Mars 2007 L’hiver va toucher à sa fin, le printemps pointe son nez

Les chaleurs de cet hiver ont été favorables au développement du couvain. Les abeilles n’ont cessé d’élever, le pollen rentrait à tout va. Dès février, les plaques de couvain fermé dépassaient la surface d’une main de chaque coté d’un cadre. Ce développement précoce sera favorable à une forte dynamique des populations tant le nombre de jeunes nourrices sera important. La plus grande prudence sera de mise quant au nourrissement stimulant de mars. En principe, il ne devrait pas avoir lieu sous peine d’essaimages massif en avril ou mai.

Le rucher

Si vous devez changer d’emplacement, cherchez le proche de zones mellifères (800m à la ronde), à l’abri de l’humidité, mais proche d’un point d’eau (200 à 500 m), à l’abri des vents dominants et ensoleillé. Ces conditions idéales sont favorables au développement des colonies et à la production de miel. L’eau est indispensable pour élever le couvain, et l’humidité qui refroidit les colonies est le pire ennemi des abeilles. Au delà de 800 m des zones de production de nectar, on estime que les butineuses rentrent le jabot quasiment vide, le nectar ayant été consommé sur le chemin du retour et elles sont fatiguées. Le propriétaire du terrain idéal que vous aurez trouvé pour installer vos colonies, s’il accepte votre proposition, sera confirmé par écrit de son accord en un courrier de remerciement, dont vous garderez une copie. Vous ne manquerez de lui préciser dans cette lettre qu’en cas de vente de son terrain ou de son souhait de vous voir partir, vous lui demandez un délai fixé d’un commun accord. Il est de tradition de payer une location par ruche, qui est de l’ordre d’un pot de miel par an.

Première opération sur les ruches

Si de beaux jours se succèdent, le changement des plateaux de sol est la première des opérations. Elle se fait à deux. C’est le plus commode. Après un bon enfumage sur l’entrée (5 à 10 coups de soufflet d’une fumée abondante), on décolle le plateau de sol au lève cadre, on soulève le corps et l’aide glisse le plateau de sol nouveau. On cale l’ensemble de façon à ce que les nourrisseurs puissent être de niveau. Si l’on opère seul, il est judicieux de disposer d’un second support de ruche à 50 cm au plus de chacune des ruches. On cale sur le support voisin un plateau de sol propre, sur lequel on posera la ruche. Ce déplacement de 50 cm n’au aucun effet sur les butineuses qui auront tôt fait de retrouver leur colonie.

On notera l’état de propreté ou de saleté du plateau, c’est un indicateur de l’état de la colonie, de sa capacité de nettoyage et de son volume, cela permet de voir également si un prédateur s’est introduit ou non. Une surabondance de pailles, restes d’abeilles mortes, noyaux, font craindre la visite de lézards, musaraignes qui auront consommé des abeilles, les réserves de miel. Les rayons seront très abîmés et si la colonie est encore en vie, sans doute très amoindrie, il faudra équiper la ruche en rayons neufs, sans doute prévoir de réunir la colonie, mais sûrement de la nourrir comme un essaim.

Le plateau de sol enlevé, les observations notées sur le carnet, on procède à son nettoyage. On gratte au lève cadre les saletés, la boue éventuelle, on passe au chalumeau portable ce plateau pour le désinfecter, on chauffe au point de voir les déchets de propolis bouillir et la cire s’enflammer. Le bois doit brunir. Les plateaux faits en grillage galvanisé et /ou avec des montants en plastiques seront brossés dans un bac avec de la Javel moussante (un berlingot pur pour 5 l d’eau). On laisse le plateau sécher, sans le rincer, le temps de faire un autre changement. En cas de loque traitée l’année antérieure, le plateau de sol doit tremper une demi-heure.

On passe au chalumeau le lève cadre. Jamais on imagine à quel point la prévention des maladies est impérative du fait des fragilités introduites par le varroa. La transmission la plus visible est celle des mycoses et la plus dangereuse celle des loques.

Les colonies

Visiter Dès que le temps le permettra, plus de 13°C, par une belle journée ensoleillée et sans vent, on fait une visite dite de printemps. Pour chaque ruche on notera le nombre de cadres contenant du couvain, on centrera le nid à couvain. Si le temps est régulièrement chaud aux alentours de 10°c, on laisse tous les cadres disponibles dans la ruche en place. Si on avait enlevé des cadres et partitionné, on agrandît l’espace de la colonie de deux cadres bâtis de chaque coté on partitionnera au-delà afin de tenir la chaleur. Les partitions les plus commodes sont découpées dans du polystyrène extrudé (dit « haute densité », utilisé en construction pour les dalles de sol).

Répartir les cadres de couvain Pourquoi noter pour chaque ruche le nombre de cadres de couvain ? Pour vérifier ultérieurement si les colonies sont aptes à se développer : deux semaines après cette première visite, on équilibre les colonies en répartissant les cadres de couvain fermé entre toutes les ruches. A celle qui a un cadre de moins que la moyenne on ajoute un cadre de couvain et à celle qui en a deux de plus on en prélève un pour le donner à l’autre. Ces cadres sont déplacés sans abeilles dessus. Bien sûr la colonie qui s’éloigne trop de la moyenne ne sera pas traitée ainsi, trop petite ou trop faible elle sera considérée comme un essaim et nourrie régulièrement une fois par semaine. Si elle ne se développe, elle sera réunie à une autre colonie. Ce sera à faire en avril.

