peu des candis protéinés sera nécessaire dans bien de situations.

    Travailler en isolation sera très probablement une évidence dans les années à venir. Très probablement, car les apiculteur passent leur temps à projeter sur leurs abeilles ce qui les concerne eux. Dans des temps où le combustible ne coutait pas cher pour se chauffer nous avons construit des passoires thermiques pour nous loger et nous avons imaginé ruches avec des plateaux de sol ventilés été comme hiver pour héberger nos colonies. Aujourd’hui on raisonne isolation.

    Pour nos colonies les conceptions sont symétriques. A la fin de la seconde guerre mondiale, alors que les populations eurent froid les hivers de guerre, Alin Caillas publia en 1948 un petit opuscule « Le calorifugeage des ruches – son influence sur le développement des colonies et sur la production ».

    La lenteur des échanges à cette époque fait que ses idées furent peu répandues malgré sa réputation. Les années suivantes avec l’arrivée du pétrole d’Hassi Messaoud, on changea de questionnement.

    Aujourd’hui redonner aux abeilles la liberté de réguler l’homéostasie de leur couvain dans un espace clos et isolé comme l’est le tronc d’arbre creux où elles se sont développées et ont évolué depuis des millénaires, commence à être audible.

    L’un d’entre nous note scrupuleusement les quantités de candi qui rentrent dans ses ruches. L’an passé il a donné d’octobre à janvier 2,5 kg de candi par colonie chaque mois. Cette année après avoir suivi nos préconisations d’isolations les premiers 2,5 kg du mois d’octobre ne sont pas encore terminés !

    Faut-il davantage d’explications pour comprendre que le miel dans une ruche est d’abord et avant tout un combustible de chauffage ? Alin Caillas en 1948, Jürgen Tautz en 2020 utilisent le même terme pour désigner la fonction essentielle du miel dans la ruche, le mot combustible.

    Travaillons à économiser ce bien précieux qui est si difficile à produire par les abeilles. Quel objectif ambitieux pour 2023 !

    Apprendre à vivre avec nos contraintes

    Incriminer la météo, le changement climatique, l’agriculture, l’environnement pour justifier la mortalité de nos colonies est inutile, nous ne faisons qu’objectiver nos propres limites. Ce sont des contraintes que nous devons prendre en compte.

    Au niveau des ruchers nous devons être vigilants sur le nombre des ruches vu l’environnement floral, sur les apports en sucres puis en protéines vu les réserves internes des colonies.

    Nous apprendrons à toujours resserrer davantage les colonies. Nous n’avons pas tant l’habitude de le faire et ni de le faire très fortement.

    Nous isolerons d’autant plus que nous comprendrons que l’abeille produit très peu de calories et que nous devons économiser le peu qu’elles produisent. Nous découvrirons qu’en combinant chaleur et nourriture notamment en protéines, nous aurons des couvains avec une belle vitalité.

    Le frère Adam dans son abbaye de Buckfast apportait une extrème attention à la vitalité du couvain. Il est directement lié à la qualité de vie des abeilles, c’est à dire au confort de leur habitacle, à la qualité de leur alimentation …

    Un couvain bombé serré est preuve de sa bonne vitalité, du très faible parasitage par varroa de la production d’abeilles qui seront à leur tour de bonnes nourrices, de bonnes cirières, de bonnes butineuses et des abeilles de longue vie dites diutinus.
    Vivre 4 ou 5 jours de plus quand la durée moyenne en été est de 45 jours, ce sont 10% d’abeilles de plus que l’on peut observer dans les ruches (avec des outils adaptés sans doute!).

    Dans nos ruchers

    Cette chaleur incroyable a mis a fleurs un certain nombre de plantes. Les pissenlits bien évidement démarrent aux premiers rayons de soleil, mais aussi les Lonicera fragrantissima, autrement dit le chèvre feuille arbustif à feuilles persistantes.

    Le chèvre feuille arbustif embaume mon jardin

    Fleurir pour cet arbuste un 1er janvier n’est pas nouveau, j’ai des photos prises il y a 3 ou 4 ans déjà, mais à ce niveau de température je ne l’ai jamais vu.

    Les abeilles rentrent du pollen, elles cherchent de l’eau, ces indices signent la reprise de la ponte dans nombre de colonies. Surveillons l’évolution du poids des ruches car nous ne sommes pas encore en surabondance de pollens et de nectars, les nourrices vont être à la peine et les consommations internes vont aller bon train. Le miel est un combustible de chauffage et le couvain requière 35 – 37°c de température pour une nymphose réussie.

