Et + 1 on s’en approche

On ne sait de quoi mais avec certitude.
Aucune des prévisions du début de l’année 2017 n’ayant été avérée, on avance à petits pas dans le brouhaha du quotidien, le tohubohu médiatique, le fracas des guerres et déclarations tonitruantes…
L’apiculteur contemple avec délectation ses bêtes, comme tout éleveur, mais à la différence de bien d’autres élevages, l’abeille reste un insecte sauvage qui échappe à nos tentatives d’industrialisation de son existence. Cela nous rend modeste ou le devrait.

Les coups de froids ou de fraîcheur ont alterné avec des températures particulièrement douces pour la saison. Les abeilles sont beaucoup sorties et ont mangé leurs réserves pour aller voir ce qui se passait dehors. J’en ai vu qui allaient chercher de l’eau, signe que le couvain était toujours là. Du couvain ouvert pour lequel les bouillies nourricières requièrent beaucoup d’eau.
La conséquence en est que l’on doit surveiller le poids des ruches et apporter les compléments qui s’imposent à celles qui auraient perdu beaucoup de leurs réserves.
Comme indiqué le mois précédent, le point de repère très simple est qu’en pesée arrière une Dadant 10c avec un toit en tôle doit être de 18 k en ce moment, en dessous il faut nourrir.
En cas de doute, d’absence de pesée, un pain de candi très sec posé directement sur la tête des cadres permettra d’apporter les ressources en sucre nécessaires.
Si le candi est sec, il ne sera guère stocké. S’il est trop mou il sera très rapidement consommé et stocké, ce n’est pas le but.

Au rucher

C’est la poursuite des nettoyages, débroussaillages, réorganisation des emplacements.
Les ruches déplacées calmement dans le rucher au moment d’une longue période de froid qui empêche les colonies de sortir ne seront pas perturbées; un temps de claustration et leur GPS doit être réglé de nouveau.
Il faut les déplacer sans chocs ni heurts, de manière à laisser la grappe bien resserrée. Les poignées type caisse de munitions sont bien commodes pour ces manipulations, on peut travailler confortablement à deux.
C’est aussi le temps des traitements à l’acide oxalique en l’absence de couvain. C’est un traitement des plus efficaces, nécessaire pour démarrer les colonies avec le moins de varroas possibles.

Je reviens sur le traitement à l’acide oxalique déjà évoqué le mois dernier.
Le dégouttement est la méthode la moins compliquée et à moindre risque pour l’apiculteur mais elle exige des conditions météo particulières : environ 10°c et pas de vent, du soleil si possible. Ce n’est pas toujours gagné à cette époque et le jour dit faut il être disponible !
La sublimation faisable quasiment par tout temps requiert un appareillage couteux et des mesures de précautions elles aussi couteuses. Elle est réservée aux professionnels et aux amateurs ayant un nombre conséquent de ruches.
Pour mémoire les cartouches de protetion contre le gaz de l’acide oxalique coutent entre 20 et 25 € et ont une durée de vie qui n’excède pas 48h.
Sans formation particulière et sans conscience des risques associés, la sublimation n’est pas à considérer pour les amateurs ayant peu de ruches. Le danger lié au gaz est trop élevé.

Les quelques réactions que j’ai eues suite au papier de décembre montrent que je n’ai pas opéré une distinction claire entre risque et danger.
L’acide oxalique est une substance classée vénéneuse donc un poison, c’est un acide donc il peut provoquer des brûlures.
Mais les risques associés à son usage selon les modalités d’emploi ne sont pas les mêmes.
Ma grand mère avait du sel d’oseille dans sa cuisine pour détartrer, enlever la rouille des lames de couteaux ou les taches d’encre sur les linges… On le savait dangereux mais les risques d’empoisonnement et de brûlure étaient minimes dans les conditions d’emploi de l’époque.
L’acide oxalique peut être dangereux si l’on en respire des poussières, ce que l’on évite avec un masque anti poussière bien commun et de surcroit pas onéreux. Rapidement dilué dans de l’eau et aux doses que nous employons en apiculture le liquide est certes acide mais sa manipulation guère plus à risque que le vinaigre blanc. Son ingestion serait à haut risque, mais qui aurait l’idée de boire la solution que l’on jette après usage car elle ne se conserve pas ?

Il n’en est pas de même du gaz dégagé par la sublimation. Ce sont des molécules que nous produisons et non des particules, des poussières.
La protection passe par des filtres qui neutralisent ce gaz, filtres nécessairement couteux et à durée de vie courte, 48h au plus.
L’apprentissage de cette méthode porte essentiellement sur les mesures de protection. Le gaz pénètre au plus profond des bronches qu’il détruit et vient irriter les muqueuses des yeux, de la bouche. Il est aussi destructeur que le furent les gaz employés durant la guerre de 1914.
Lors de la mise en oeuvre par temps froid, le nuage de fumée qui sort des ruches engendre une nappe de gaz au niveau de l’applicateur qui fait qu’il est dans le gaz et ne peut respirer qu’à la condition d’être protégé.
Le développement de la sublimation qui est en cours chez les professionnels, me rappelle l’emploi des nébuliseurs d’hôpitaux pour désinfecter les chambres des patients. On leur faisait cracher de l’Amitraz dans les ruches. A l’époque aucune précaution particulière n’était préconisée alors que cette nébulisation pénétrait très profondément dans les poumons. L’Amitraz a-t-il la réputation d’être inoffensif ? C’était de l’inconscience.
Alors soyons prudents et responsables, pour reprendre un vocabulaire à la mode. Réservons la sublimation à ceux qui seront formés voire labellisés pour l’utiliser.

