Un mois de septembre chaud et sec ?

Septembre : abeilles d’hiver et traitement anti varroa

Si les pluies passagères de début du mois cessent et que septembre soit un mois chaud et sec, il sera nécessaire de nourrir.

L’absence de fleurs affamera les colonies et les réserves d’hiver seront entamées. Il sera nécessaire de surveiller les colonies pour éviter des arrêts de ponte bloquant le renouvellement des populations et notamment la fabrication des abeilles d’hiver.

abeille d'hiver

Des abeilles d’hiver stratégiques.

L’hivernage chez l’abeille est un mode de survie particulier. Chez les guêpes et les frelons, les colonies disparaissent en fin d’été et ne survivent que des femelles, fécondées ou non, qui en mars prochain commenceront à reconstruire un nid pour fonder une nouvelle colonie qui ne connaitra son plein développement qu’en juillet.
L’abeille survit en groupe d’ouvrières avec une reine. Ce groupe est composé en principe d’abeilles d’intérieur, celles qui n’ont jamais été butineuses et qui, n’ayant jamais eu à faire de transformation de nectars en miel, ont conservé leurs capacité de nourrices et de cirières. leurs glandes productrices des diverses gelées n’ont pas vieilli, leurs corps gras riches de toutes les protéines dont elles ont besoin pour vivre longtemps, pour résister aux maladies… se sont développé au cours de la fin de l’été avec les abondants pollens. La vitellogénine, protéine dont elles ont besoin pour assurer leur survie en particulier, se sera accumulé dans leur organisme grâce aux nourritures riches en protéines que ce soient les pollens, déjà cités, mais aussi le couvain ouvert qu’elles cannibalisent au moment des disettes et des premiers froids.
Avec de bonnes réserves, ce groupe de jeunes abeilles devrait pouvoir passer la morte saison, faire démarrer la ponte de la reine dès la fin janvier dans la plus part des régions de France, assurer les collectes de nectar et de pollens dès que possible et ce jusqu’en mars compris.
Mais ce n’est pas toujours le cas.

Des abeilles fragilisées

Ce schéma général est modifié par les conditions environnementales actuelles. Il semble acquis que les pesticides systémiques induisent une pression constantes sur les abeilles, y compris depuis l’état larvaire par ceux véhiculés par le nectar qui en contiendrait des traces présentes à leur tour dans les bouillies larvaires. Leur durée de vie serait amoindrie par les effets synergiques avec des maladies normalement présentes dans les colonies telle que la Nosémose. Ce qui se traduit par des populations moins dynamiques qu’auparavant.
Les intoxications depuis les années 1950 avec les pesticides de contact tuaient les butineuses, on les retrouvaient massivement devant les ruches, les nouvelles familles de ces pesticides font que les butineuses ne retrouvent plus leurs ruches, que le couvain peut profiter de ces produits comme déjà indiqué, que les plantes successives peuvent recycler ces produits chimiques présents dans le sol. Cette pression constante conduit à des populations peas assez nombresues et la réponse de nombre de professionnels sera d’utiliser l’abeille Buckfast très prolifique, mais plus complexe à conduire.
S’ajoute à cela la prédation de varroa en terme protéinique. Ce parasite suce leur hémolymphe et en retire leurs protéines. C’est un peu comme si nous portions sur nous un ou plusieurs parasites d’au moins une centaine de grammes qui vivraient des protéines, sels minéraux et oligo-éléments que notre sang véhicule. Cette prédation atteint la quantité et la qualité des protéines dont l’abeille peut disposer et en particulier le vitellogénine facteur de longévité.
Bref, des risques de Nosémose multipliés, une carence protéinique constante et nos abeilles meurent naturellement de vieillesse en février au lieu de fin mars. Ces 30 à 50 jours d’écart avec ce que nous connaissions dans les années 1980 nous conduisent à connaître des mortalités fréquentes et massives en hiver.

Une réponse par une conduite renouvelée

Comment produire des abeilles d’hiver ?
Lors d’un précédent papier sur le nourrissement j’indiquais comment nourrir la récolte faite. Apports massifs de sirops et réduction du nombre de cadres en enlevant tous ceux qui sont vides ou insuffisamment pleins. De sorte que les butineuses et les abeilles d’intérieur stockeront le miel dans l’espace disponible. Une fois cet espace plein elles réduiront leur butinage, aux besoins quotidiens en nectars et pollens. D’où l’importance de réduire cet espace pour éviter une dispersion du miel sur trop de cadres et peu sur chacun ce qui conduit à ds grappes qui meurent par insuffisance de ressources là où elles sont et en cas de froid prolongé elles ne peuvent aller explorer d’autres endroits de la ruche pour y trouver pitance.
Cette réduction de l’espace peut aller jusqu’à 6 cadres.
Il faut également surveiller l’état de la ponte pour maintenir une surface de couvain à peu près égale au tiers de la surface de miel. Ce rapport diminuant bien évidemment avec le temps puisque en fin décembre il n’y a pratiquement plus de couvain la plus part du temps.
Ce pilotage se réalise en utilisant un sirop concentré et en forte quantité pour stocker et un sirop léger en faible quantité mais très régulièrement tous les jours ou 2 à 3 fois par semaine selon disponibilité. Si on donne tous les jours, ce sera l’équivalent de 250 cm3 soit un verre si c’est tous les deux jours ce sera 500 cm3 etc.
Ne donner du sirop qu’une fois par semaine et quelle que soit sa concentration conduit à produire un effet de stockage qui pourrait se traduire au détriment de la surface de couvain. Mais tout n’est pas simple pour l’apiculteur qui doit arbitrer entre ses diverse contraintes.

Un traitement approprié contre varroa

Le dernier point très important est de traiter efficacement contre varroa. Pour ma part je mets des lanières d’Apivar, molécule pour l’instant autorisée sur toute la durée de la morte saison puisque l’AMM est donnée pour au minimum 6 semaines sans durée maximale. Je les retire en mars.
C’est la méthode qui semble la plus inoffensive pour les reines (mais pas totalement inoffensive) et la plus efficace contre varroa pour un travail réduit. Encore faut-il que les lanières qui agissent par contact uniquement soient bien placées au cœur du nid à couvain et suspendues à un fil de fer pour que l’on ait le maximum de la lanière au contact des abeilles. Les bricolages personnels au Taktic sont à éviter car la molécule mise au contact de l’humidité de la ruche serait décomposée en 72 heures. Le traitement est alors inefficace.
Au printemps il est nécessaire de faire baisser la pression du varroa par une approche biotechnique mais j’y reviendrai plus tard.

Ainsi avec ces deux points de conduite des colonies est-on assuré d’avoir les plus grandes chances d e son coté pour démarrer l’hivernage. Mais pour assurer la suite un nourrissement au candi protéiné en hiver s’imposera.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

Comments are closed.