    Le 2 janvier j’ai ouvert une ruche et j’y ai vu la reine sur une main de couvain operculé. Si ce cadre représente le premier couvain pondu, alors la reprise de la ponte date de la veille de Noël. Le candi protéiné sera progressivement distribué à tout le monde, nos colonie ne seront pas à l’abri de coups de froid avec des couvains fort développés

    Nos essais

    En regardant ce qui se passe sur les plateaux de sol et sous les chaussures nous avons trouvé pour 3 colonies un amas d’abeilles morts sous le trou de sortie. Ce qui ne s’est jamais produit avec les chaussures dotés d’une fente. Je rectifierai les chaussure pour les doter d’une fente et non d’un trou. Les chaussettes sur les chaussures sont propres, peu de varroas sauf sur une colonie. Elle sera de nouveau traitée à l’acide oxalique.

    Veillons à ce que le niveau du toit soit bien isolé par un bloc de 6cm très isolant et une écharpe faite d’un isolant réfléchissant. J’utilise du XLMat de 3mm isobulle souple et solide. Je recherche un autre produit mince, également aluminisé, vernis, armé et mince de quelques centièmes de mm. C’est celui qui se trouve sur les multicouches avec des laines diverses, et plusieurs feuilles de ce produit. J’en cherche les caractéristiques pour savoir s’il pourrait nous convenir. Il aurait l’intéret de permettre la confection de PIHPgm plus minces qu’aujourd’hui ce qui est intéressant pour les hausses où l’on pourrait y mettre 8 cadres.

    Isoler le toit très fortement c’est mettre directement sur les cadres un isobulle réfléchissant percé d’un trou gros comme une pièce de 2€ pour y poser un pain de candi enchâssé dans un bloc de polystyrène extrudé de 6cm d’épaisseur. On peut y insérer dessus un morceau de polystyrène extrudé de 20mm, puis le toit. Ainsi calfeutrée la ruche, ici une ruchette, pourra conserver au mieux ses calories. L’isolation interne sera réalisée par des PIHPgm, nous en avons déjà parlé nous en reparlerons.

    Webinaire de janvier

    Le 26 janvier, notre webinaire sera consacré aux protéines et aux acides aminés dont ont besoin les abeilles.

    François Penin est un ancien chercheur au CNRS spécialisés sur les protéines. Il présentera le bilan de son travail d’exploration de la littérature concernant la nutrition des abeilles sur le sujet. Il ouvrira des pistes sur les compléments alimentaires pour les abeilles. Il poursuivra la thématique ouverte par Benjamin Poirot de la société Apinov le 12 novembre 2021.

    Lien pour assister au webinaire le 26 janvier :
    https://us02web.zoom.us/j/81195681842?pwd=ODZLSmVYNllCVEZFY3krNFlGL3NYUT09

    Ouverture de la salle virtuelle à 20h30 début de la réunion 20h45 précises.

    La réunion sera disponible en replay, les documents présentés et autres complémentaires seront disponibles pour ceux qui ont acheté les formations distribuées via la plateforme Podia sur :

    http://apiculture.beehoo.com/

    Et bonne suite pour 2023 !!!

    Jean Riondet
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    7 commentaires

    1. François on 25 janvier 2023 8 h 46 min

      Bonjour Jean ; une réflexion sur vos essais (forts instructifs par ailleurs) si vous permettez !
      « Le frère Adam dans son abbaye de Buckfast apportait une extrème attention à la vitalité du couvain. Il est directement lié à la qualité de vie des abeilles, c’est à dire au confort de leur habitacle, à la qualité de leur alimentation … »
      mais il a écrit aussi (§p44 Ma méthode d’apiculture): « le froid hivernal exerce une influence favorable sur le développement des ruches au printemps, et qu’une protection hivernale excessive entraîne l’effet inverse. Apparemment il s’agit d’une influence d’ordre physiologique…… qui s’avère d’une importance déterminante pour le développement des ruches au cours de l’année…………..
      L’abeille est certes un enfant du soleil mais un enfant qui prospère mieux s’il n’est pas dorloté »

