Septembre 2011 les abeilles ont faim

Fin des vacances pour bien d’entre nous, début de famine pour les abeilles. C’est ainsi que l’ont peut résumer la situation en bien des endroits. Le regain de floraison a provoqué des couvains abondants dans les ruches, des essaims ont même pris le maquis début septembre ! Mais revers de la médaille, l’absence de réserves massives faites en juillet dans les corps a certes laissé de la place au couvain, mais les colonies ont consommé le peu de réserve qu’elles avaient faites; certaines sont déjà en cours de consommation du couvain ouvert signe que pour les abeilles c’est la famine. Si on n’y prend garde les mortalités hivernales s’organisent maintenant.

Nourrir
Il est impératif de nourrir par nourrisseurs entiers d’un sirop épais toutes les colonies qui n’ont plus rien dans les corps. Avant cela réduire les corps. Pour réduire le volume de la ruche enlever au moins deux cadres qui sont vides de miel ou trop peu remplis (10cm sur le sommet). Laisser seulement autour du couvain et du pollen des cadres vides de chaque coté. Apporter jusqu’à 15 litres de sirop par colonie le plus rapidement possible. L’objectif est de faire remplir les cadres sur toute leur hauteur ou presque de manière à éviter les cadres partiellement remplis sur lesquels lors de périodes très froides les abeilles y meurent de faim faute d’avoir suffisamment de nourriture à portée de main si je puis dire.
Sirop : 2/3 sucre et 1/3 eau additionné de 5ml/litre de vinaigre d’alcool ou de propolis dissoute dans le l’alcool à 60 ou 70°. Attention l’acidification au vinaigre a pour objet de conserver le sirop et non de lutter contre la nosémose. Si le sirop est utilisé dans la foulée de sa fabrication, l’ajout d’acide est inutile et plutôt néfaste, il raccourcit la durée de vie des abeilles (cf Actu Api du CARI de 2009). Exception faite du vinaigre de cidre qui apporte du potassium qui permet de lutter contre la Nosémose à la dose de 4 à 8 ml/l de sirop 50/50(source FNOSAD), dans l’appréciation bénéfice/risque le gain contre la nosémose est plus important.
De plus, les pollens abondants en ce moment permettent de produire de jeunes abeilles aux corps gras développées, elles seront plus résistantes aux maladies et à durée de vie plus longue.

Le nourrissement peut entrainer des pillages, il faut nourrir de préférence le soir, mettre des réducteurs d’entrée.

Surveiller la ponte de la reine, elle doit repartir, l’idéal étant de se retrouver fin septembre avec le plus possible de cadres de miel bien pleins et 3 cadres avec du couvain. Si besoin, nourrir tous les 2 ou 3 jours avec 1l de sirop 50/50 pour faire pondre la reine.
Fin septembre arrêt de tout nourrissement et pesée des ruches.

Traitement et hivernage

Fin septembre visiter les ruche pour retirer les cadres vides ou insuffisamment pleins et, si ce n’est déjà fait, mettre des partitions en polystyrène extrudé qui affleurent le couvre cadre et entrent à frottement doux dans les corps. Inutile de les faire descendre en dessous des crampillons.

Placer deux lanières d’Apivar par colonie, dans le couvain. Suspendre les lanières par un fil de fer pour que toute leur hauteur soit bien dans le couvain au contact des jeunes abeilles. Ce produit agit peu par évaporation mais surtout par contact. Laisser les lanières jusqu’en mars lors de la prochaine visite.

Les traitements à base de Thymol sont désormais trop peu efficaces en nos régions à cette époque de l’année.

Mettre les réducteurs d’entrée pour empêcher les lézards et musaraignes de venir nicher dans les ruches.

Qu’a-t-on fait avec ces opérations ?

Produire quelques réserves ou compléter celles existantes. Puis produire de jeunes abeilles pour qu’en octobre on dispose d’un maximum d’abeilles qui n’ont pas eu à travailler car les corps pleins de miel ou réduits en volume les ont empêché d’amasser. Ces jeunes abeilles qui n’auront rien fait resteront jeunes, leurs glandes hypopharyngiennes vont cesser d’évoluer et en janvier dès les premiers grands coups de soleil, la durée du jour augmentant, les abeilles vont faire pondre la reine. Il y aura dans la colonie de jeunes abeilles aptes pour cette production de gelée royale. Le cycle de la colonie reprendra.

