Avril 2012 ne te découvre pas d’un fil

Après les grandes chaleurs de mars, la fraîcheur revient et avec elle de moindres rentrées de nectar. Les colonies très populeuses comme les plus faibles vont voir s’inverser le raport entre la surface de couvain fermée et celle de couvain ouvert. L’essaimage se met en route.

Beaucoup de très belles colonies

Dans notre région de Lyon, les colonies construisent depuis le début du mois, certaines l’ont fait également sous les cadres puisque je mets mes caisses sur une hausse vide entre corps et plateau de sol grillagé. Beaucoup de cellules de bourdons et les reines y ont pondu. Dans deux semaines, j’irai les visiter pour couper ces pièges à varroa.
Les visites de ces derniers jours ont montré que les belles colonies ont construit et pondu un cadre par semaine. Le nombre de cadres de couvain est très variable, sans doute du à la fécondité de la reine, mais aussi et surtout au nombre des nourrices disponibles pour la faire pondre.
J’ai trouvé des colonies sur 8 cadres de couvain d’autres sur trois seulement. J’ai échangé des cadres entre colonies pour équilibrer les populations et limiter les risques d’essaimage.
Dès que possible je ferai des essaims artificiels.

Quelques ruches sans un poil de couvain mais pas d’ouvrières pondeuses. Comme j’ai changé toutes les reines en octobre dernier, le couvain ayant duré longtemps, des supersédures ont eu lieu car j’ai trouvé un bon cinquième de reines non marquées dans des colonies où fut introduite une reine marquée et contrôlée dans les semaines suivantes; certaines ont eu lieu très tardivement sans doute et la fécondation des reines n’a pu se faire. Dans ces colonies il y a donc une reine vierge qui maintient la cohérence du peuple, le nectar rentre à pleins tuyaux, la reine ne pouvant être fécondée ces colonies sont vouées à disparaître. Elles feront l’objet d’une réunion. J’ai de beaux essaims en ruchette 6 cadres, ce sera parfait.

Les colonies faibles auraient du faire l’objet d’un nourrissement régulier en sirop depuis 2 semaines car le pollen rentrait sans un apport massif de nectar, sauf depuis quelques jours où les fruitiers sont en fleur en masse et le nectar est au rendez-vous, leur enracinement profond se fait en terre humide, les fleurs des plantes courtes manquent d’eau.
Lorsque le pollen rentre on ne risque pas de carences en protéines en poussant la ponte par des apports de sirops. Les semaines à venir seraient plus froides, pluvieuses, on le souhaite car la terre a soif et les fleurs sont pauvres en nectar, il sera nécessaire de nourrir un peu une ou deux fois par semaine pour maintenir la ponte de la reine car l’absence de rentrée de nectar va bloquer la ponte et le déséquilibre entre la surface de couvain ouvert et celle de couvain fermé sera fin avril la source d’essaims en masse.

Mais il ne faudra oublier de surveiller les colonies car cette situation sera quoi que l’on fasse propice à l’essaimage. J’ai enlevé beaucoup de cadres de corps pleins de nectar et de miel pour mettre des cires à construire, faire de la place pour la ponte de la reine. Le colza commence à s’ouvrir, deux hausses seront mises sur les colonies les plus fortes pour éviter l’engorgement du nid à couvain.

Faire des essaims artificiels

En apiculture tout marche si les conditions environnementales sont favorables ! Voici une manière de faire :

Avec des Dadant prendre 2 cadres de couvain et un cadre de miel et pollen, le tout bien plein d’abeilles, quitte à en récupérer depuis d’autres ruches en secouant les abeilles prises sur des cadres de couvain, ce seront des nourrices, stratégiques pour un élevage de reines. Attention à ce qu’il y ait bien des œufs sur un cadre de couvain, l’autre étant composé de couvain fermé pour alimenter cette population en nourrices. Il se passe 6 semaines environ durant lesquelles la colonie voit sa population décroitre avant que la ponte de la nouvelle reine apporte de nouvelles abeilles. Donc il faut du monde, du couvain , de la bouffe
Ces ensembles, quelle que soit la technique de fabrication (essaim sur cadre ou essaim nu avec paquet d’abeilles) seront mis en cave de suite une nuit plus la journée suivante et mis dans le rucher au soir la nuit tombante.
Nourris deux ou trois fois par semaine selon les besoins, ils seront sur 6 cadres en juin.
Mes Warré sur un seul élément nourries tout l’hiver au candi protéiné, ont des reines de l’an passé qui me permettront de faire mes premier essaims avant les élevages de reines de mi mai .

