Le blog de Jean Riondet – Apiculture

Les pluies de mai rincent l’acacia

Heureusement que les beaux jours d’avril ont permis de belles récoltes de miel. La pluie en mai en a terminé les promesses. Le niveau atteint est rarissime, mais avoir un mois de mai froid ou frais a toujours existé. Mon arrière grand père au 19° siècle disait qu’on « ramassait mieux d’asperges en avril qu’en mai ». l’asperge a besoin d’eau et de chaleur.

Le jeudi 28 mai nous aurons notre webinaire mensuel avec le SNA.

Frédéric Eggens de Villepin de la SCA (Société centrale d’apiculture – jardin du Luxembourg à Paris) nous exposera ses recherches sur la thermorégulation dans la ruche et ses conséquences sur la conduite des colonies. Début des échanges 20h45.

https://us02web.zoom.us/j/88698717582?pwd=hLAlan4nQM5EUk0O80ncSQPqrTiXZM.1

Les récoltes de printemps

Avec l’abondance des miellées de ce printemps les hausses sont généralement assez bien remplies voire débordantes. Une récolte est donc intéressante à faire. Les corps sont également le plus souvnet bien riches en nectar. Les couvains s’en ressentent et il faudra surveiller la bonne configuration de la Chambre 1 pour y concentrer le couvain et pousser ainsi la reine à occuper les cellules que les abeilles libèreront pour chauffer cet espace et donc retrouver à terme des cadres bien garnis de larves pour assurer les récoltes à venir.

Lors du webinaire du 23 avril dernier, un des auditeurs a évoqué l’importance du nombre des colonies orpheline et à risque de devenir bourdonneuses. Frank Alétru (Pdt du SNA) a répondu que c’est une situation très fréquente cette année due au fait que l’essaimage ne s’accompagne pas toujours d’un remérage tant la miellée occupe les abeilles génétiquement configurées pour faire de stocks en cas d’abondance, délaissant les autres fonctions de la colonie. La solution classique est d’apporter un cadre de couvain ouverte et fermé avec ses abeilles nourrices pour relancer une possibilité d’élevage, il ajoutait qu’il était opportun de diviser ces colonies en 2 ou 3 essaims pour disperser les vieilles abeilles susceptibles d’empêcher l’élevage ou l’acceptation d’une reine si on a l’opportunité d’en avoir.

Patrick Guillemain (le frère de Marc auteur de l’ouvrage sur la RBC) propose une alternative intéressante. Il estime que prendre des cadres de couvain peut représenter une pénalisation forte des colonies prélevées. Il préfère transférer 2 larves dans des cupules et d’incruster ces cellules dans les rayons les plus riches en abeilles. Mais il y a 2 conditions dont Frank a parlé, la durée de l’orphelinage qui doit être réduite pour que les abeilles puissent encore élever et seconde précaution d’avoir des populations très abondantes. Cette solution économique marche dans la plupart des cas si les conditions préalables sont remplies. En divisant la colonie en 2 ou 3 essaims on réduit le risque d’échec.

Faire des reines

C’est le bon moment pour faire des reines, les grandes miellées sont passées, l’instinct d’amassage est mis en sourdine, les abeilles reprennent l’élevage. Une manière simple de faire, consiste à élever sur 2 cadres de couvain fermé mis dans une ruchette en polystyrène au fond occulté par une feuille de réfléchissant, avec un ajout de 2 PIHP et des abeilles prises sur 2 cadres de couvain ouvert et d’un cadre de miel ou de candi hyper protéiné (Royal Care Nutri pro 25, Vita Feed Patty …). L’apport constant de candi hyper protéiné est dans bien des lieux indispensable pour produire des reines de qualité.

Le lendemain introduire un cadre d’élevage avec seulement 14 cellules pour optimiser la réussite de l’élevage. Ces cellules seront équipées de larves d’un ou deux jours, prises avec un pinceau poil de Martre 3/0, humidifié, que l’on descend avec un mouvement de rotation dans le fond des cellules, la larve colle au pinceau. Raser les cellules pour faciliter la prise ou utiliser un bloc de ponte comme décrit dans mon ouvrage « L’élevage des reines » (Ulmer ed).

En ne mettant que 14 cellules on obtient de très belles reines. 5 jours après la première installation de cellules on peut en refaire une série de 14 les nourrices sont encore en capacité d’élever. Puis tous les 7 jours on retire 1 ou 2 cadres vides, ou presque, de tout couvain fermé pour les remplacer par de nouveaux cadres de couvain fermé. Précaution, toujours vérifier l’absence de cellules royales sur tous les cadres y compris ceux de miel car les abeilles sont capables de déplacer un œuf et élever à un endroit improbable. Une disposition simple mettre l’éleveuse dos à dos avec la forte colonie dont elle est issue et qui lui fournira tous les 7 jours des cadres de couvain fermé.

Cette éleveuse en continu permet de produire des reines toute la saison jusqu’en juillet. Un article plus conséquent sera publié dans le n° 334 de La Santé de l’Abeille en juillet prochain. Ce sera l’interview de Laurence Monition éleveuse de reines dans les Alpes de Haute Provence qui utilise cette méthode pour produire 3000 cellules prêtes à naître et 1500 reines fécondées chaque année.

Pourvoyeuses et éleveuses dos à dos (Photo Laurence Monition)

Traiter contre le varroa

Après la récolte de printemps ce sera le meilleur moment pour opérer un premier traitement contre le varroa car on sera dans la phase de son plein développement. Une excellente solution consiste à traiter avec du Formic pro, seul médicament à base d’acide formique qui pénètre dans les cellules à travers l’opercule et qui perturbe le développement des varroas en gestation. On obtient de ce fait un excellent résultat puisque tant les varroas qui se promènent sur les abeilles que ceux en devenir seront détruits. Pour améliorer la circulation des vapeur de l’acide il est bon de poser sur les corps un nourrisseur couvre cadre en bois ou une hausse vide ou une food chamber (1/2 hausse) vides de cadres.

Il suffit de placer 1 seule bande sur la tête des cadres durant 1 semaine à 10 jours au terme desquels on remet les hausses pour la suite de la saison. Ce traitement sera suivi d’un second traitement en juillet après la récolte de l’été par un encagement des reines et un traitement à l’acide oxalique en absence de couvain qui donne également les meilleurs résultats.

Pourquoi ne pas utiliser l’acide formique en juillet ? Par grandes chaleurs son action est très forte et déstabilisatrice des colonies, notamment sur les reines qui parfois ne résistent pas. Or, on entre dans la période où l’élevage naturel des reines est plus délicat, leur fécondation aléatoire. C’est une des principales causes de son peu de diffusion.

La température idéale pour l’utilisation de l’acide formique se situe entre 10 et 25°c dans la journée. L’intérêt de ces types de molécules, les acides organiques, est leur rapidité d’action qui élimine les varroas et leur capacité à inoculer des virus aux abeilles. Or, les traitements sur plusieurs semaines avec des lanières, lingettes… donnent du temps aux varroas pour transmettre des virus contre lesquels nous avons peu de moyens d’action.

Sur les tests d’efficacité de ces médicaments, l’étude de la FNOSAD faite en 2025 est publiée dans le n°333 de La Santé de l’Abeille de mai juin 2026. Il y est montré, en particulier, l’extraordinaire rapidité d’action des médicaments à base d’acide oxalique. Du fait de l’importance qu’ont pris les virus dans les désordres sanitaires des colonies, ce facteur sera sans doute un critère à retenir pour les préconisations d’usage des médicaments.

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