Un peu d’amusement !

L’an passé les floraisons de fin d’hiver et de début du printemps ont empéché nombre d’apiculteurs de faire des récoltes, le froid de fin d’avril, de mai et début juin a obéré les récoltes du printemps.
Ceux qui s’en sont sortis avaient nourri au sirop liquide dès janvier; un verre mis dans un cadre nourrisseur de petite dimension, celle d’un cadre de hausse, collé au plus près de la grappe. Ce cadre sera introduit un jour de chaleur, 10-15°c, le sirop sera mis chaud, 35 – 40°, un peu de grillage sera glissé le long des parois pour éviter les noyades.
Ces cadres en plastique sont au format Langstroth soit 1 cm de plus que le cadre Dadant. Il faut lui rogner les oreilles pour le faire rentrer sans forcer dans la ruche.
Ce nourrissement sera répétée en février.

40 jours avant la date présumée de la floraison la plus importante sur laquelle on souhaite faire une première récolte, on donne 1/2 l de sirop chaud 3 fois/ semaine durant 20 jours, puis on laisse la colonie se développer. Au moment de l’arrivée de la floraison attendue, on pose immédiatement deux hausses sur la colonie, hausses bâtis pour l’essentiel puisque ce sera la première récolte. Les abeilles peuvent ne pas être encore suffisamment nombreuses pour construire en masse.
Si la floraison n’arrive pas à l’heure il faut faire des essaims artificiels sinon ce sera l’essaimage assuré. Les colonies les plus fortes, sur 8 cadres, feront l’objet d’un essaim nu. Technique décrite dans mon ouvrage « le rucher durable ».

Petit bricolage : faire son lève cadre

Mon ami Nicolas fabrique des lève cadres sur un modèle très répandu dans la région de Lyon. Un fer plat de 20 ou 25 mm selon la largeur de la main, de 30 cm de long environ, j’en ai fait un de 50 cm pour aller dans le bas des corps.
DSC_9034
On le découpe à la meuleuse ou à la scie
DSC_9035

Puis on l’ébarbe et arrondit les extrémités pour éviter de percer la poche porte lève cadre.
DSC_9038

Au chalumeau (propane) on chauffe l’extrémité une fois rouge on la courbe à l’étau
DSC_9043

Toujours au chalumeau en 3 fois on chauffe l’autre extrémité que l’on aplatit à la masse pour l’amincir et en faire un coté grattoir.
DSC_9046
Puis on lui donne un coup de peinture fluo pour le rendre visible dans l’herbe. Mise en oeuvre 30 minutes.

DSC_9050

Un voeux ?

Que le décret paraisse au plus vite, celui dont le projet nous fut présenté en mars dernier qui abroge l’obligation d’une ordonnance pour acquérir les médicaments acaricides. C’est une directive européenne, donc il devrait sortir, nonobstant les réticences de nos amis vétérinaires qui regrettent sans doute que les colliers antipuces pour les chiens et chats soient vendus en grande surface et en droguerie !
Non, c’est une bricole.
Mais que l’on prenne conscience que la mise à mal du logement social à l’oeuvre actuellement relève d’une erreur politique majeure.
Depuis près d’un demi siècle les vœux des Présidents année après année nous promettent la relance du marché de l’emploi, aucun n’y est parvenu. C’est un vœux pieux.
Par contre le logement pourrait faire l’objet d’une réussite politique.
A défaut de savoir créer des emplois, donnons un logement à ceux qui ne peuvent accéder à la propriété. C’est la mission du logement social.
Jean RIONDET

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

10 résponses de Et + 1 on s’en approche

  1. lxp78 dit :

    Merci beaucoup, vous répondez à beaucoup de questions que je me pose en ce moment, j’adhère à une association qui veut expérimenter le traitement par sublimation, lorsque j’ai vu le matériel et l’équipement de protection ….je préférait m’en tenir a la méthode par égouttement, il me reste à me procurer la matière ?
    Cordialement.

