Octobre, l’été indien s’achève, l’automne est là

Avec deux semaines de retard je reprend la plume, ne l’ayant guère quittée puisque j’achève la relecture et les corrections de la maquette de mon prochain livre sur « L’élevage des reines trois méthodes simples pour débuter « . Un petit ouvrage de 80 pages qui paraitra en début de 2020 chez Ulmer.

L’enseignement en apiculture, je l’ai commencé en 1988 sur l’élevage des reines. Ce que j’avais appris sur l’élevage des reines au centre de formation de Beautheil en Seine et Marne avec André Regard me paraissait si simple. Je me suis vite aperçu que pour beaucoup d’apiculteurs le picking était la phase première d’abandon. Par la suite le starter, les ruches éleveuses …

Bref, à un moment où l’élevage des reines s’impose pour maintenir les ruchers au top de leur capacité de production il fallait trouver des solutions simples et efficaces en terme de taux de réussite et de qualité des reines.

Depuis longtemps il existait des blocs de ponte qui permettent un transfert des larves sans les blesser et avec toute leur gelée royale ce qui évite de les stresser. Mais la suite restait toujours un peu compliquée.

Pour le starter, j’utilise la méthode décrite par Jos Guth dans son ouvrage de 1990. Il le fait à partir d’une ruche très puissante dotée d’une hausse à miel. La hausse sert de starter que l’on remplit de nourrices prises dans le corps. C’est très simple de mise en œuvre et parfaitement efficace.

Reste l’éleveuse. Et là, dans un article de l’excellente revue « info reines » de l’ANERCEA, Didier Delecroix décrit des élevages de reines faits à partir d’essaims artificiels sur un cadre. Mis entre deux partitions réfléchissantes ces essaims réussissent à merveille et les reines qui en naissent sont impeccables.

Mettant à profit ces expériences, j’ai combiné ces trois possibilités et le résultat permet à des néophytes de réussir des élevages de reines à moindre coût sans matériel spécifique et en ayant comme seule dépense le bloc de ponte et ses accessoires.

Ma vue baissant, même si je ne  vois plus les larves je n’ai plus d’interrogations pour prélever des larves d’âge requis et réussir le transfert sans les abîmer. Autant en faire profiter vous tous, pour la plus grande satisfaction de mon éditeur !

 

Le bilan d’hivernage

Les quelques jours de chaleur qui vont nous rester doivent permettre de faire le bilan d’hivernage.

Il s’agit de regarder ruche par ruche le niveau des réserves, de noter le poids de chacun pour suivre son évolution par la suite.

Si les ruches sont bien dotées en miel comme indiqué le mois précédent il suffit de leur mettre un morceau d’isolant réfléchissant directement sur la tête des cadres, de poser dessus 40 mm de polystyrène extrudé et le toit plat en tôle. Il sera temps soit fin décembre soit mi janvier de glisser un pain de candi sous le réfléchissant d’y poser par dessus un couvre cadre de l’épaisseur du pain de candi (cadre en bois, couvre cadre nourrisseur) puis le polystyrène et le toit.

Suite aux élevages de reines et dans certains cas à l’impossibilité de trouver les reines, j’ai conservé des reines dans des essaims sur 2 cadres de couvain et un peu de miel, autant dire que le candi est dès maintenant sur la tête des cadres. Ce candi je le fais à froid avec du Beefondant ou de l’Apipuder et toujours un peu sec pour éviter qu’il soit consommé trop vite ou que les abeilles le stockent. J’utilise cette combine depuis pas mal d’années et le taux de casse en fin d’hiver est très faible. Mais je n’hésite pas à mettre une lanière d’Apivar pour ce petit ensemble, c’est trop, mais la reine tient le coup. Changeant mes reines tous les ans je n’ai pas pu observer de moindres fécondités ou des remèrages importants que je pourrai lier à cette pratique.