      Reply
      • Jean Riondet on 25 janvier 2023 14 h 57 min

        Bonjour,
        Oui, vous avez raison, le frère Adam a fait des essais d’isolation des ruches par l’extérieur. Ce ne fut pas concluant. Le nombre était très limité et l’interprétation qu’il donne de cette tentative est un raisonnement et non une relation avec des éléments certains de la biologie de l’abeille ou de la colonie. Dans le contexte varroa + modifications profondes de nos environnements, je ne sais si dorloter les abeilles ne deviendrait pas une obligation ?
        Nous relatons dans le livre à paraitre de nombreuses années d’expériences, d’observations et de mises en concordance de ces observations avec les travaux de chercheurs sur ces paramètres, température, hygrométrie, gaz carbonique.
        Bien cordialement
        JR

        Reply
    2. Jean Riondet on 29 janvier 2023 17 h 39 min

      Suite à un mauvais paramétrage de ZOOM le 26 janvier la salle virtuelle n’a pu accueillir tout le monde
      Une nouvelle réunion sera programmée dans les jours à venir une fois cet impair réparé.
      Veuillez nous en excuser.
      A très bientôt sur Zoom.
      J Riondet

      Reply
    3. Mathe on 14 février 2023 21 h 22 min

      Bonjour,

      Je trouve que la réalisation de la chaussure est très une bonne invention, j’ai toujours eu l’idée que les abeilles ont besoin de plancher fermé.
      Par contre même si je visualise bien le concept, auriez vous des photos du dessous ?
      Doit on combler l’espace entre le plateau de fond et la chaussure ? Ou ce vide n’est pas un problème pour les abeilles, qui remontent par la fente..

      Je vous remercie

      Bien à vous et vos abeilles 🐝

      Benoît

      Reply
      • Jean Riondet on 17 février 2023 14 h 11 min

        La chaussure est un couvre cadre d’un coté avec un réfléchissant mince et de l’autre dans l’espace de 20 mm un polystyrène extrudé de 20 mm. L’air circule sous la chaussure
        Le 23 mars Damien Merit fera un webinaire sur la conduite des colonies avec les méthodes d’isolation de Marc Guillemain. Notre ouvrage sortira en mai chez Ulmer.

        Bonne suite
        JR

        Reply
    4. SARNIGUET Adrien on 10 janvier 2024 22 h 00 min

      Bonjour Mr RIONDET.
      Je vous remercie pour le livre Le Rucher Durable et vos enseignement dans Réponses Aux lecteurs de L’Abeille de France.
      J’ai trouvé un article de la revue Française de Août-Septembre 1983 qui traite de la méthode Elio Bailo. Technique d’introduction d’élevage d’une Cellule Royale introduite directement dans une hausse placée à l’emplacement d’une ruche forte que l’on a déplacé. Cette Cellule est alors élevée uniquement par les Butineuses. Je trouve l’adaptabilité des abeilles étonnant. Avez vous pratiqué cette méthode ou qu’en pensez vous. Je vous remercie pour votre réponse en espérant vous lire dans Réponses aux lecteurs.

      Meilleurs voeux merci.

      Adrien

      Reply
      • Jean Riondet on 11 janvier 2024 22 h 45 min

        Bonjour,
        Bien qu’abonné en 1983 à l’Abeille de France, je ne me souvenais pas de cet article, mais je connaissais la technique sous une autre forme. Le jour de la récolte, lorsqu’on vient remettre les hausses récoltées sur les couvre cadres des ruches pour les faire lécher, on les récupère dans le 1/4 d’heure qui suit bourrées d’abeilles d’intérieur. On met les hausse sur un plateau de sol avec un couvre cadre et un toit et on emporte ces populations dans un autre rucher. Avec une cellule royale,prête à naitre ou une reine vierge ou une reine en ponte, on a une nouvelle colonie quelques temps plus tard. Certes ce sont des abeilles d’intérieur, mais ce ne sont pas des nourrices, on n’est pas tout à fait dans le cas d’un élevage par de butineuses, mais cela revient pratiquement au même. Ceci est possible car dans la réalité les butineuses, si elles ont été correctement alimentées par les ouvrières, voient leurs corps gras se recomposer et leurs glandes mandibulaires se remettre à fonctionner. Cette plasticité de la colonie en fait un organisme particulièrement robuste puisqu’adaptable. Le schéma du changement biologique des abeilles selon leur âge est une simplification pédagogique la réalité est beaucoup plus complexe des allers retours sont possibles en fonction de la météo, de la qualité de la ressource alimentaire, de l’état sanitaire, de la lignée etc.
        Nous n’avons pas fini de réviser nos connaissances !
        JR

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