Si rien n’avait été fait que se serait-il passé ?

Jusqu’au bout des fleurs et des journées ensoleillées les abeilles seraient devenues butineuses pour amasser le nectar disponible. Le volume de jeunes abeilles aurait été faible, car les floraisons sont limitées de sorte que les volumes de nectar rentrés seront faibles en ce moment et de ce fait la ponte de la reine réduite. De plus avec la famine, les abeille consomment des larves réduisant d’autant le volume des abeilles à venir. On aurait hiverné des abeilles vieillies, peu aptes à produire de la gelée royale et à durée de vie courte. Approximativement les abeilles butineuses fin septembre ont une durée de vie qui n’excédera pas 110 jours. Leur vie s’arrêtera donc fin janvier. Trop de vieilles abeilles hivernées et les colonies disparaissent naturellement en cours d’hiver.
Ce mécanisme est accentué dans les zones soumises à la pression des systémiques pesticides, fongicides et herbicides. La combinaison de tous ces facteurs conduit à des mortalités massives en hiver.

Si les réserves sont peu importantes, le candi fera effet dès le mois de décembre.

Peser les ruches ?

Il y a de nombreuses manières de peser ses ruches.

En voici une :

Il faut une sangle à bagage que l’on équipe de deux crochets faits d’une plaque de tôle recourbée qui s’accrocheront dans les poignées des corps; un pèse personne, une planche de 1,50m environ, un tréteau de hauteur supérieure à la ruche. Poser le tréteau devant la ruche, poser la planche sur le toit plat de la ruche et à cheval sur le tréteau, poser le pèse personne sur la planche, placer la sangle sur l’ensemble, accrocher le corps de ruche, soulever la planche, le pèse personne donne le poids de la ruche qui doit normalement atteindre 40 k pour un bon hivernage sans besoin de nourrissement.

A propos des sucres

Le sucre ayant beaucoup augmenté de prix, les apiculteurs achètent des sucres dans des magasins discount. Ce sont des paquets sur lesquels aucune mention de type sucre de canne ou de betteraves n’apparait. Ce sont des sucres issus d’une hydrolyse de l’amidon de blé ou de maïs. Ces sucres peuvent contenir encore des traces d’amidon indigeste pour les abeilles. Il se peut que l’on observe des désordres intestinaux du fait de l’amidon présent dans les sirops faits avec ces sucres. Ceux qui sont très purs, sont plus chers. Ces traces s’observent lorsque l’on bat des œufs avec ces sucres, au lieu d’obtenir un mélange très fluide on obtient raidement une émulsion. Mais rien ne démontre pour l’heure de désordre majeur lié à ces sucres.
Les sirops des fabricants commencent à en préciser l’origine et la composition, réalité nutritionnelle ou argument commercial ?
On espère que l’institut technique en cours de mise en route saura acquérir la crédibilité requise pour nous fournir des informations fiables en la matière comme dans beaucoup d’autres.
Il nous faut passer des connaissances scientifiques indispensables comme les travaux sur les combinaisons Nosema et néonicotinoïdes à des recommandations pratiques efficaces pour nous aider à faire survivre nos colonies.

Jean RIONDET
Questions à : jean.riondet@gmail.com

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 35 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il rédige depuis l'an 2000 diverses rubriques d'abord dans la revue Abeilles et fleurs, puis dans la revue L'abeille de France. Il anime le blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ses ouvrages actuellement disponibles : L'apiculture mois par mois - Le Rucher durable - Installer un premier rucher - Élever ses reines, trois méthodes simples. Il participe activement au Groupement d'action sanitaire apicole du Rhône (GASAR) qui assure la formation continue des apiculteurs du Rhône https://gasarhone.fr/ Jean Riondet est chevalier dans l'ordre du Mérite agricole

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