Décembre miel et citron

Tel que démarre ce mois de décembre, gargarisez vous avec une tisane sucrée au miel et vitaminée au citron, ce sera la meilleure des préventions… si le sucre ne vous est pas interdit.
Décembre est le dernier mois de l’automne calendaire mais le premier mois de l’hiver météo ou pour de nombreuses plantes c’est la période hiémale qui s’ouvre jusqu’en mars.
Le froid est là, les colonies grappent le couvain disparaît.

Au rucher
On ne bouge plus les ruches jusqu’au redoux de janvier sans doute. C’est le moment où la colonie est sans couvain il sera temps soit de faire un traitement à l’acide oxalique par sublimation soit par dégouttement.
A l’avenir l’AO sera sans doute l’une des médications à privilégier pour développer une stratégie de lutte intégrée contre varroa, c’est à dire utilisant plusieurs procédés. Produit déjà présent sous forme de traces dans le miel, il n’en altère pas les qualités et ne laisse pas de résidus, utilisable en apiculture sous appellation biologique, très efficace mais en absence de couvain.
Son emploi requiert un apprentissage. Voici le grandes lignes de sa mise en oeuvre en dégouttement.

Précautions
C’est un acide dangereux, substance classée vénéneuse donc à manipuler avec des gants classés « chimie ». C’est une poudre, sa manipulation requiert des précautions pour éviter d’en aspirer des particules donc à manipuler avec un masque anti-poussière de type FFP3.
Pour l’heure la seule spécialité disponible ayant une AMM est l’Apibioxal vendu en sachet pour 1/2 l de sirop. A 5ml de sirop par inter-cadre où l’on voit des abeilles on traite environ 10 ruches.
APIBIOXAL_DSC_8821
Mode d’action
Le résumé des caractéristiques du produit (RCP) de l’ANSES et de l’ANMV précise que l’acide oxalique agit par contact notamment sur les pattes et les membranes de l’exosquelette (sa carrosserie). Il semblerait également que l’ingestion par les abeilles du sirop acidifié engendrerait une acidification de l’hémolymphe des abeilles qui serait alors nocive pour les varroas. Cette acidification durerait 4 jours, ce qui conduit certains professionnels à réaliser un second dégouttement au 5° jour après la première application ou de faire une application par sublimation. Ce qui est possible en été mais moins propice en hiver.
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Matériels
Apibioxal 1 sachet pour 10 colonies, 500 ml de sirop 50/50, gants chimie, lunettes étanches de type piscine, 10 seringues de gavage de 60 ml (1 par ruche) ou une seringue de type HSW Ecomatic avec tube plongeur, un thermos plastique et une petite glacière avec des accumulateurs de chaleur, un thermomètre à infra rouge.

Préparation
Percer le bouchon du thermos avec une mèche au diamètre du tube plongeur de la seringue HSW. Remplir le thermos d’eau très chaude.
Préparer un sirop fait 250 g de sucre et 250 g d’eau, porter l’ensemble à 40°c, température mesurée avec le thermomètre à infra rouge. Ajouter la poudre d’Apibioxal, compléter pour avoir 500 ml de solution. Vider le thermos de l’eau chaude, remplir avec la solution, vérifier la température dans le thermos, le liquide sera entre 35 et 40 °c.
Mettre le thermos dans la glacière avec les accumulateurs de chaleur bien chauds.
Si on utilise des seringues de gavage, remplir les 10 seringues de 50 ml de solution et les poser sur les accumulateurs de chaleur dans la glacière.
Pour faciliter la glisse du piston lui passer un coup de lubrifiant au téflon (eau + téflon)
Seringue gavage teflnDSC_8822
Dans le rucher
L’idéal est de faire l’opération à 2, l’une ouvre le couvre cadre l’autre fait l’application.
Le temps sera doux, 10°c environ et sans vent (très important). Les gants sont requis, pas les masques à poussière ni les lunettes.
Amorcer la seringue HSW, ouvrir la ruche, arroser les abeilles dans les inter-cadres de 5 ml de la solution. Bien mouiller les abeilles non la tête des cadres.
Il est très facile de distribuer les 5 ml avec la seringue HSW, c’est plus délicat avec les seringues de gavages.
Refermer immédiatement.
Sur la ruche suivante refaites l’opération, mais si vous utiliser la seringue HSW il est important de donner un coup de pistolet dans l’herbe pour évacuer la solution qui se serait refroidie dans la seringue et dans le tuyau.
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A noter

1 – L’usage de l’AO contre varroa est très généralisé en Suisse, se reporter aux protocoles décrits par Charrière et Imdorf en Suisse.
https://www.agroscope.admin.ch/agroscope/fr/home/themes/animaux-rente/abeilles/bienenkrankheiten/varroa/varroa-bekaempfung.html

Cette méthode est reprise par de nombreux professionnels français.