Dans le sucre micronisé sans amidon (Beefondant ou Apipuder) on ajoute 10% d’eau on malaxe à la main ou avec une machine à pain et lorsque le mélange est achevé, on le prépare n plaque de 1 k dans des sacs de congélation. Si on veut y ajouter du miel pour apporter des éléments nutritifs supplémentaires la proportion sera d’environ 500g de miel et autant d’eau. Attention, selon l’eau contenue dans le miel le candi sera plus ou moins souple. La proportion d’eau et de miel est à estimer à chaque fabrication.

Le traitement à l’acide oxalique

Juste une remarque à propos du traitement à l’acide oxalique. Son efficacité est maximale en absence de couvain. Pourquoi ?

C’est un traitement flash, il agit dans l’instant ou durant les quelques jours qui suivent mais pas au delà. Il atteint les varroas qui sont sur les abeilles pas ceux en reproduction dans les cellules. Lorsque ces derniers naissent, ils ne seront pas au contact de l’acide qui aura été évacué hors de la ruche. Leur reproduction poursuivra son cours. On considère que si 1 à 3% des abeilles sont parasitées en janvier ce seront pas moins de 5 k de miel perdus et la diminution de la production pour l’apiculteur se poursuit à due concurrence du nombre des varroas présents.

Ce traitement d’hiver sera à faire de manière très stricte sinon le couvain résiduel divise par deux son efficacité. Mais comment savoir si les colonies ont ou non encore du couvain ?

A mon sens ce serait le rôle des organisations sanitaires que de faire des ouvertures de ruches durant le mois de décembre et de janvier pour déterminer selon les types de lieux, d’abeilles et de colonies où en est l’arrêt de la ponte. Avec des Carnica ou certaines noires locales très tôt la ponte aura cessé, avec les Buck ce sera plus tard voire jamais tant cette race est une productrice d’abeilles. Ce service a un coût car une ouverture conséquente met à mal la température de la grappe, voire dégrappe les abeilles et en fera tomber au sol de sorte que la mort de ces abeilles sera certaine et les colonies ne s’en remettront peut être pas. Ce service est indispensable pour obtenir un bon résultat du traitement à l’AO.

Il est à souhaiter qu’avec les méthodes de mesure de la température interne, avec les caméra miniaturisée on puisse à l’avenir se promener dans les ruches sans trop déranger les abeilles. Là encore les organisations sanitaires pourront investir sur ces objets technologiques  et mettre au point des méthodes de contrôles pertinentes. C’est d’autant plus important de s’orienter ainsi qu’avec l’interdiction des antibiotiquese en apiculture, et la vente libre des acaricides contre varroa, les organisations sanitaires n’ont plus guère d’intérêt. A quoi bon payer un vétérinaire ou des TSA si la seule conclusion est de dire qu’il faut détruire, désinfecter et refaire des essaims propres ? A quoi bon déplacer des TSA alors qu’en médecine humaine on développe de la télémédecine. Faisons de même en médecine vétérinaire apicole !  Avec des téléphones on peut s’envoyer des photos de ruchers, ruches, colonies, cadres de couvain, abeilles. On peut demander des informations photographiques complémentaires si les prises de vue sont insuffisantes. Il serait bon de disposer de bases de données iconographiques qui devraient permettre de comparer les images reçues avec d’autres aux signes cliniques identifiés. Ce qui assurerait la décision de détruire ou de nourrir !

Il n’existe pas tant de révolutions technologiques que cela en apiculture, développons ce qui serait un gain substantiel pour tous, du point de vue de la surveillance sanitaire des colonies.

 

J RIONDET

Auteur Jean Riondet

Apiculteur de longue date, Jean Riondet est un passionné qui aime apprendre et transmettre. Parallèlement à l’entretien de ses ruches, il enseigne l’apiculture depuis plus de 25 ans dans la région lyonnaise. Auteur d’un premier ouvrage, Un rucher dans mon jardin (Nathan, 1995), il a rédigé durant dix sept années diverses rubriques dans la revue Abeilles et fleurs et anime un blog de conseils apicoles sur Beehoo. Ce nouvel ouvrage est né des questions de ses lecteurs et de ses stagiaires.