    • Oui le dégouttement est la méthode adaptée aux possesseurs de peu de ruches.
      L’acide oxalique, si l’on est un puriste de la réglementation doit être issu d’un médicament avec AMM en l’occurrence l’APIBIOXAL.
      Maintenant l’acide oxalique est aussi vendu en droguerie, chez des revendeurs de produits d’apiculture… mais jamais mentionné comme pouvant servir à lutter contre le varroa (Code de la santé oblige : monopole de la prescription aux vétérinaires, monopole de la vente des médicaments aux pharmaciens aux vétérinaires et par dérogation aux Groupements dotés d’un PSE. Mais tout cela va changer avec le décret sur l’abandon de l’obligation d’ordonnance pour se procurer les acaricides contre varroa). Les marchands du temple vendent cet acide qui sert à blanchir la cire, à éclaircir le bois, à dérouiller les lames de couteau, ma grand mère en avait sur son évier c’était le sel d’oseille, elle ne connut pas l’inox la pauvre ! Ce sel d’oseille de grande surface et de droguerie est le même que celui vendu par les pharmaciens. Ce qui n’est pas toujours le cas de tous les produits chimiques que l’on utilise dans l’alimentation et dans d’autres domaines techniques (par exemple le bicarbonate de soude).
      J Riondet

  2. Jean-pierre Mesnage dit :

    Bonjour Mr Riondet,
    Je suis apiculteur amateur (deux ruches) et bailleur amateur aussi ( deux appartements).
    J’ai eu plus de déboires que de satisfactions dans ces deux activités. Mais la seule qui m’a laissé un goût amer est bien la seconde!
    Je pense qu’à l’avenir, je ne serai bailleur que pour les abeilles.
    Encore merci pour vos articles
    jp

  3. TUPIN dit :

    Bonjour,
    pensez-vous que je puisse déjà nourrir mes ruches à l’aide d’un nourrisseur couvre-cadre mi-février en région de plaine (Ain, 400 m d’altitude) ? Utiliser les cadres-nourrisseurs, au plus près de la grappe, me semble plus difficile, car cela nécessiterait d’accéder à chaque fois au dessus de la ruche, en risquant de la refroidir…
    Merci de votre réponse,
    cordialement.

    • Le sirop dans le couvre cadre nourrisseur sera trop froid rapidement. Cela marche si : on met un sirop chaud vers 40° en petite quantité de l’ordre de 250 ml (un verre) et que la colonie soit suffisamment puissante pour que de nombreuses abeilles viennent y boire. Je l’ai longtemps fait mais sur les colonies soit où l’on voyait des abeilles se promener sur le couvre cadre en passant sous les trous de la chicane soit si en mettant la paume de la main à plat sur le couvre cadre il était tiède. Le cadre nourrisseur si on met un petit peu profond, reste à la température de la ruche, le sirop est plus rapidement pris. Si on craint de refroidir la colonie à l’ouverture, il faut mettre un polyane un peu épais sur le corps et on n’ouvre sur le coté à l’endroit du nourrisseur. C’est sans risque si on opère vite et que la température n’est pas trop basse, de l’ordre de 6 – 10 °c

      • TUPIN dit :

        Merci pour votre réponse et pour votre ouvrage, « Le rucher durable », qui m’accompagne dans mes efforts pour maintenir un rucher sain et prospère !

  4. jmj dit :

    Bonjour Monsieur RIONDET

    Un truc mystérieux….Quand l’ oeuf de la poule est fécondé ça donne un poussin et quand il n’est pas fécondé pas de poussin. Alors comment ce fait il que chez l’abeille un oeuf non fécondé donne quand même naissance à un poussin abeille (et uniquement male). On nous a toujours appris que sans fécondation pas de bébé…je n’y comprends plus rien?

    • C’est une des particularité du vivant, les règles générales sont bourrées d’exceptions. Cette complexité en fait un champ merveilleux de recherches. Par exemple le varroa, sa reproduction pose problème : il se reproduit dans la gelée larvaire lors de la nymphose de l’abeille. La femelle pond un premier œuf qui est un mâle, puis des œufs de femelles. Ces femelles seront fécondées par le mâle (parfois ils sont deux) produit par leur mère, c’est de la consanguinité pure et dure ! Or, pas de disparition de l’espèce malgré cela. La reproduction sexuée possède de nombreuses variantes. La littérature scientifique sur le sujet abonde.
      J RIONDET

  5. lxp78 dit :

    Bonjour Monsieur Riondet.
    Je vient de perdre 4 colonies qui étaient pauvres en réserve de miel et aux quelles j’avait donné à chacune un pain de candi apifonda, elles n’en n’on apparamment pas consommé alors qu’un lot précédent avaient été consommés. J’ai constaté que l’emballage de ce dernier nourrissement mentionnait d’utiliser avant Juillet 2017. Pensez vous que ce candi aurait pu fermenter et n’était plus consommable par les abeilles?
    Cordialement.

  6. jmj dit :

    Bonjour, petit témoignage:
    Nous sommes le 28 janvier à 650 m d altitude dans le massif central, la température est de 6 á 8 degrés , 2 ou 3 rayons de soleil pas plus et les abeilles ramènent déjà du pollen! C’est fou l’énergie de ces petites bêtes!

    Cordialement
    Jmj

Répondre à Jean-pierre Mesnage Annuler la réponse.

Apiculture Beehoo