2 – L’usage de l’AO est très intéressant du fait de l’efficacité de son action contre varroa destructor, mais en l’absence de couvain. Certes une rupture de couvain n’est pas à opérer en décembre cette année mais il est nécessaire d’en provoquer une en été.

3 – Comme toute technique efficace contre varroa ce traitement n’est pas anodin sur les colonies, les reines âgées de 3 ans ou plus n’y résistent pas. Les reines plus jeunes peuvent supporter jusqu’à 4 traitements par an à l’acide oxalique. Les professionnels combinent dégouttement et sublimation au cours de la saison.

4 – Contrairement à ce qui est écrit dans le RCP, l’Apibioxal ne convient pas pour la sublimation, il contient du sucre qui caramélise dans les évaporateurs et rend l’opération trop compliquée. Mais business oblige ! Il faut utiliser de l’AO officinal (fourni par la pharmacien).

5 – L’Apibioxal donne une solution titrée à 60 g/ l d’AO, les préconisations oscillent entre 30 g/l et 45 g/l. Il sera intéressant de suivre les travaux à venir sur la concentration la plus ad hoc pour nos contrées. Les suisses (Agroscope) préconisent pour l’Europe centrale 30 g/l. L’apibioxal est d’origine italienne, pays plus chaud ou races d’abeilles un peu différentes quelle raison justifie sa plus forte concentration ?

6 – Pour améliorer votre connaissance sur l’usage de ces méthode et du développement d’une stratégie de lutte intégrée, rapprochez vous de vos Groupements de défense sanitaire apicole.

7 – Notez en l’usage dans votre registre d’élevage. Date d’application, lot …

Nourrir

Il ne faut pas oublier de suivre l’état alimentaire des colonies. Mais il ne faut pas abuser du nourrissement. Donner souvent mais peu vaut mieux que donner une grosse quantité une fois. Ce n’est pas toujours facile pour des raisons de disponibilité, mais il faut avoir en tête que les abeilles stockent toujours une partie des aliments, si faible soit elle, qu’on leur apporte surtout si on fait des apports importants. Mais mieux vaut trouver des traces de levure de bière dans les ruches que de laisser crever de faim les colonies en hiver. L’adage que l’on ne nourrit pas les colonies est beaucoup lié à deux des plus grandes références du XX° siècle en apiculture, Raoul Alphandéry et Pierre Jean-Prost dont les activités apicoles se déroulaient dans le midi de la Franc.
Il faut 20 k de miel pour passer la mauvaise saison, actuellement il devrait en rester au moins 15.
Le travail apicole est un compromis entre le respect de la nature, la survie des colonies dans l’ambiance actuelle et l’obligation de les accompagner pour nous permettre d’en récupérer du miel.

C’est bientôt Noël

Alors je ne peux me priver du plaisir de vous suggérer quelques livres !
Les miens bien sûr, « L’apiculture mois par mois » Best seller depuis 2010, « Le rucher durable » qui dure depuis 2013, « Installer un premier rucher » qui part en trombe depuis 2016.
Apiculture mois par mois Rucher durable installer-un-premier-rucher
Mais je ne peux que me réjouir de la réédition augmentée, mise à jour de l’excellent ouvrage d’Hubert Guerriat : « Etre performant en apiculture » aux éditions HOZRO. Une mine de savoirs, de techniques… à acquérir absolument.
GUERRIAT
Parmi mes coups de cœur récents :

– Il y a toujours les ouvrages de Jacques Piquée, dont le dernier chez ULMER « cultiver des plantes mellifères en ville et au jardin » où il propose un ensemble d’arbres et d’arbustes d’ornement fortement mellifères que beaucoup de municipalités utilisent désormais pour participer par leurs plantations à la biodiversité en faveur des insectes pollinisateurs.
cultiver des plantes mellifères en ville et au jardin
– « Abeilles du monde » de Sandrine et Erwan Keraval se reporter sur leur site www.abeillesdumonde.fr
Y a-t-il des ruches au cercle polaire ? Que sont ces abeilles géantes en Indonésie ? Que sont ces ruches-troncs dans les Cévennes françaises et en Tanzanie ? Des abeilles New Yorkaises ?
Un bijou étonnant et pas cher pour les amoureux de la nature et des abeilles.
Abeilles du monde
– « Les merveilles du miel » Tana éditions vient de sortir. Un collectif autour de la maison du miel à Paris, décrit la fabrication du miel, le métier d’apiculteur, propose en près de 40 fiches la description organoleptique des miels, leurs origines, leur composition, miel de forêt, miel de sainfoin, miel d’arbousier, miel de tilleul, miel du Gâtinais, miel d’acacia, miel de Paris …
Il s’achève par 60 pages de recettes plats ou gâteaux, entremets ou desserts.
Une très belle composition, des photos magnifiques, bref un régal. Un vrai cadeau de Noël pour tous apiculteurs ou non.
ler miel