9 résponses de Octobre, l’été indien s’achève, l’automne est là

  1. Bastien dit :

    Bonjour,
    Bravo pour la distinction reçue ce jour à la préfecture, c’est bien mérité!
    Par contre, changer les reines tous les ans ce n’est pas un peu s’éloigner d’une apiculture respectueuse des abeilles et se focaliser sur une apiculture productiviste?
    Cordialement

    • Je suis bien d’accord avec vous nous sommes dans un paradoxe. Le premier prédateur de l’abeille est bien l’apiculteur. Si l’abeille doit faire vivre son homme et sa tribu peut-il faire autrement que de pousser la production d’abeilles ? Dans les conditions actuelles, l’excédent de miel naturellement produit par les abeilles est faible. Si nous avons des mortalités aussi élevées n’est ce pas lié à une telle fragilité actuellement des colonies que nos prédations les conduisent à leur disparition ? Jürgen Tautz, dans son remarquable ouvrage « L’étonnante abeille » publié en 2009, affiche qu’une colonie (digne de ce nom!) produit 400k de miel /an dont 300k sont consommés pour chauffer et 100k pour voler, produire les gelées nourricières … Notre récolte n’est donc qu’une infime partie de cet énorme production. Et pourtant, nos récoltes sont devenues des prédations mortelles. Pour compenser cette situation nous sommes contraints au renouvellement rapide des reines pour disposer de bonnes pondeuses. Mais une apiculture plus respectueuse des abeilles est possible dans ce cas on ne vise pas la production du miel ou du moins guère plus qu’une consommation familiale. C’est une apiculture que je connais bien aussi !
      J. RIONDET

  2. Pascal dit :

    Bonjour, merci pour tous vos précieux conseils. Avec ce dernier week-end ensoleillé, j’ai pu ouvrir mes ruches. La majorité sont biens peuplés, ont du couvain et ont de belles réserves. J’ai par contre 2 colonies avec quasiment pas de couvain (couvain ouvert et fermé de la taille de la main) et une population pas très importante. Les reines sont de 2019 et sont bien présentes. Il leur reste de la place pour pondre. J’ai réduit ces colonies sur 7 cadres. Est-ce que je dois effectuer d’autres actions pour espérer qu’elles passent l’hiver ? Merci d’avance pour votre réponse.

    • Bastien dit :

      A ta place, je réunirai les 2 petites colonies en une seule. Mieux vaut qu’une seule des deux colonies passe l’hiver, plutôt que de voir les 2 mortes dès le mois de janvier. Une grosse population d’abeilles d’hiver est importante, ainsi que des provisions conséquentes pour assurer un bon hivernage.

    • Tout dépend de la taille des colonies. Réduire une population sur 7 cadres veut dire que ce sont 7 cadres de miel et pollen et que le nombre des abeilles est conséquent. Si le volume d’abeille est faible les mettre 3 ou 4 cadres guère plus. Il vaut mieux réduire le nombre des cadres et bloquer la population entre entre 2 partitions réfléchissantes pour que la colonie soit au maximum au chaud. Quitte si le volume de miel semble insuffisant à nourrir avec du candi un peu sec posé sur la tête des cadres sous une couverture réfléchissante. Actuellement j’ai conservé quelques reines issues d’élevages tardifs sur 2 cadres. Je les nourrirais toute al morte saison ainsi, pour disposer de reines en fin d’hiver et faire les premiers essaims avant que les élevages artificiels soient lancés. Une année j’avais une colonie sur 4 cadres de hausse que j’ai hivernée en lui posant une boite de1k de sucre en morceaux. directement sur la tête des cadres et tout s’est bien passé. Depuis ce moment là je réitère l’expérience devenue une pratique.
      J. RIONDET