J’utiliserai sans modération la technique de l’inversion de place des colonies ruches et ruchettes pour affaiblir les trop puissantes et renforcer les plus faibles.

Trois précautions sont à respecter :
– nourrir tous les deux ou trois jours et ajouter des cires à construire au fil du temps pour agrandir la colonie ou remplacer les cires anciennes.
– ne pas hésiter en cas de population trop faible à mettre l’essaim à la place d’une forte colonie pour le renforcer en butineuses et équilibrer les populations, ce qui participe aussi à la baisse de la fièvre d’essaimage;
– traiter contre varroa en mettant une lanière d’Apivar dans le nid à couvain, la laisser durant 3 mois et retraiter en septembre jusqu’à la disparition du couvain., ce qui peut conduire à ne l’enlever qu’à l’ouverture de printemps.
Un traitement anti-varroa costaud et des populations bien nourries, on arrive à de bons résultats hors zone infestée par des traitements agrochimiques intempestifs (sur la fleur du colza actuellement) ou en arboriculture. Là les ruchers sont décimés. J’en ai des exemples ces jours.


Plutôt que de mettre l’essaim en cave, la mise à distance dépend de la configuration des lieux. En zone de plaine plate, 3 km peuvent s’avérer insuffisants. Mais 1 km suffit dès lors qu’un dénivelé important apparaît avec un changement d’orientation. Idem entre des zones proches qui connaissent de forts changements du champs magnétique.

Le froid qui nous tombe dessus

Entre le début de l’écriture de ce billet et la fin deux semaines se sont écoulées. Juste le temps d’aller voir quelques apiculteurs en Roumanie. Le froid annoncé m’a conduit à ne pas mettre de hausses et bien m’en a pris car le froid a stoppé le développement des colonies, s’il perdure il sera intéressant de nourrir d’un litre, voire plus selon les colonies, pour maintenir la ponte de la reine. Nourrir est important pour cirer mais cela évite l’engorgement du nid couvain et permette l’étalement de la ponte de la reine. Les ruches dont le corps est rehaussé d’une hausse vide permettent aux colonies de construire sous les cades de corps rendant inutile un agrandissement de la colonie par le sommet. Cela évite une pose prématurée des hausses. Espérons que les hausses pourront être mises dans deux semaines, la récolte sur le Colza semble bien compromise.
Chez des collègues les premiers essaims sont sortis des ruches !

Petite note sur les essaims
Si l’on souhaite assurer l’enruchage d’un essaim naturel, une fois rentré dans la ruchette, la fermer de suite et la mettre en cave une nuit, la journée du lendemain et la mettre au rucher le soir à la nuit tombante, puis nourrir. L’enrucher sur des cires, ne jamais mettre de cadres de couvain qui apportent du varroa et le traiter avec une lanière dès la ponte de la reine amorcée. Laisser le traitement deux mois. En procédant ainsi on obtient de bons résultats même si l’essaim possède une reine vierge. Le traitement anti varroa précoce n’exonère en rien celui d’automne – hiver, mais assure un niveau d’infestation minimum qui fera qu’en 2013 la colonie démarrera avec un état sanitaire au top.
L’infestation 2013 sera fonction de la qualité des traitements 2012.


L’apiculture est un bon placement, même si l’investissement initial est réél. Pour le placement 2014, le rendement d’un rucher pourrait être d’un bon niveau.

 

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

6 résponses de Avril 2012 ne te découvre pas d’un fil

  1. Mechlia taoufik dit :

    Tout mon respect pour ces belles explications d expert.
    Cordialement.

  2. HABIB dit :

    MERCI BEAUCOUP POUR TOUT CES CONSEILS.