Moins drôles

1 – La déclaration des ruches et des ruchers.
La DGAL note que les déclarations en 2017 dépassent en fin d’octobre 2017 le volume de celles de 2016. Bon Noël pour l’administration qui pourra faire valoir ses droits de tirage auprès de la tirelire européenne. Espérons en un bon usage…
Une conséquence très importante de ces déclarations sont les alertes que la DGAL peut lancer auprès des apiculteurs par Internet en cas de traitements décidés par le Préfet pour protéger certaines cultures ou élevages. Cf les problèmes posés actuellement par la fièvre catarrhale ovine.
Au moins si nos bêtes sont intoxiquées on saura pourquoi.

La déclaration est facile à faire sur Internet par :
http://mesdemarches.agriculture.gouv.fr/demarches/exploitation-agricole/obtenir-un-droit-une-autorisation/article/declarer-des-ruches-294?id_rubrique=11

2 – Les réunions syndicales : il faut soutenir ceux qui se défoncent pour l’apiculture et les apiculteurs, pas les autres.

3 – Prévenir votre assureur que vous avez des ruches dans votre jardin (ou sur un terrain dont vous êtes propriétaire et pour lequel vous êtes assuré), pour obtenir une extension de garantie de votre RC habitation/ famille si ce n’est fait. Bien des assureurs le font comme pour votre chien, chat, cheval, poisson rouge… Si vous ne pouvez obtenir cette extension de garantie, les revues apicoles vous proposent une assurance collective pour quelques cts d’euros par ruche.
La revue « L’abeille de France et l’apiculteur » vous l’offre jusqu’à 10 ruches avec l’abonnement. Pour la garantie vol, tempête… plus difficile à mettre en oeuvre, un surcoût est à prévoir.

Passez de bonnes fêtes et revenez nous avec des idées pleins la tête, elles seront source de vos questions auxquelles je m’efforcerai de répondre.
A bientôt
Jean RIONDET

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

3 résponses de Décembre miel et citron

  1. Jean-Philippe Thiran dit :

    Bonjour Monsieur.

    Merci pour tous vos conseils.
    Ma question est la suivante : à partir de quel poids de réserves faut-il commencer à donner du candi ? Une de mes ruches consomme plus que les autres : elle en est à 9kg de réserves (selon mon estimation) ce matin (4 décembre). Je suis en Suisse, près de Lausanne, à 750m d’altitude.
    Merci,
    J:-Ph.

    • Bonjour,
      Si on se réfère aux indications d’Hubert Guerriat (Belgique) dans son ouvrage, « Etre performant en apiculture » il donne pour l’hivernage environ 15 k de réserves sachant qu’en absence de couvain la décroissance sera de 1k par mois. Il indique également que ces 15 k valent pour des races qui hivernent tôt donc des noires, des Carnica etc. Mais pour les races prolifiques Buckfast et autres hybrides il faut aller à 20 k puisque le couvain est tardif et que l’entretien du couvain est gros consommateur de nourriture.
      Pierre Jean-Prost dans son ouvrage « Apiculture » autre référence de langue française, donne 7 k pour les ruches en Provence et de 15 à 20 k ailleurs.
      Votre climat est pus proche de celui de la Belgique que celui de la Provence et donc si vous estimez les réserves en miel à 9 k actuellement il n’y a pas lieu d’apporter du nourrissement maintenant. En janvier ce sera nécessaire non pour éviter la famine, mais pour préserver les réserves de miel que la colonie possédera encore fin avril lorsque la ponte étant forte on arrivera à un moment où la météo peut être défavorable vers la fin d’avril, le début de mai et pour tenir le couvain il faut des réserves internes importantes. Le nourrissement au candi en janvier a pour objectif de préserver ces ressources pour des mois où nous ne devons plus nourrir sous peine de retrouver du miel de betterave dans les hausses.
      J. RIONDET

  2. Jean-Philippe Thiran dit :

    Merci beaucoup, c’est très clair et très instructif. Ce sont des Carnica en effet.
    La réserve était de 14kg en septembre, mais avec le mois d’octobre très (trop) doux, elles sont restées actives et ont consommé pas mal : 4 kg en un mois (octobre) puis, avec l’arrivée du froid, seulement 1 kg en novembre. Et ça va sans doute encore ralentir avec le gel et l’absence de couvain actuel. Donc en effet il restera quelques kilos en janvier, que je vais préserver en donnant un pain de candi en janvier.

    Je vous remercie.

    J:-Ph.

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