Nourrir En principe le nourrissement est nécessaire si on veut pousser la production de cadres cirés pour des raisons de prophylaxie mais aussi pour piéger le plus possible de femelles varroas dans des cadres pondus de bourdons, cadres destinés à être détruits une fois operculés.

Mais cette année la plus grande prudence s’impose. La précocité du démarrage des colonies risque de transformer en Bérézina la production de miel si la force des colonies les pousse à essaimer. Je serai prudent et ne conseillerai pas le nourrissement sur les colonies les plus développées, sauf si elles sont vides de miel. Et il y en a !

Quoi qu’il en soit, un conseil de bon sens, ne jamais nourrir en période de miellée.

Si la colonie est abondamment pourvue en miel, le griffage des cadres est une bonne alternative. Toutes les semaines on griffe deux cadres sur une face, mettant à nu le miel qui s’y trouve. On part du centre de la ruche pour s’en éloigner peu à peu. Les abeilles se précipitent sur ce miel, le mangent, ce qui provoque une accélération de la ponte de la reine. Il faut surveiller l’état des provisions car on épuise celles-ci et en cas de coup de froid les colonies ont faim et il faut nourrir au sirop.

Si les colonies sont pauvres en miel, on nourrit au sirop de sucre (50/50), donné en nourrisseur par demi-litre dès que la température est régulièrement au-dessus de 15°c en pleine journée. Sur des colonies bien pourvues en réserves de miel, pour stimuler la ponte de la reine, je ne donne pas plus d’un quart de litre de sirop par colonie au cours d’une semaine puis j’attends 3 semaines avant de recommencer.
Rythme que j’applique aux essaims qui sont toujours nourris toute la saison. Ils ne risquent pas d’essaimer. Le nourrissement doit être mesuré, c’est à dire ne pas donner lieu à stockage dans les rayons. Il serait recyclé dans les hausses et mélangé au miel que l’on récoltera.

Mais attention ! Le nourrissement au sirop, comme le griffage des cadres risquent de provoquer l’essaimage.

Agrandir Jusqu’en avril l’apport de cadres se fera de cadres bâtis. La capacité à construire est nulle, le nombre de cirière est trop faible. Courant avril, selon le temps et le développement des colonies, on remplace quelques cadres bâtis vides par des cadres cirés. Les colonies puissantes (sur 5 cadres et plus) seront flanquées de cadres cirés, 2 avec des cires à bourdons, 2 avec des cires d’ouvrières. Les moins fortes ne seront équipées que de 2 cires à bourdons. Il sera temps de vérifier plus tard leur capacité à construire des cadres supplémentaires. Les cadres ainsi apportés sont mis de part et d’autre du nid à couvain, juste après le cadre contenant du pollen de façon à ne pas éloigner les nourrices du pollen dont elles ont besoin pour l’élevage.
Ces cadres apportés, le sont en substitution de cadres abîmés ou trop anciens. Un bon indicateur du moment de la construction de nouveaux rayons est donné par la cire neuve qui apparaît au sommet des cadres, on peut sans crainte mettre des cires à construire. On ne les mettra au centre du nid à couvain qu’au moment le plus chaud, généralement après les saints de glace à partir de la seconde quinzaine de mai.

Une conduite productiviste

Il s’agit de conduire quelques colonies en limite d’essaimage. Donc contrairement à ce qui vient d’être dit le nourrissement stimulant est fait le plus tôt possible, dès janvier ou février avec du sirop chaud, puis très régulièrement en mars. Les populations s’accroissent très rapidement. Il faut mettre une hausse dès la fin mars pour éviter un essaimage précoce en avril.

On visite ses colonies très régulièrement puis on détruit toutes les cellules de reines dès leur apparition. Il faut ajouter des hausses au fur et à mesure du développement des colonies quitte à ce que la reine vienne y pondre. A partir de l’apparition des premières cellules de reines, on se doit de visiter la totalité des cadres tous les 10 jours sans faute !
Toutes les cellules de reines sont détruites.
Les cadres des hausses pleins de miel sont récoltés dès que possible, ce qui conduit à une récolte par mois environ de mai à juillet si l’environnement floral le permet.

La contrainte de la visite tous les 10 jours, le respect absolu de ce cycle, ne permet pas de faire ce travail sur un très grand nombre de ruches, seuls des amateurs peuvent avoir quelques ruches ainsi conduites. Sans transhumance et si l’environnement floral le permet, on double la production de miel.

Préparer l’élevage

Petit rappel, c’est fin mars ou dans la première quinzaine d’avril que les colonies éleveuses seront stimulées pour fournir les populations surabondantes en nourrices dont nous aurons besoin pour élever. On notera J le jour où l’on distribue les cellules de reines prêtes à naître dans les nucléis. La stimulation doit intervenir entre J – 40 et J – 33. Pour un amateur, actif de surcroît, le jour J est un dimanche, car J – 1 est le jour de constitution des nucléis. Selon la région où l’on se situe, le jour J sera fin avril ou après la mi-mai. Un développement précoce des colonies assure un élevage en avril sinon il est prudent de se situer après les saints de glace c’est à dire après la période de froid qui caractérise le début du mois de mai. Je vous proposerai une méthode d’élevage pou amateur qui se réalise avec une seule ruche. On produit ainsi de 10 à 20 cellules en une seule opération, si on veut en faire une seconde fournée il faut utiliser une seconde ruche. Donc, d’ores et déjà la stimulation portera sur une ou deux ruches. Ces précautions n’ont qu’un seul objet : l’élevage réussit uniquement en fonction du nombre des nourrices présentes dans la colonie éleveuse. L’objectif de la stimulation est de faire produire progressivement un nombre anormalement élevé de nourrices.

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

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