  3. Titou dit :

    Bonjour M Riondet
    Je voudrais savoir si je peux faire des essaims artificiels et espérer avoir une recolte sur mes ruches. J’ai perdu plusieurs ruches cet hiver dont certaines qui étaient magnifiques à l’entrée de l’hiver. J’ai retrouvé la plus part pillées. J’ai besoin de remonter mon cheptel. Merci de vos conseils
    Bien cordialement

    • Oui en faisant des essaims sur 2 ou 3 cadres on réduit le risque d’essaimage, on produit des essaims, on préserve la récolte. Les diverses méthodes sont explicitées dans mon ouvrage « le rucher durable » des pages 152 à 161. L’idée est que si on veut stopper l’essaimage il faut couper la colonie en deux mais la récolte de miel est compromise. Pour obtenir le même effet avec récolte de miel mais on observe un risque accru d’essaimage, on fait des essaims artificiels avec moins de cadres de couvains et d’abeilles.

      Mais si on veut explicitement faire des essaims puissants et qui démarrent vite il faut utiliser la technique de l’essaim nu. Et je conseillerai d’en faire un que l’on enruche dans une ruchette 6 cadres, sur des cires vierges et on nourrit massivement avec 3l de sirop pour faire construire au plus vite. ou alors on utilise une colonie de 2016 que l’on enruche dans une ruchette 6 cadres, ce qui est possible en début de saison.

      Une fois la reine en ponte sur un maximum de rayons, dès que le couvain est operculé on pose sur cette ruchette un corps de ruchette sans fond. Dans cette ruchette on y mettra 3 cadres de couvain bien operculés pris en bas où on regroupe les cadres de couvain, et sur chacun des coté on pose des cires vierges.
      Puis on nourrit de 3l de sirop.
      3 semaines plus tard on regarde si tout est construit et si le couvain s’y développe bien sur 8 ou 9 cadres, si tel est le cas, on divise ce gratte ciel, on éloigne les deux ruchettes de 3km mini à 6km, puis on surveille pour voir où se trouve la reine. Rapidement sur cette ruchette ayant conservé la reine on refait l’opération de pose d’une autre ruchette dans laquelle on place 3 cadres de couvain operculé et en bas le couvain ouvert, on complète de cires et on nourrit de 3l de sirop. Avec une bonne pondeuse on tire un essaim toutes les 3 à 4 semaines.

      On fera de même 2 mois plus tard avec la nouvelle colonie précédemment formée. Elle aura eu le temps de refaire une reine et de remplir ses cadres de couvain. D’une ruchette en avril on arrive à constituer 6 ruchettes fin septembre.

      Cette technique ne fonctionne bien qu’avec des reines très bonnes pondeuses, donc de l’année précédente. L’âge de la reine est premier face à la race en matière de ponte.
      Le couvain operculé est placé au sommet car il a besoin d’un maximum de chaleur. Ce gratte ciel correspond au volume d’une ruche 12 cadres
      Bons essais.
      Jean Riondet

  4. Lounes dit :

    Jusqu’à quelle période on peut faire l,Essaimage

    • Bonjour,
      L’essaimage artificiel sans cellule royale d’élevage peut se faire jusqu’en juillet sans trop de problèmes, avec des CR d’élevage vous pouvez en faire jusqu’en aout à condition que les mâles n’aient pas été chassés du fait de la raréfaction de la ressource alimentaire, avec des reines fécondées jusqu’en septembre.
      Mais si vous faites des essaims artificiels avec des cadres de couvain, il en faut un seul en avril, 2 en mai, 3 en juin, 4 en juillet et idem pour aout et septembre car il faut que les colonies soient sur 5 cadres couvain, miel et pollen en septembre pour passer la morte saison.
      Mais plus on introduit des reines tardivement plus on risque d’observer en mars des colonies orphelines ou bourdonneuses car lors des introductions de reines fécondées il n’est pas rare dans les 2 à 3 mois qui suivent, d’observer des phénomènes de supersédure (changement de reine sans essaimage) or à ce moment là les colonies ont chassé les mâles et les reines ne peuvent plus être fécondées.
      J RIONDET

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