  3. Bonjour Jean,
    Je me pose des questions à propos du contrôle du couvain avant application d’acide oxalique que je dois faire dans le cas du contrôle d’efficacité pour mon GDSA (donc pour la FNOSAD). Cela rejoint aussi la préoccupation exprimée dans la lettre d’octobre.
    Comme cela ne me plait pas de toucher à la grappe en décembre, je suis tenté de chercher à profiter d’une belle journée de ce début novembre, s’il y en a, pour rechercher le couvain, et s’il y en a le supprimer et appliquer l’AO. Certains le pratiquent déjà puisqu’un conférencier anglais nous en a parlé.
    Sinon, je me demande aussi quelles informations on peut tirer sur l’état des colonies par l’observation des langes de contrôle du varroa. J’ai par exemple une colonie qui a de faibles déchets assez dispersés alors que les autres ont leurs déchets concentrés sur 3-4 intercadres vers la face avant de la ruche. Certaines d’entre elles ont d’ailleurs entamé en même temps un cadre de miel en rive alors que la grappe est restée au milieu de la ruche.
    Bien cordialement,

    • La suppression du couvain en novembre pour une application d’acide oxalique est possible sachant que ce traitement est une médication flash qui agit sur le moment et que d’autres traitements antérieurs de même nature auront été effectués. Traiter contre varroa s’inscrit dans un protocole de plusieurs actions au cours de la saison. Et plus globalement encore, dans une pratique de l’apiculture qui devra de plus en plus s’orienter vers un conditionnement des colonies défavorable à la reproduction de varroa.
      Ceci étant dit, plus le traitement de fin d’automne est tardif moins on risque des ré-infestations par pillage. Mais plus le traitement sera précoce plus les abeilles seront dégrappées et mieux atteintes par l’AO., Mais également plus le traitement est tardif moins de couvain sera présent et avec certaines races les surfaces de couvain début novembre sont encore conséquentes.
      C’est pour cela que ceux qui utilisent la sublimation, en période de grand froid font souvent 2 passages à quelques minutes d’intervalle pour que le premier provoque une agitation des abeilles et leur dispersion puis un second pour les baigner au mieux dans les vapeurs de l’acide.
      On détruit les cadres couvain afin d’éviter qu’une simple désoperculation laisse du couvain ouvert avec des varroas en cours d’installation. Ce qui rend le traitement très peu intéressant. Avec les races qui se mettent tôt en hivernage la destruction des rayons contenant du couvain risque aussi de supprimer des quantités non négligeables de miel…
      Dans les zones de plaines et régions chaudes, supprimer les cadres de couvain est presque une obligation tant les arrêts de ponte sont peu probables avec des automnes et hivers si doux et avec les races prolifiques.
      Les observations sur les langes donnent des informations sur l’emplacement du couvain et donc de la grappe qui le tient au chaud, les abeilles allant chercher du miel ailleurs, là où il se trouve. La nature des déchets est aussi intéressante. Cire, pollen, propolis donnent l’indication du fonctionnement normal en saison. Des déchets d’abeilles, de larves, sont des signes inquiétants si on peut faire un lien avec des maladies, ou une situation normale des colonies en période de famine qui se traduit par du cannibalisme.
      J RIONDET

  4. Re,
    J’ai pu faire aujourd’hui le contrôle du couvain sur 13 ruches : résultat : toutes n’ont plus qu’un peu de couvain fermé, pas plus d’une main sur 1 seul cadre pour les plus chargées, mais souvent quelques cellules plus ou moins éparses. Par contre, j’ai trouvé des oeufs sur une des ruches visitées.
    Pas facile pour l’instant d’établir un lien évident avec les déchets sur le lange étant donné qu’elles sont dans des états proches mais les ruches presque sans couvain ont un faible niveau de déchets plus éparpillés que celui des autres.
    Je pense aussi que l’observation des écailles de cire sur les langes peut donner une indication de la présence de couvain puisqu’il faut bien que les abeilles fabriquent des opercules de cire lors de l’operculation. Et je n’observe plus d’écailles depuis 3 à 4 semaines.
    Mais pour tout cela il faut poser des langes et les contrôler régulièrement.
    En tous cas je n’attendrai pas le mois de décembre pour faire le traitement de contrôle à l’AO.
    A vous,
    Vincent (F 76, Normandie)

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