Le jeudi 1er octobre avec Yves Berthaud nous explorerons les travaux de Derek Mitchell sur l’ineptie que représentent nos ruches à cadres mobiles de 20 ou 25 mm d’épaisseur !
« La ruche lue par un spécialiste de la mécanique des fluides en aéronautique Derek Mitchell »
Par Yves Berthaud à 20h45
https://us02web.zoom.us/j/83130184439?pwd=hFu9dkdDGiTIfNylI2UxsGuw7j3hov.1
Septembre est le moment du bilan des effets de la canicule et de l’état des colonies vues du côté de la préparation de la mise en hivernage.
C’est le temps des miellées de renouée du Japon, belle ressource apicole même si sa nature invasive pose problème par ailleurs. Le lierre est aussi en phase de départ et sera également une belle occasion car les pluies du début de l’année, les orages revenus, ont été favorables aux lianes. Les buissons de lierres anciens sont avantageux, les boules de fleurs très nombreuses.
Les canicules
Si nous sommes sur une tendance définitive concernant les chaleurs de l’été, même si une année ne ressemble pas à une autre, nous pouvons prendre acte de ce qui s’est passé en 2026 pour reconsidérer nos pratiques apicoles.
Chacun en fonction de ses objectifs de production et de lutte contre le Varroa, les deux étant liés, sera obligé de réfléchir à une stratégie combinée de récolte et de lutte. Côté canicules, les abeilles s’adaptent en régulant l’élevage selon les rentrées de pollen et de nectar, selon la facilité ou la difficulté qu’elles ont à thermoréguler leur couvain.
Lorsque les ruches sont des bouilloires thermiques, installées en plein soleil, toits peu isolés, peintures captant la chaleur, hausses mal isolées… les abeilles ont consacré leur énergie pour aller chercher de l’eau, ventiler et n’ont plus élevé de couvain.
Il faut garder en mémoire que l’énergie consacrée pour rafraîchir le nid à couvain est supérieure à celle nécessaire pour le chauffer en cas de froid. Les réserves de miel ont été largement entamées, les surfaces de couvain se sont rétrécies au point qu’en certains endroits il y eut un arrêt de ponte ; occasion inespérée pour réaliser un traitement avec un médicament à base d’acide oxalique. Occasions à ne jamais manquer tant la lutte contre Varroa est première, totale et permanente, mais à réaliser dans de bonnes conditions sous peine de fragiliser les colonies par des arrosages intempestifs.
Sur les ruches bien isolées, les couvains se sont maintenus, les réserves de miel ont fondu certes, mais les populations sont abondantes. Surtout si les corps ont bien été fermés par les « chaussures » en ruches RBC. En effet on a pu penser nécessaire d’aérer au maximum les plateaux de sol pour améliorer l’évacuation de la chaleur… mais aussi de sa rentrée ! Avons-nous ouvert portes et fenêtres pour rafraichir nos maisons en pleine journée par 35° à l’ombre ?
Non ! Nous nous sommes calfeutrés chez nous pour tenter de conserver le peu de fraîcheur encore présente et nous avons aéré la nuit lorsque la température baissait. Pour accompagner les colonies lors des périodes caniculaires il est fondamental de commencer par isoler le toit avec 6 cm d’un polystyrène extrudé ou d’un polyuréthane encore plus isolant. Le toit sera peint en blanc car sous une tôle grise et une tôle blanche on observe jusqu’à 20°c d’écart de température (65° lors des maximum des canicules sous la tôle grise contre 45° sous une tôle peinte en blanc).
Les partitions isolées réfléchissantes de type PIHP de Marc Guillemain, assurent aux abeilles une protection pour tenir au mieux la fraicheur dans l’espace du couvain, fraicheur organisée par les apports d’eau sur les opercules et la ventilation qu’opèrent des groupes d’abeilles.
L’adjonction de la chaussure, plateau de fermeture du fond de la ruche installée sur le plateau de sol réduit considérablement les échanges thermiques et maintient une hygrométrie élevée dans le nid à couvain. On se rappellera qu’en cet endroit les niveaux d’hygrométrie relative atteignent 90%, c’est l’hygrométrie dans le tambour de la machine à laver au terme de l’essorage. On remarque les cadres issus de ruches dotées du principe de la chaussure par une ponte de la reine jusqu’à la dernière rangée des cellules du rayon.
Malgré tout il aura fallu beaucoup d’énergie pour maintenir une hygrométrie et une température idéales dans le nid à couvain et en l’absence de rentrées significatives de nectar, les réserves internes ont été consommées.
Les actions
Les abreuvoirs sont à maintenir toute la saison, l’eau est centrale dans la vie des colonies. Pour humifier le miel, maintenir les œufs et les larves dans un environnement non desséchant, pour rafraichir, pour faire les gelées nourricières, pour boire …
Aujourd’hui les colonies sont fragilisées par une insuffisance de réserves, des couvains trop restreints et des populations en faible quantité. L’action est donc de les soutenir par des apports de candi protéinés et de candi pur pour apporter de quoi booster les colonies jusqu’à ce que des apports de pollen et de nectars soient observés.
Le sirop peut être apporté, mais à distribuer le soir et en quantité telle qu’en une nuit le nourrisseur soit vidé. Ce qui se mesure à l’expérience. En effet le risque des nourrissements au sirop est le pillage qui produit des destructions de colonies, des apports de varroas, des transmissions de maladies.
La fraicheur revenue, le risque de pillage baissant on pourra nourrir toutes les colonies avec des apports massifs de sirops pour favoriser le stockage nécessaire.
Le suivi des colonies
Les traitements contre le Varroa sont achevés, il est temps d’en vérifier l’efficacité. Le plus rapide est de faire un comptage à l’aide d’un bocal gradué pour extirper les varroas sur 300 abeilles nourrices collectées par frottement en descente du bocal contre les abeilles d’un cadre de couvain ouvert. Le tuto suivant est particulièrement bien conçu pour réussir un comptage efficace.
Dès que l’on dépasse le nombre de varroas acceptables pour la période actuelle, il est nécessaire de faire un traitement avant celui qui sera effectué en fin d’année. Pour une action rapide et efficace je préfère appliquer 1 bande de Formic Pro durant 1 semaine, c’est bref mais la rapidité d’action de ce médicament en fait un outil de choix en situation d’urgence. L’emploi doit être fait idéalement dans des fourchettes de températures entre 15 et 25°c. Ce produit est larvicide, il détruit le couvain ouvert mais pénètre les opercules et atteint les varroas cachés dans le couvain fermé. Pour une bonne évaporation du produit, on ajoute un couvre cadre nourrisseur mis à l’envers sur le corps. Au terme de cette semaine la bandelette est retirée et jetée au compost. On nourrit pour favoriser une reprise de la ponte de la reine.
Ce test est à faire sur toutes les colonies car un sondage quel qu’il soit ne permet pas de repérer avec certitude une tête à poux qui serait la source d’une infestation en continue dans le rucher. Il a été démontré que les transferts de varroas entre colonies se font essentiellement au sein d’un même rucher et beaucoup moins entre ruchers. C’est le constat de Thomas Seeley ce chercheur américain spécialiste des abeilles sauvages et partisan d’une approche Darwinienne de la conduite des colonies. (« l’Abeille à miel, – la vie secrète des colonie sauvages biotope éditions p 210)
La mesure du poids
C’est l’un des rares indicateurs chiffrés aisé à produire et des plus fiable pour suivre simplement l’évolution des colonies. À l’aide d’un peson on fera soit une pesée totale soit une pesée partielle. Pesée totale en prenant le poids du côté gauche de la ruche et en lui ajoutant celle du côté droit. Dans la configuration où les ruches sont toutes du même modèle, organisées de manière identique et dans le même bois, à l’évolution du poids d’une ruche suivi mois par mois on peut ajouter la comparaison entre colonies selon leur point de départ noté soigneusement en nombre de cadres de couvain, de miel…
En ruche classique certains collègues amènent leurs ruches à une quarantaine de kilos pour assure l’hivernage, en ruche RBC étant donné la plus faible consommation de miel pour assurer la thermorégulation de la colonie, une trentaine de kilos suffit largement.
Un problème avec l’encagement des reines
Comme attendu nous avons retrouvé avec les collègues des ruches à 2 reines, la mère et sa fille avec en prime un magnifique couvain qui est donc celui de la fille. Nous avons marqué la fille, retiré la mère et traité avec des lanières. Ce n’est pas le but recherché mais on ne pouvait refaire 3 semaines d’encagement. Mais nous avons eu des déboires avec les cagets chinoises dont nous avons constaté des défauts laissant un espace trop important entre certains barreaux. Nous allons les supprimer au profit soit de cages de Scalvini mais les laisser pedre entre 2 cadres impose un large espace comblé par des constructions surnuméraires, ou par des cages Juka. Pour ces cages Juka quelles sont vos remarques ? Je préfère que l’on me signale les défauts, les précautions à prendre… plutôt que de me dire c’est génial, le vendeur me l’a dit ! à vos mails : lesamisdesabeilles(at)gmail.com
Merci
En fin, une excellente nouvelle
Les éditions Ulmer viennent de publier le dernier ouvrage de vulgarisation scientifique de Jürgen Tautz, ex-professeur de biologie des abeilles à l’Université de Wurzburg où enseigna Karl von Frisch, le décrypteur de la danse des abeilles comme mode de communication.
« Les super pouvoirs des abeilles – Ce que nous dit la science »
155 pages ou de nombreux thèmes sont traités en seulement 3 pages ; avec la question posée, les chercheurs reconnus sur le sujet et les principaux résultats reconnus.
De la danse des abeilles il en donne les interprétations originelles et les connaissances actuelles. Le vol vrombissant est un élément négligé de la communication chez l’abeille mellifère. Une simple variation de 1,5°c entre les nymphes élevées à 34,5°c et 36°c détermine la longévité des abeilles à naître qui seront soit des abeilles de longue vie (dites d’hiver) ou de courte vie (dites d’été). Si, chez les humains, la gestion d’une pandémie se traduit par une mise à distance les uns des autres, dans la ruche la promiscuité est totale et permanente. Et pourtant les abeilles savent se protéger…
D’une clarté exceptionnelle, ces présentations reflètent la démarche du scientifique qu’est Jûrgen Tautz qui ne manque d’esprit critique. Il est tout à la fois admiratif de ce que l’on découvre chez les abeilles et en même temps il attire l’attention sur des extrapolations qui reflètent l’anthropomorphisme de commentateurs ébahis.
« Quand on installe expérimentalement des nourrisseurs représentant des visages humains et des œuvres d’art, ceux-ci sont interprétés comme des fleurs par les abeilles. Si on utilisait des signes calligraphiques chinois, la performance des abeilles pourrait même suggérer une connaissance du chinois, si on tient à leur attribuer une nouvelle faculté. »
Le titre originel de l’ouvrage en allemand donne le ton « Même les abeilles transpirent des pieds »
Pour 18 euros, la connaissance en apidologie à portée de main.